D 'ALEXANDRE SOUTZO
Dans ces forêts sombres, parmi ces roches sauvages où ne peut atteindre le sabre du tyran, oublions le bruit des armes et dressons la table sous ces rameaux verts. Asseyez-vous en cercle ; remplissez les coupes ; et si notre repas est pauvre et borné, sachez que d'autres vivent dans l'abondance et les déUces, mais que le pain des esclaves est amer.
Libres comme l'air de nos montagnes, nous courons et volons partout, ainsi que nos aigles. Nos regards brûlent; nos armes dévastent; quand nous marchons, c'est le tonnerre de la mort. L'épée à la main, nous rions de la colère et des armées de nos barbares tyrans. Dans les sentiers de nos forêts, ou dans nos précipices infranchissables, nous oublions la terre des esclaves et des lâches.
Nos épccs s'agitent et crient dans leurs fourreaux. Qu'elles crient et s'agitent, le moment viendra. Elles
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trouveront encore des combats, des victoires , et leur ardeur s'éteindra dans le sang. Chante et bois comme vient le temps. Ce temps passe, passe avec lui. Jouis de ta jeunesse, et sois toujours brave : brave si tu vis, brave si tu meurs.
L'esclave, pour dorer ses fers, baise la main qui |
l'opprime. Nous n'inclinons le genou devant personne, ^
et bien des genoux se courbent devant nos armes. Versez, |
versez ; faites passer les coupes et buvez tranquilles et |
contents. Tous ces nautoniers de la vie, qui naviguent l
au sein des honneurs et de l'or, mêlent bien du fiel à leur j vin.
Nous ne posons nulle part ; mais, ainsi que les habitants ailés de nos forêts, nous errons, comme l'occasion | nous mène, hbrement, araiement et sans soucis. Le sol de I la forêt est notre lit ; les branches du chêne sont nos ri deaux ; la source du ravin éteint notre soif, et Dieu pourvoit à notre nourriture.
Faites passer la coupe à votre voisin; les collines | jettent des éclairs; la terre tremble; les soldats nous | chassent comme une proie. Voici la guerre, voici le car- | nage! Si les balles arrivent, si nous succombons, si ce { vin doit être le dernier pour nous, aucun de nous ne se | plaindra : et la terre, qui n'a pas cessé d'avoir des tyrans, ^ ne cessera pas de les haïr. i
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