LE KLEPHTE
DE RIZO RANGABE
La nuit est noire sur les montagnes ; la neige tombe dans les ravins. Au milieu de la solitude et de l'obscurité, dans les défilés et dans les roches escarpées, le Klephte brandit son sabre.
11 porte la foudre nue dans sa main droite; il a pour palais la montagne, pour abri le ciel, pour espérance sa carabine.
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Les tyrans, pâles de crainte, fuient sa terrible épée. Son pain est trempé de sa sueur. Il sait vivre avec honneur ; il sait mourir aussi.
La fourberie et l'injustice régnent dans l'univers. Les mécbantsont la foitune. C'est ici, sur ces rochers, qu'ha-
bite la vertu ignorée.
De grands marchands trafiquent des peuples, comme de troupeaux de brebis. Ils trahissent le monde et en rient. Ici, les armes parlent seules dans nos vallées inaccessibles.
Allez, baisez les pieds devant lesquels les esclaves s'inclinent. Ici, sous ces rameaux verts, les Klephtes ne baisent que leur épée et la croix.
Tu pleures, ma mère; je pars. Si tu pries pour moi, ^ je reviendrai. Je le prive d'un fils ; mais je ne puis pas vi- | vre de la vie de l'esclave.
Ne pleurez pas, 6 mes beaux yeux bleus que j'aime! vos larmes me désespèrent. Je vis libre dans les montagnes, je veux mourir libre aussi.
Allons ! allons ! la terre retentit ; la fusillade commence. Partout la terreur, partout le sang : ici la fuite, là la blessure — Ils ont tué le Klephle.
Les voisins désolés et la tête découverte, le rapportent à pied. Ils chantent tous ensemble :
« Le Klephle vit libre ; « 11 meurt libre aussi ! »
CHANTS KLEPllTES. 135