L'OLYMPE
Les deux montagnes, l'Olympe et le Kissavos, disputent à qui donnera le plus de pluie et le plus de neige, c'est le Kissavos qui donne la pluie et l'Olympe la neige. Alors le Kissavos se tourne et dit à l'Olympe : — « Ne me défie pas, Olympe, toi que foulent les Klephtes. .le suis le Kissavos * célèbre dans Larisse. Les agas de Larisse et les Iconiates me louent. — L'Olympe se tourne et dit au Kissavos. — Ah! Kissavos, odieux Kissavos que foulent les Iconiates, où se promènent les Turcs et les agas de Larisse. C'est moi qui suis le vieil Olympe renommé dans le monde. J'ai soixante-deux cimes, quarante monastères, chaque penchant a son égUse, chaque pic a sa source. J'ai des retraites reculées où les Klephtes hivernent ; et quand vient le printemps, quand s'ouvrent les feuilles, mes collines se remphssent de Klephtes, et les postes de prisonniers. C'est moi qui ai l'aigle d'or, l'aigle au plumage doré; il se pose sur le haut de mon roc et dit au soleil : « Soleil, tu n'as pas de force le matin, tu n'as de « chaleur qu'à midi pour chauffer mes serres et leurs on- « gles. Quant à moi, je prends des perdrix et des ramiers
Le Kissavos. le mont Ossa de Thcssalic
r/OLYMPE
Los deux montagnes, TOlympe et le Kissavos se querellent. L'Olympe se tourne alors et dit au Kissavos : Ne dispute point, ô Kissavos, que foulent les Iconiates. Je suis le vieil Olympe célèbre dans le monde entier; j'ai quarante-deux pics, soixante-deux sources; chaque source a son étendard; partout ombrage et klephte ; et à mon plus haut sommet s'est posé un aigle qui tient dans sa serre la tète d'un brave. — 0 tète chérie, qu'as-tu fait pour être ainsi châtiée? — « Oiseau, mange ma jeunesse, « mange aussi ma bravoure, pour que ton aile soit d'une « aune et ta serre d'un empan. Je fus Armatole sur le « Louros ^ et dans le Xéroméros ^, puis klephte pendant « douze ans à Cassia^ et à Olympes *. J'ai tué soixante agas « et j'ai brûlé leurs villages. Quant aux Turcs et aux Arva- « niles que j'ai laissés sur la place, mon cher oiseau, ils .f sont trop nombreux pour les compter. Mais mon tour <( est venu de périr au combat. »
* Le Louros, montagne de l'Albanie.
- lie Xéroméros, capitainerie armatole de la basse Épire.
'■ Cassia, ] . . . ,
4 ni > capitaineries thcssalieiines.
CHANTS KLEPllTES. i37
LES DEIX AIGLES
Un aigle d'or s'est posé sur le Louros désert. Chaque jour il chasse les rossignols et les perdrix. Mais, vers le quinze du mois de mai, il ne va plus à la chasse; il demeure affligé et dévaste son propre nid.
Un autre aigle descend et le salue. « Bonjour à toi, aigle royal ; »
— « Bonjour, petit aigle. »
— « Qu'as-tu donc, malheureux aigle royal, que lu dévastes ainsi ton nid? »
— (( Petit aigle, puisque tu m'interroges, je vais te le dire. Ce soir, il m'a semhlé dans mon propre sommeil, dans le sommeil dont je dormais, que j'allais àBérat', auprès de Kourd-Pacha, et entendais dans le conseil la proposition de Giakhos. Giakhos offrait au sultan à Constantinople : De l'or tant que vous en demanderez, je vous en enverrai le double. Mais faites-moi vayvode à Moulalik ^ pour que j'en chasse tous ces hommes de Bérat, et le chien de trésorier. » —
I Bérat, capitale de la moyenne Albanie. Moulalik, en Thessalie, canton de la basse Ilesliœolide.
ij8 chants klepiites.