LES DEUX FRÈRES
Un marchand descend du sommet des collines; il mène douze mulets et quinze mules. Les voleurs le rencontrent au milieu du chemin et saisissent ses mulets pour les décharger, et voir s'il n'y a pas de monnaie cachée dans ses sacs. 11 les prie de ne point les décharger, — « Ah! ne (( déchargez point c(>s pauvret nnilcts ; à charger et dé- (t charger j'ai la poitrine moulue. )> Le capitaine se met en colère, s'arrête et lui dit : — « Voyez-vous ce fds de « chien, cet enfant de prostituée, il ne pleure pas sa vie, « il ne pleure que ses mulets. Où étes-vous mes camart rades? » crie le capitaine, « allongez-lui une estafilade, (' et qu'il reste sur place. )> — Us en avaient pitié, car il avait du courage. Mais le capitaine se précipite comme un lion féroce, dégaine son poignard et le frappe au côté. L'autre soupire profondément et dit comme il peut: — « Où (( es-tu, mon père, pour me voir; ma mère, pour me pleu- « rer? — D'où est donc ta mère, pour que je lui écrive une « lettre? — Ma mère est d'Arta, et mon père de Crète : j'ai « eu un frère aîné qui s'est fait voleur. »— Le capitaine frémit, l'embrasse, l'enlève dans ses bras et le porte aux médecins. — « Vous qui guérissez tant d'hommes pourfendus (( et blessés, guérissez aussi ce jeune homme, c'est mon (( frère. » — D'une telle blessure personne ne guérit. L'autre le prie de prendre les mulets. — « Tiens, prends « nos mulets et mène-les à notre père? — Et que veux-tu a que je dise à notre père et à notre pauvre mère? J'ai w égorgé mon frère et j'ai pris ses mulets. »
LEGENDES. Ii7