‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 80 sur 187 · LA FILLE VOYAGEUSE · texte numérisé non relu

LA FILLE VOYAGEUSE

Une jeune fille de grande beauté veut s<^ mettre en voyage; mais comment voyager? elle n'entend rien à la rame; elle donne cent pièces de Venise pour noliser un navire, et autant pour que son honneur soit sauf.

Comme ils étaient à deux ou trois milles du port, le capitaine du vaisseau tend la main vers la gorge de la jeune fille; elle en a une telle honte, quelle tombe et s'évanouit. /

Le capitaine la croit morte, la prend dans ses bras et la jette à la mer, et la mer la pousse au puits de Morée. Les femmes y viennent pour l'eau, et les filles moréates aussi; elles jettent leurs cruches qui se prennent à ses cheveux.

— « Voyez cette taille si mince, ces doigts si effilés, voyez quelles lèvres à baiser, toutes rougies qu'elles sont! J'ai baisé ces lèvres rouges, elles ont teint les miennes ; je les ai essuyées avec un mouchoir, et le mouchoir en fut teint; je le lavai dans le fleuve, le fleuve s'en teignk; teints en furent le bord de la rive et le miheu de la mer; une galère aussi en fut teinte et un beau galion ; et les petits poissons si lestes et si jolis en furent teints euxmêmes. ))

lANOULA

Toutes les filles se marient et épousent de beaux garçons; moi lanoula, la jolie, j'ai pris le pauvre malade. Je m'assois toujours près de lui; je lui parle, il ne me parle pas; je lui donne du pain, il ne le mange pas; du vin, il ne le boit pas. J'étends pour lui cinq matelas et cinq oraillers ; Viens, pauvre malade, couche-toi; viens, pauvre malade, dans ton lit ; étends tes mains desséchées sur mon sein d'argent, pour y trouver la fraîcheur de mai et les fleurs d'avril.

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