‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 85 sur 187 · LA BELLE CHANTEUSE · texte numérisé non relu

LA BELLE CHANTEUSE

Là-bas, sur le rivage; là-bas, dans la rade, une jeune femme lavait le mouchoir de son mari et chantait son chagrin. Le rivage fit naître une douce haleine qui remua légèrement le bord de son jupon, et montra quelque peu du bout de son pied.

Le rivage en resplendit, le monde en brilla ; passent des navires et des galiotes de guerre, et tous furent éblouis de tant de beauté. Elle interrompt aussitôt son chant. Alors le capitaine la salue et la prie de continuer sa chanson.

— « Je ne chantais pas, lui répond-elle, je faisais ma « triste complainte sur mon époux, qui m'a quittée pour la <' patrie, il courut à la guerre avec l'espérance de revenir « dans mes bras, et de recevoir de moi la couronne. Dix « ans ont passé et personne jamais ne m'apporta de ses « nouvelles. J'attends deux ans encore qu'il revienne, puis « au bout de ce temps, « je me fais religieuse. »

Le capitaine dit alors : — Quel élait son nom , peutêtre l'aurai-je connu à la guerre? — « Son nom était Cosu taki, il partit avec Lambros * et s'est fait marin avec lui. » — Reconnais-moi, reconnais-moi, ma belle, c'est moi qui suis Costaki, c'est moi qui suis ton époux. »

* iMmbros, célèbre corsaire grec, la terreur des flottes ollomai;cs (Voir mes Épisodes en Orient, t. I, page 20 i.)

lôa I.KGENnKS.

LE rjIANTElll RT LE DRAGON

Ilior il loinbait une neige fine cl lannis c'.ianlait; il chantait si doucement, si gracieusenioiit il gazouille, que l'air lui prend sa voix et la porte chez le dragon. Le di'agon sort et lui dit : lannis, je vais le manger,— « Pourquoi, « dragon, pourquoi, monstre, pourquoi veux-tu me manu ger? )) — Parce que tu chemines aune heure indue, et que tu chantes avec malice. Tu réveilles les rossignols dans leurs nids et les oiseaux dans les campagnes; tu me réveilles, moi, dragon, avec ma dragonnesse. — « Laisseu moi cheminer, Dragon, laisse-moi passer; le roi tient « table ce soir et m'a mandé, car il m'a nommé premier « musicien et son premier chanteur. »

LA FILLE Jl IVE ET LA PERDRIX

Une fille juive moissonnait et elle était grosse; longtemps, longtemps elle moissonna, puis les douleurs la prirent; elle s'appuie sur une gei'be, et met au monde un bel enfant ; elle le met dans son tablier et va le jeter à l'eau. Une perdrix la rencontre, une perdrix lui dit : — «Chienne insensée, folle sans foi, juive impure. J'ai (( dix-huit petits et je travaille à les nourrir; et toi, tu « n'as qu'un bel enfant et tu vas le jeter à l'eau ? »

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