‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 86 sur 187 · LA BLONDE OUVRIÈRE · texte numérisé non relu

LA BLONDE OUVRIÈRE

Là-haut dans le voisinage, sur la pointe de la colline, était une blonde qui tissait, qui tissait et chantait.

Et au bruit de son chant, au bruit de sa navette, le soleil se scandalisait et tardait à se coucher.

La mère du soleil la maudit. — « Jeune fille, si tu ' n'es pas mariée., puisses-tu avoir un mauvais sort, et si

lu as été mariée de si bonne heure, puisses-tu ne jamais •' vieillir!

« Toi qui es cause que mon soleil tarde à se cou- <( cher, quand ta chanson et le bruit dç ton métier l'em- « pèchent de dormir. »

La belle à ces mots se hâte de répondre :

— C'est à bon droit que je chante et me montre joyeuse; car l'homme que j'ai à l'étranger depuis tant d'années, voilà qu'il m'écrit d'aller le rejoindre. —

La mère du soleil à ces paroles la bénit :

— (( Jeune fille, si tu n'es pas mariée, puisses-tu avoir '( un heureux sort, et si tu t'es mariée de si bonne heure, «. puisses-tu vivre de longs jours ! »

LES AMAMS

Une belle est gravement malade par amour pour un jeune garçon, un beau garçon blond, et sa souffrance est extrême. Trois belles, ses compagnes, vont la consoler; l'une porte du basilic, l'autre porte une poire, et celle qui l'aime sincèrement porte des larmes dans un mouchoir ; l'une la critique, l'autre l'injurie : — N'avons-nous pas aussi aimé comme toi? mais nous avions le cœur do fer et le foie desséché. — Celle qui Taime sincèrement leur répond aussitôt î Vous, quand vous avez aimé, c'était du noir et du laid; celle-ci quand elle aime ce sont des yeux d'anges. — Ma fille, puisque tu m'en fais l'éloge, va donc me le chercher. — Fais chauffer l'eau, baigne-moi, peigne-moi avec ton peigne, tresse mes cheveux pour que je te l'amène. — Mais si je te lave et te peigne, j'ai peur que tu ne me le prennes. — Oh! non, sur ma vie» ma compagne, je ne suis pas de celles-là. — Laisse les villages, va devant toi dans les collines, où tu verras une bannière verte, c'est là qu'il est né. — Elle quitte les villages, elle va devant soi aux colhnes, voit la bannière verte et trouve où il est né. Elle le voit mangeant, buvant avec des chefs et des voisins ; il en a tant d'un côté, tant de l'autre; et comme ils ne lui suffisent pas, il interroge celle qui arrive : — Dis-moi, ma belle, et vis longtemps, où vas-tu, et de quel côté? — Tu en as tant d'un côté, tant de l'autre, et, loin de te suffire, tu me questionnes moi-même. Et celle que tu as épousée, à qui tu donnas la couronne

et qui est belle par-dessus tout, comment Voublies-lu? — De qui parles-tu, charmante, et que veux-tu dire? Est-ce une blonde, à la taille fine, dont les yeux regardent la terre, dont le sourire fait pleuvoir les roses dans son tablier, r- Puisque tu en fais l'éloge, comment peux-tu l'oublier? — Je t'ai" dit le bon côté, voici le mauvais : si je l'embrasse, elle se fâche; si je la pince, elle pleure; si je touche sa gorge, elle le dit à sa mère : — Allons, viens mon bel astre, je te la garantis. — Quand du corbeau naîtra l'aigle, de la perdrix l'épervier, et du raisin sec le jasmin, alors nous nous réconcilierons. — Elle part, s'en retourne et répète* les mots amers.

Celle-ci se plaint comme la perdrix, gémit comme la colombe, se lève doucement, doucement, et se met à la fenêtre. Elle le voit qui descend à cheval vers la campagne, enfoncé dans ses manteaux noir et or, et se dressant comme une tour sous son habit rouge : l'étoffe qu'il porte sur le ventre jette des éclairs, ses cheveux bouclés reflètent le soleil. — Mon rameau, mon trésor, mon sabre de diamant, mon aigle aux ailes vertes, où vas-tu donc chasser? — On me marie là-bas à Péra ; si cela te plaît, viens aussi à la noce, tu tiendras la couronne et seras la commère. — Là où tu vas dormir et demeurer avec une autre jeune fille? Souviens-loi de ma beauté et parle-lui de mes charmes, mais ne lui dis pas mes folies. Ma lèvre était la fontaine, ma bouche était le puits, et tu as couru nu jardin pour y cueilhr des fleurs. — Payez les noix làbas % et bonsoir la noce. Viens, ma colombe, viens et réconcilions-nous. —

* Les noix qu'on avait retenues pour la noce, usage antique. Sparge,

riicrite, niices.

100 LÉ G E M) F. s.

LE MAHIAGE IMPROVISÉ

Comme j'étais assise et tressais pour mon Kyrkos un cordon, pour Kyrkos, mon maître et mon amant, un oiseau d'or s'est posé sur le bois de mon métier.

Il ne chantait pas comme un oiseau, ni comme chantent les rossignols; il chantait et parlait un langage humain.

— (( Tu tresses un cordon et ton Kyrkos se marie! il « se marie, il est fiancé, et il prend une autre femme. »

— Je pelotonnais ma pelote, je la jette dans un coin. J'ouvre la jalousie qui est toujours fermée et je le vois qui descendait à cheval vers la campagne.

L'appeler tige de vigne? la vigne a des nœuds; l'appeler basilic? le basilic naît du fumier; il est mieux de l'appeler comme il ne convient qu'à lui, et lui dire ses qualités.

— Bonjour, branche de musc, baguette de jonc, où vas-tu donc si bien paré d'argent et d'or?

— (V Je me marie, ma fille el je prends une autre femme. « Si tu le veux et que lu en aies envie, viens toi-même u à mes noces, tu tiendras la couronne, tu en seras com- « mère. »

Elle court aussitôt chez la voisine et lui dit tout :

— (( Ma fille, tu es bien malade, ma fille, tu deviens '( folle. »

— Je ne suis ni folle ni malade; mon amant se marie, prend une autre femme, et m'a dit, si j'en avais envie, de venir à ses noces pour y tenir la couronne et servir de commère.

— « Eh bien ! fais de ton visage un soleil, de ton sein a une lune, et que la ligne de ton sourcil soit comme la « plume du corbeau. »

Ce que l'une a dit, l'autre l'a fait. Le pappas la voit et se trompe, le diacre oublie ses réponses et les petits clergeons perdent le feuillet.

— Cbante, pappas, comme tu cbanlais, toi diacre, comme tu officiais, et vous petits clergeons, retrouvez votre feuille.

Pappas, si lu es chrétien, si tu es baptisé, retourne les couronnes et place-les sur la commère. Tu ne saurais rien faire de mieux.

1ft2 LEGENDES.

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