L INTRODUCTION
mirait le courage. Elle a chanté ses joies et ses douleurs. Tous ces chants improvisés ainsi dans un moment d'émotion, et répétés par la foule, présentent aux regards de celui qui veut les étudier sérieusement , tantôt un tableau de mœurs fidèle et intéressant, tantôt une scène fictive riche de sentiment et de poésie, tantôt la peinture d'un caractère , le récit d'un fait, qui peuvent servir à rhistorien.
Voici un autre point assez curieux à observer. C'est dans ces recueils de chants populaires qu'il faut chercher les premières traces de composition dramatique parmi les habitants du Nord. Les honmes (jui vivent sous cette rude température des régions boréales ne connaissent guère cette vie extérieure , cette vie de forum des populations méridionales. Dans les campagnes , ils habitent une maison h l'écart et restent isolés l'un de l'autre. Dans les villes, ils subissent encore l'influence du climat , et l'éducation qu'on leur donne, les habitudes qu'ils prennent dès leur enfance , sont en quelque sorte indiquées par cette atmosphère variable et froide qui les menace dès qu'ils posent le pied dans la rue. Ainsi , ils s'accoutument à une vie sédentaire. Ils aiment leur intérieur, leurs travaux patients pendant le jour et leur cercle de famille le soir. Que l'on se représente un pays conime la Suède, où toutes les habitations sont dispersées à travers champs , où l'on ne trouve que quelques petites villes à de longues dislances l'une de l'autre, et que quelques villages dans deux provinces;
IMllODLCTION. LI
il est facile de concevoir que l'art dramatique , fût-ce même l'art le plus simple et le moins exigeant , ne peut guère se développer dans de telles contrées. Polichinelle aurait trop à faire de courir d'un chalet h l'autre pour montrer sa joyeuse humeur, et Colombine n'aurait jamais la force de traverser tant de sentiers rocailleux , de gravir tant de montagnes pour jouer ses naïves pastorales avec Arlequin.
Les paysans de chaque paroisse ne se réunissent qu'une fois par semaine pour aller à l'église. Le reste du temps ils sont disséminés de part et d'autre , l'été dans les villes , l'hiver dans leurs demeures. Ils sont là autour de leur foyer comme ces anciens Scandinaves dont parlent les sagas , les femmes filant la laine , les hommes buvant la bière ou préparant leurs instruuiL-iil^ d'agriculture.
Dans ces longues veillées qu'ils passent ainsi à la lueur d'une lampe pâle , au bruit du vent qui gronde , ils ont cherché à se créer une distraction , et ils l'ont trouvée dans leurs contes et leur poésie. Ils récitent ces contes en changeant de ton selon la nature des événements ou le caractère des personnages. C'est une espèce d'exercice déclamatoire , et la frayeur qu'ils excitent , le cri de surprise qui s'échappo de côté et d'autre au moment de la catastrophe , remplacent pour eux les bravos du parterre et l'éloge du journaliste. Beaucoup d'i'Utre eux s'appliquent à étonner les auditeurs par l'habileté de leur récit , et l'on cite dans la paroisse un