CHAM DE MORT DE HIALMAR
oF.nvAr.oi).
Conimcnl le (roiivcs-lu? Ton front pàlil, Ilialmar; je le vois ('piiisé par la large blessure; ton casque est brisé, ton armure est rompue; la vie est prête à le quiller.
IlIAL.MAr,.
J'ai seize blessures et mon armure est rompue. Tout devient noir devant moi ; je chancelle en marchant. L'épée d'Angantyr m'a atteint au cœur, celle épée sanglante, i)]eino de venin.
Quand j'aurais cinq maisons dans les champs, je n'en habiterais jamais une. Il faut que je reste à Samsœ sans espoir cl blessé nioitellemcnt.
A Upsal , dans la demeure de Josur, bien des jarls boivent joyeusement la bière, bien des jarls échangent de vives paroles; moi, je suis dans cette île frappé par la pointe du glaive.
La blanche fille de Ililmer m'a suivi à Aguafik, au delà desécueils; ses paroles se vérilient, elle me disait que je ne retournerais jamais près d'elle.
Tire de mon doigt cet anneau d'or rouge, porle-le à ma jeune Ingeborg, il lui iai)pellera ({u'elle ne doit jamais me revoir.
A l'est s'élè\ e le corbeau de la bruyère ; après le corbeau arri\e l'aigle i)his grand encore. Je serai la pâture de l'aigle qui \ieiidra boire le sang de mon cœur.
CHANT DE IIEKVOR.
HERVOR.
Éveille- toi , Aiiganlyr, c'est Ilervor qui t'appelle, Ilcrvor, l'unique fille de la Svafa. Du rouddeta lonihe, donne-moi la forte epée, ta svafurlama forgée par les nains.
Ilervardur, Hiorvardur, Urani et Angaatyr, je vous appelle tous sous les racines de l'arbre avec le casque et la cuirasse, lesépées aiguës, le bouclier, les armes et la lance sanglante.
Ne sont-ils donc plus que cendre et poussière les fils d'Angantyr qui se réjouissaient du combat? Les fils d'iiyvor ne peuvent-ils me parler du sein de la demeure des morts? Hervardur, Hiorvardur, soyez donc tous pendus par les flancs au milieu des flammes si je ne puis avoir l'épée que les nains ont forgée, l'épée étincelanle et la ceinture précieuse.
ANOANTYR.
Ucrvor, ma fille, pourcjuoi cries-tu ainsi à l'aide des armes qui causent ton tourment? Es-tu folle, as-tu le vertige pour venir ainsi éveiller les morts? Je n'ai été enseveli ni par mon père, ni par mes|)roclies. Deux de mes amis c^ui me nourrissaient ont pris Tyrling , l'un d'eux la possède.
iii:r>voR.
Ce que tu dis est faux; j'en atteste les Ases qui le tiennent là; tu as certainement Tyrling près de toi. Tu as bien de la peine , Angantyr, à donner à ton tmi(iue enfani l'Iiéritage qui lui appartient.
64 cil ViNTS l'oi'iLAïuES Di ^ono.
ANGANTYR.
Je te dirai, Ilcivor, ce qui doit arriver : Tyrlin^j, crois-en ma parole, dclruira toute ta race. Tu enfarileras un (ils qui possédera Tufing, et le peuple l'appellera Heidrek.
HERVOR.
Par la veilu de mes enclianlements, ô morls! vous n'aurez point de repos si Angantyr ne me donne Tjrling, qui fend les boucliers; Tyrfmg, meurtrière de Ilialmar.
AXGANTYr,.
Tu es une femme, mais tu as le cœur d'un homme; tu viens la nuit errer autour des tombeaux avec une lance enchantée, avec le casque cl la cuirasse, ouvrant l'asile de la mort.
IIERVOR,
Avant de venir te chercher dans ta tombe, je te regardais comme un homme fidèle à sa parole. Donnemoi du sein de ta tombe cette œuvre des nains, celte épée ennemie des boucliers, tu ne peux plus l'en servir.
ANGANTVR.
Klle repose sur mes épaules, cette épée meurtrière de Ilialmar, elle brille comme le feu. Je ne connais i)as femme assez hardie pour oser la prendre en ses mains.
IIKRVOR.
Aloi , j'oserai bien la tenir en mes mains, celle épée brillante, si je puis m'en emparer. Je ne crois pas qu'il brûle, le feu qui brille autour du visage des morts.
ANCANTYR.
Intrépide Ilerxor, tu te laisserais, dans ton égarement, saisir devant moi parles flanunes ! J'aime mieux te donner l'épée; mais lu ne pourras t'en servir.
HERVOR.
ïu fais bien, descendant des héros, de me doniier ce glaive. A i)rc'seni, je suis plus joyeuse que si je possédais toute la >'orvégc.
ANGANTYR.
Ne sais-tu pas, fille rusée, que tu parles follement? Tu ne peux te réjouir d'avoir cette épéc, car, crois-en ma prophétie, elle anéantira toute ta race.
HERVOR.
Il faut que je retourne auprès de mes marins, je ne puis rester plus long-temps. Peu m'importe , ami dos rois, ce que mes fils feront après moi.
AXGANTYR.
Tu posséderas la meurtrière de Hialmar, et tu t'en serviras long-temps; mais, prends- y garde, vois les deux tranchants : dans tous les deux il y a du poison. Jamais on ne vit une arme plus cruelle.
HERVOR.
Je la prends, je la tiens dans mes mains, l'épée terrible que lu m'as donnée ; je ne m'inquiète pas de ce que mes fils feront après moi.