ANGA^TYR
Adieu, ma fille. Ente donnant cette épée, je te donne, lu peux m'en croire, le destin de douze hommes; je te donne la force et le courage, c'est tout ce que les fils d'Andgrim ont laissé après eux.
HERVOR.
Dormez en paix, morts, dans vos tombeaux, il faut que je m'éloigne à la hâte d'ici ; il me semble que je suis entourée de flammes brûlantes.
FEROE,
LE CHANT DE SlGUllI).
Toute la poétique et tragique liisfoiie tles Niehelungeii a été Iransiioitée dans le groupe d'îles aiiiles, l'ioîdes et rocailleuses qu'on nomme l'aicliipel desFerœ. D'autres traditions religieuses ou guerrières se sont ainsi projiagciîs dans ces îles depuis un temps immémorial. C'est une cliose touciiante que de trouver dans les pauvres cabanes (pii parsi-ment les grèves de cet aicliipel , la poésie planant comme un ange de consolation sur toutes les misères, et aniuiant t')us les cœurs. Chaque fois qu'il y a dans une famille fcrœienne un événement à célébrer, on chante, on danse, on ennoblit la IV'te paisible du f lycr par l'héroïque tradition des anciens jours, la joie fugitive du présent par l'auréole du passé. Un pasteur d'une de ces pauvres pelites îles , M. Lyngbye, a publié un recueil très-curieux des principaux chants populaires des Ferœ ; et lorsque, en 1 83 ( , nous visitâmes cette honnête contrée, dont nous g microns sans cesse un touchant souvenir, le vénérable M. Schrœtcr de Thorshavn nous remit plusieurs poèmes qui vivent depuis long-temps dans la mémoire des hal)itants des Fem', cl cpii n'ont Jaunis été publiés.
Voulez-vous prêter l'oreille et éeouLcr mon ehaiU? Celte fois je parlerai des rois puissants.
Le roi Siginuud, (ils d'un jarl illustre, épouse une noble feniiiie, une femme gracieuse ol^l)elle.
68 cil VMS roi'LLMKES Dl NORD.
Joyeusemcnl on I)oit la bitrc du jarl, (ligncmciil ou prépare le siège du roi piiis:-a?it.
Mais voilà qu'une troupe nombreuse arrive dans sa demeure; la guerre éclate , les ennemis se répandent dans la contrée.
Les combaltanls s'assemblent au sud sur le rivage , ils défendent avec bravoure la terre du roi.
Ils tombent sur le champ de bataille. Hiordise , la jeune femme de Sigmund, survit à son époux.
Le combat se prolonge, pas un des guerriers ne rentre dans sa demeure; Hiordise vit avec douleur.
Le combat se prolonge, chaque guerrier tond)e dans les bras de la mort; lliordise vit avec une douleur profonde.
La noble lliordise revêt ses épaules de son manteau bleu, et s'en va sur la côte où Sigmund est tombé.
— Salut h toi, Sigmund, mon dou\ ami; ta mort me désole; je viens te voir dans ma tristesse.
Dis-moi, brave Sigmund, dis-moi, si tu le peux, ta blessure doit-elle empirer? Ne peut-on la guérir ?
— Hélas! lliordise, il est trop lard ; tu n'auras pas le bonheur de me donner un baume pour guérir ma blessure. ,
Ce sont lesfds de Flunding de Randarni cpii ont fait le mal. L'épée qu'ils ont tournée contre moi était trempée dans le poison.
Au moment où les ennemis m'attaquaient avec l'épée et la lance, mon glaive s'est brisé, il s'est brisé en deux morceaux.
.Mon rude glaive s'est brisé , ainsi que ma lance. Alors, tous les fds de Ilunding se sont précipités sur moi avec une joie cruelle.
J'étais sans défense. Ils m'ont fait une rude blessure
FEKOC. 69
qui a pénétré jusqu'à la racine du cœur. On en parlera long-lcmps.
L'enfant que tu portes dans le sein sera un brave guerrier. Qu'il vienne au monde heureusement et s'appelle Sigurd.
Prends ces deux morceaux de mon épée , cache-les dans ta demeure pour les porter au forgeron quand lu auras un fils.
Ce que je te dis est vrai ; c'est ce même fds qui me vengera un jour.
Do l'autre côté du fleuve, au bord des flols rapides, demeure le forgeron Ilegin ; tu lui porteras ces deux morceaux de mon épée.
Qu'il en fasse un glaive brillant et acéré , un glaive qui tranche le roc et le fer.
Il y a sur la hauteur de Glitra un serpent nommé Fafnir. Regin est un habile forgeron, mais on ne peut se fier h lui.
Je ne puis causer avec toi plus long-temps, je sens que l'instant s'approche où la mort doit s'emparer de moi.
Sigmund meurt. Iliordise s'éloigne en pleurant, ses femir.es la suivent et pleurent avec elle.
La noble femme enfante au bout de neuf mois un fils robuste et riant.
L'enfant est enveloppé avec soin dans de bons vêtcmenis. On le présente au prêtre et l'on demande qu'il s'appelle Sigurd.
De l'église il est rapporté à sa mère, qui tient plus à lui qu'à tout l'or de ses coffres.
Sigurd vil et se développe lieureusement : en un mois il grandit plus que les autres enfants en six.
70 CHVMS l'Ol'l L.VIRES 1)1 ^OUI^.
11 grandit et devient un homme. Le vaillant roi Hialprek était son père nourricier.
Il s'en allait souvent sur le lieu des joutes lutter avec les combattants ; il arrachait des chênes et frappait rudement les valets.
Les valets, en colère, lui disent : Il vaudrait mieux venger la mort de ton père que de nous maltraiter ainsi.
Sigurd jette par terre son bouclier et ne veut plus jouer; sa figure pâlit et rougit tour à tour; il s'en va trouver sa mère.
Il s'en va trouver sa mère et lui dit : Apprends-moi où est mon père ; chacun veut connaître sa famille.
]\éponds-moi, ma mère, je te le demande, mon père est-il tombé dans un combat? Je n'en sais rien encore.
Réponds-moi , ma mère , et dis- moi la vérité , l'homme cjui a tué mon père est-il encore au monde?
Il est encore au monde, celui qui a tué ton père, mais tu ne parviendras de la vie h te venger de lui.
Ce sont les fds de Ilundiiig de llandarni qui ont tué ton père ; tu ne parviendras de ta vie à te venger d'eux.
Sigurd répond à sa mère : Un jeune chien a souvent les dents assez aiguës.
La mère s'approche de sa cassette toute couverte d'or: — Tu vas voir l'armure dans laquelle ton père a été tué.
Elle ouvre la caisse pleine d'or et d'argent, prend les deux morceaux de l'épée et les lui jette sur les genoux.
Elle prend la cotte de maille tout ensanglantée : — Tiens, voilà comment ton père a été tué.
Elle prend les morceaux de l'épée et les donne à Siguid : — Ils m'ont été reniis par ton père , qui était mon bien-aimé.
Voilà les morceaux brisés , il faut (pie tu en fasses forger une nouvelle épéc.
lEltOt. 71
De l'autre côlé du fleuve, au l)cr(l du torrent, demeure le forgeron Regiu ; c'est à lui que lu dois porter CCS deux morceaux d'é|)ée.
Sur les hauteurs de Glitra demeure le serpent Fafnir. Regin est un habile forgeron, mais rarement fidèle à sa ])ar()Ie.
Sigurd doit réussir dans son entreprise. — Ma mère, enseigne-moi où je trouverai un cheval.
— Va-t'en près de la cascade, jette des pierres dans le torrent, et prends le cheval que ces pierres n'elTraielont pas,
Sigurd se choisit un cheval puissant qui savait se frayer son chemin. Ce cheval s'ai)pelait Grane.
Un matin de bonne heure, je me le rappelle, Sigurd traverse le fleuve pour trouver Regin le forgeron.
— Ecoute, Regin, voici mon premier voyage, et je viens te chercher pour (jue tu me forges une épée.
Prends ces morceaux brisés, et fais-en une belle et bonne épce.
■ — Sois le bienvenu, Sigurd, je l'aime. Reste ici quelque temps, passe h nuit chez moi.
— Je ne puis passer la nuit ici , ni rester plus longtemps. Le roi Hialprek a besoin de moi dans sa grande salle.
Forge-moi une belle épée , une épée qui tranche le roc et le fer.
Regin place l'épée dans le feu, prend son marteau et ses tenailles, et se met à l'œuvre pendant une nuit.
Un matin de bonne heure, je me le ra])pelle, Sigurd traverse le fleuve pour trouver Regin le forgeron.
— J'ai forgé ton épée , la voilà belle et forte ; elle peut trancher le roc et le fer.
/2 CILV.VTS l'Ol'ULAIRES Dl NORD.
Sigurd la pose sur l'enclume pour l'essayer ; an premier coup qu'il frappe, elle se brise en deux.
— Tu mériterais de mourir , forgeron Regin , pour m'avoir trompé dans le travail de celte arme.
Sigurd prend les morceaux de l'épée, les lui jellc sur les genoux. Uegiu tremble comme une feuille.
— Écoute, Uegin, ce cjue je veux te dire : i^i lu travailles ainsi une autre fois, tu mourras de ma main.
Forge-moi une épée belle et forte qui puisse trancher le roc et le fer.
— Si je le forge cette belle épée , il fant que j'aie le cœur de Fafnir pour récompense.
Regin entre dans sa forge et mel l'épée au fou , et pendant trente nuits y travaille.
Un matin de bonne heure, je mêle rappelle, Sigurd traverse le fleuve pour trouver Regin le forgeron.
— Sois le bienvenu, Sigurd, je vois que la force est dans ton bras, et le courage dans ton œil.
Sois le bienvenu , Sigurd , je t'ai forgé une belle et forte épée, une épée qui tranche le roc et le fer.
Sigurd s'approche de l'enclume et frappe avec son épée. Sa lame est forte, sa pointe est acérée, elle ne se biise i)as.
Il frappe de toutes ses forces, el fend en deux l'enclume et le tronc qui la porte.
— Kcoule, brave Sigurd, n'iras-tu pas à Glitra, el ne faut-il pas que je le snive ?
— J'irai d'abord à Randarni pour comballre avec les fdsde Ihmding; puis ensuite à Glitra, car à présent je suis foil.
Il tua les fils de ilunding cl sortit sain el sauf du combat. A l'instant même il s'en alla \ers la bruyère de Glitra.
lEuoi;. 73
Regiu, plein de colère, se dit : Quand il ira à Glitra,
je le suivrai.
Sigurd arrive près de Glitra, et sur le large chemin
rencontre un homme, le vieux Norngert.
— Écoute, Sigurd, brave chevalier, quel est ce pauvre homme qui vient après toi?
— C'est Regin, l'habile forgeron qui a fait mon épée, et qui me suit dans mon expédition.
Regin m'a conseillé de creuser deux fosses , et il me suit pour m'aider.
— Si Regin t'a conseillé de creuser deux fosses , il est plein de fourberie et de méchanceté, et veut te faire mourir.
Prends garde, Sigurd, prends garde de ne pas devenir la victime du venin du serpent.
ïu creuseras trois fosses avec soin, et là tu te mettras à l'abri du venin du serpent.
Le serpent se réjouit de contempler son or. Sigurd monte son cheval Grane et s'avance.
Le serpent se réjouit de contempler son or. Sigurd prend son javelot et son épée.
La cascade près de laquelle repose le serpent a soixante pieds de profondeur ; ses pieds reposent sur les eaux, ses épaules sur la montagne.
Sigurd frappe avec son épée le serpent tacheté et le coupe en deux.
Terrible fut le coup que Sigurd lui porta : la forêt en trembla, ainsi que la terre.
Le serpent Fafnir, coupé en deux morceaux, demande quel est l'audacieux qui vient ainsi le tuer.
— Je suis Sigurd , fds de Signmnd; el ma mèie, é|)ouse de Sigmund, se nomme Uiordise.
74 CHAMS POI'LLAlUtS DL NORD.
— Dis-moi, Sigurd, quel est celui qui t'a montré le chemin pour venir à moi ?
— C s', ton frère Regin qui m'a montré le chemin. 11 est plein de fourberie et de méchanceté , et a voulu ta mort.
Le serpent , baigné dans le sang , lui dit : Regin est mon frère, et il faut que lu le fasses mourir.
Tue-le comme tu m'as tué ; il est plein de fourberie et de méchanceté. Si tu l'épargnes, i! te perdra.
Sigurd fait rôtir le cœur du serpent; la branche d'arbre à laquelle il l'attache a soixante pieds de long.
Une goutte de sang tombe sur sa main, il la porte à sa bouche , et comprend à l'instant la langue des animaux et des oiseaux.
Regin le forgeron se dit : Je vais avoir bientôt , Sigurd, ce que tu m'as promis.
L'oiseau Vija , perché sur un chêne , dit à Sigurd : Toi seul dois manger ce cœur rôti.
Sigurd prend le cœur, le mange ; Regin veut boire le sang du serpent.
Regin veut boire le sang du serpent, Sigurd lui porte un coup mortel.
Il frappe avec son épée et coupe Regin en deux.
Sigurd trouve à Glitra de grands trésors amassés par le serpent Fafnir.
Un malin , de bonne heure , il attache sur le dos de son cheval douze colTics d'or,
lit douze coffres d'or sur ses flancs, Sigurd s'asseoit sur les coffres. Ainsi le rai>porle le chant du Scaldc*