‹ Chants populaires du NordChapitre 30 sur 110 · LA HARPE MERVEILLEUSE · texte numérisé non relu

LA HARPE MERVEILLEUSE

Ce cliant charmant , qui attril)ue une divination merveilleuse à la poésie, se retrouve dans toutes les contrées du Nord. 11 a été reproduit par M Arwidsnn dans son Recueil de ballades suédoises, et par Walter Scott dans sa Minstrelsy des Border, t. II, Ed. Baudry. Nous le publions, ainsi que celui d'Elegasl et celui de Magdeleine, d'après un manuscrit inédit que M. Schrntor de Thorsiiavn a bien voulu nous communiquer.

Deux chevaliers s'en vont, dans une maison où il y a deux sœurs, chercher une fiancée, et demandent la cadette.

Ils demandent la cadette, ils dédaignent l'aînée.

La cadette sait filer le lin, l'aînée sait garder les cochons.

La cadette peut filer l'or, l'aînée ne peut pas filer la laine.

L'aînée dit à la cadette : Allons au bord de la mer.

— Que ferons - nous au bord de la mer ? Nous n'avons pas de soie à y porter.

— Nous nous ressemblons déjà , nous deviendrons aussi blanches l'une que l'autre.

— Quand tu te laverais tous les jours, tu ne deviendrais pas plus blanche que Uieu ne l'a voulu.

Quand tu deviendrais blanche comme la neige , tu n'aurais pas mon fianc^.

La cadette s'asseoit sur une pierre, l'aînée la pousse dans l'eau.

La pauvre fdle élève ses mains en l'air. — Ma chère sœur, aide-moi à revenir au iiva"c.

7 0 r.iiwTs ropn. VIRES m xonn.

— Je ne t'aiderai pas, à moins que tu ue promettes de me donner ton fiancé.

— Jo te donnerai volontiers tout ce que je possède ; mais quant à mon fiancé, je n'en puis disposer.

Je te promets de demander pour toi un fiancé et une parure.

Le vent du sud souflle et pousse le corps en pleine mer.

Le vent court sur les vagues bleues et ramène le corps vers la rive.

Le vent d'est se lève et chasse le corps vers la pointe d'un bateau.

Deux pèlerins arrivent et trouvent le cadavre.

Ils prennent les bras de la jeune fille et en font une harpe.

Ils prennent ses cheveux blonds et en font des cordes.

— Allons dans la maison voisine, on y célèbre un mariage.

Us se placent près de la porte entr'ouverte , et l'on entend les sons de la harpe. J

La première corde dit : fa fiancée est ma sœur.

La seconde corde dit : La fiancée m'a fait mourir.

La troisième corde dit : Le fiancé était mon bienainié.

La fiancée devient rouge comme la braise. — Cette Itarpc me fait mal.

I>a fiancée devient rouge comme du sang. — Je n'aime pas à entendre cette harpe.

La quatiièmc corde dit : La harpe ne se taira pas. La fiancée va se mettre au lit.

La harpe résonne avec force, le ceour de la fiancée se brise de douleur.

ÉLÉGAST ET CHARLEMAGNE.

Les traditions fabuleuses du cyile de Cliarlemaf;ne ont pénétré dans les pauvres habitations des Fera; et y vivent depuis des siècles. On chante encore là, dans les réunions des jours de fête, plusieurs chants naïfs dont le chevaleresque empereur est le héros Quelqnesu.is sont si longs que nous n'avons pu penser à les traduire. Celui que nous choisissons raconte une aventure bizarre qui a inspiré plusieurs écrivains du moyon-àge, entre autres un poète flamand qui a composé, sur l'expédition nocturne de Charleniagno, un poème trè^-étendu -. Cacrl citde Elc- (jast,\n\h\\é par M. Hoffmann de Fallersleben. Nous en avons donné l'analyse dans nos Lettres sur la Hollande.

Chailemagne a fait un rêve, un rêve qui l'afflige. Charlemagnc a rêvé qu'il devait aller voler.

— Comment puis-je me résoudre à la pensée de devenir un voleur?

Appelez-moi Élégast. Celui-là s'entend à voler. Un instant après, Élégast est devant lui.

— Écoule, Élégast, il faut que tu accomplisses toimême mon rêve.

Il faut que tu ailles voler la selle que possède ma sœur Gertrude.

— Comment pourrais-je prendre cette selle? elle est garnie de tant de sonnettes !

Si tu veux l'avoir, il faut que lu viennes loi-même la prendre avec moi.

/» CIIA>rS POPULAIRES DU NORD.

Élégast part et glisse si douceoient , que pas une branche d'arbre ne remue.

Charleniagiie marche si rudement , cju'on l'enlcnd sur toute la route.

Élégast se traîne dans une fente de la muraille, Charlemagne franchit l'enceinte.

Charlemagne s'élance sous le lit où repose Gertrude.

Élégast s'avance avec précaution et saisit la selle avec ses sonnettes.

— Ma femme, dit le beau -frère de Charlemagne, pourquoi les sonnettes retentissent-elles ainsi ?

— C'est Ilemming, votre valet, qui nettoie la selle et les rênes.

— Qu'il les nettoie bien, demain nous nous en servirons.

Demain, nous nous mettrons en route pour nous emparer de Charlemagne.

A cesmots, Gertrude s'écrie en pleurant : Dieu veuille que mon frère vous entende !

Le comte, en colère, lui donne un coup violent sous le menton.

Il ne savait pas que Charlemagne fût si près de lui.

Il donne un coup violent à sa femme et le sang jaillit.

Charlemagne élève la main et le reçoit dans son gant.

— Maintenant, voilà mon rêve accompli; que le comte, à présent, soit sur ses gardes.

Élégast et Charlemagne s'en retournent contents d'avoir fait ce voyage nocturne.

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