‹ Chants populaires du NordChapitre 32 sur 110 · LE COMBAT DU GÉANT LANGBEN · texte numérisé non relu

LE COMBAT DU GÉANT LANGBEN

DE VIDEUIK FILS DE AEllLAND.

Co poème appaiiiejit au cycle inuitié liistoiique moitié l'ahulen\ (le Tliéudoric , ce héros des traditions du moyeu-âge II se trouve dans l'ancien recueil des K(t;mppviser, publié parSyv, dans celui de >.'yerupe, et il a été traduit par W. Grimm dans SCS Do'nisclic HcidciiHcdcr,

Le roi Didorik est à Berne, fier de son pouvoir. Il a \iiincu une l'oide de guerriers et de héros vailliuUs. li y a une ville qu'on appelle Berne , et là demeure le roi Didcrik.

Le roi Didorik est dans sa forteresse et regarde au loin.

— Dieu veuille que je connaisse un guerrier assez hardi pour m'attaqucr en pleine campagne ! Il y a une \ille qui s'appelle Berne, et là demeure le roi Diderik.

Maître Ilildebrand, qui avait été dans les pays lointains, répondit : — Il y a un guerrier dans la montagne doBirling; veux-tu i"iip[)eler au combat?

86 CIIAATS l'Ol'LLAlllES DL .NORD.

— Écoute, maître Ilildebrand, tu es un homme vaillant ; tu iras aujourd'hui en avant dans la forOt, et lui porteias nos insignes royaux.

Ilildebrand, qui est un guerrier sage, répond : Je ne porterai pas aujourd'hui vos insignes royaux. Cet homme ne me convient pàs.

Alors, \idrik, fils de Verlandson, prit la parole avec une bonne pensée et dit : Je marcherai aujourd'hui en tête de la troupe dans la foret de Kirting.

Voilà ce que dit Vidrik , et il ajouta en colère : Les forgerons ont bien forgé mon épée , elle coupe l'acier comme un simple vêtement.

Trois cents combattants se mettent en roule pour la forêt de Birting. Ils cherchaient le géant Langben, ils le trouvèrent dans la forêl.

Vidrik, fils de Verland, leur dit : Je veux essayer un jeu merveilleux; laissez-moi entrer le premier dans la forêt, si vous m'en croyez.

Le roi Diderik lui répond : Si lu trouves le géant Langben, ne me le cache pas.

Vidrik s'avance dans la forêt et découvre un sentier qui conduisait à la retraite du géant.

Il arrive dans les broussailles de Berting et voit le géant Langben noir et diiïorme.

Il le frappe avec sa lance et lui dit: Éveille-toi, géant Langben, il me semble que tu dors profondément.

— J'ai vécu ici pendant plusieurs années et dormi sur la bruyère sauvage ; nul guerrier n'a jamais osé m'éveiller.

— Me voici, moi, Vidrik, fils de Verland, a\cc mon glaive au côté ; je téveille dans ton soimneil, cl je veux le faire suei-.

DAÎMEMARK. 87

Le géant lève les yeux et s'écrie : — D'où vient ce jeune homme qui ose parler ainsi?

— Écoute, joli garçon, je ne me battrai avec toi que si tu es (le race noble. Dis-moi ton origine.

— Mon père s'appelle Verland, c'était un beau forgeron * ; ma mère s'appcflle BodiUl , elle était fille d'un roi.

Mon bouclier se nonnne Skrepping; il a reçu bien des flèches. Mon casque se nomme Blank ; bien des glaives s'y sont brisés.

Mon noble cheval se nomme Skimming ; il est né d'une jument sauvage. Mon épêe se nomme Mimering ; elle a été trempée dans le sang des héros.

ÎMoi, je m'appelle Vidrik, fils de Verland; je suis couvert de fer. Si tu ne te lèves pas sur tes grandes jambes, je saurai te mettre en colère.

Écoute , géant Langben , je ne veux pas mentir , le roi>st à l'entrée de la forêt ; tu lui donneras ton trésor.

— L'or que je possède, je le garde avec honneur. On n'entendra pas dire qu'un jeune honmie me l'a enlevé.

— Si jeune et si petit que je sois, je te montrerai ce que je vaux; je te couperai la tète et t'enlèverai ton or.

Le géant Langben a de nouveau envie de dormir. — • Éloigne-toi, jeune héros, si tu tiens à la vie.

' Verland ou Velaïul est le faiseur d'armures par excellence} l'artiste diéri d'une race guerrière qui devait nécessairement attacher un grand prix à la trempe du glaive, à la force du bouclier. I.a tradition héroïiiue fini se rattache à ce ma^iiquc forgeron a été tiès-populairc parmi les Scandinaves, les Anglo- Saxons, les Allemands, les Anglais , et on en retrouve les traces dans plusieurs anciens poèmes français. V. la dissertation de MM. Deppinget F. ■Michel, \ iland le Forgeron, Pr.ris, 1833; la Villiina saga, et le poème récent de M. Ch. Simrock : Wiehind der Scfnnicd, où cette tradition est racontée dans tous ses détails.

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Skiinniing s'élance sur les flancs du géant et lui casse les côtes; le con»l)at s'engage.

Langbeii saisit sa massue d'acier et la lance contre Vidrik ; elle s'enfonce dans la montagne.

Langben commence h se plaindre et s'écrie : — Voilà ma massue enfoncée dans la montagne comme si elle y était soudée par le marteau.

Vidrik ne perd pas de temps; son cœur était vaillant. — lîien, Skimming, retourne-toi; et toi, Alimering, montre- nous ce que tu vaux.

Il saisit Mimering de ses deux mains, et en porte un couj) si terrible à la poitrine du géant, que la pointe pénètre dans les entrailles.

(le fut une blessure qui éveilla Langben dans son premier sonmieil ; il l'eût volontiers lendue s'il l'avait pu.

— Maudit sois-tu, Vidrik ! et maudite soit ton épée! Tu m'as fait une blessure dont je vais souffrir.

— Je te couperai en morceaux aussi petits que les feuilles chassées par le vent si tu ne me montres pas où sont les trésors que tu gardes dans la forêt.

— Apaise-toi . Vidrik , ne me frappe pas à mort; je te montrerai ma maison couverte d'or rouge.

Vidrik galope; le géant se traîne dans la longue foret. Us arrivent à la maison couverte d'or rouge, brillante comme la llaunne.

— 11 y a là plus d'or que dans tout le pays. Enlève cette grosse pierre , fais tourner ces perles sur leurs gonds.

Vidrik prend la pierre des deux mains et ne peut la remuer: le géant la prend avec lesdcux doigts et l'élève en l'air.

— Vois-tu, jeune lionnne, tu peux Iticn guidi-r un

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clioval , mais j'ai plus de force dans mes deux doi^as que toi dans tes deux mains.

Vidrik lui répond : Un héros sage n'use pas sa force à soulever des pierres.

— Il y a ici plus d'or que quinze rois n'en possèdent. Écoute, Vidrik , tu entreras le premier.

Vidrik voit sa ruse et lui dit : C'est loi qui entreras le premier ; tel est le droit de guerre.

Le géant Langben rampe sur le seuil ; Vidrik de Verland lui coupe la tête.

Il prend le corps mort, le traîne vers un chêne, et s'en retourne après ce jeu merveilleux.

Il se frotte les membres avec le sang du géant, il en frotte aussi le cheval, et va rejoindre le roi Diderik.

— Vous voilà, mes compagnons d'armes, assis sous le tilleul vert. Le géant Langben m'a vaincu aujourd'hui ; voilà ma plus grande douleur.

— Si tu as été battu par le géant , c'est une mauvaise affaire. Retournons à Berne, et ne perdons pas ici un homme de plus.

— Arrête, roi Diderik, arrête, et viens avec moi. Je veux te montrer tout l'or que le géant possédait.

— Si tu as tué le géant , on en parlera au loin ; et il n'est pas encore né , le guerrier qui pourrait lultor avec toi.

Les hommes d'armes du roi Diderik vont voir le géant; ils le trouvent dans la forêt, et ce fut chose risible.

Ils pensaient que le géant allait étendre ses longues jambes ; nul n'osait l'éveiller.

Vidrik , fils de Verland , les raille amèrement. — Comment aiuiez-vouspu le combattre vivant? vous n'osez pas mémo le regarder mort.

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Il frappe le corps de sa lance, la tète roule sur le sol. — Il faut que je vous le dise, le géant était un homme fort.

Ils s'emparent de son or rouge et le partagent entre eux. Vidrik eut la meilleure part. Il l'avait bien gagnée. ■

Mais ce qui lui importait le plus , ce n'était pas le butin , c'était la victoire , c'était la nouvelle qui allait se répandre en Danemark qu'il avait vaincu le géant Langhen.

Ils retournent tous joyeux à Berne , et Diderik plus joyeux encore que les autres. Il voulut toujours avoir Vidrik près de lui.

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