D'ORM LE JEUNE ECUYER
Le géant Berner s'élève au-dessus de toutes les murailles. Il est si emporté et si farouche, que nul homino ne peut le maîiriser.
Il est si emporté et si farouche que nul homme ne peut lui donner un conseil. S'il était resté long-temps en Danemark , il y aurait fait beaucoup de mal.
Le géant Berner ceint son épée sur son flanc et s'en va dans la demeure du roi , pour combattre avec les guerriers.
Il s'avance devant le roi et lui dit : Tu me donneras ta fille et la moitié de ton royaume.
— Tu me donneras ta fille et la moitié de ton royaume, ou tu m'enverras un de tes guerriers qui puisse me résister.
— Tu n'auras pas ma fille , ni la moitié de mon royaume; mais je t'enverrai un combattant qui saura bien te résister.
Le roi de Danemark s'enveloppe la tète dans sa fourrure , et monte dans la salle où sont réunis les combattants.
Il s'avance dans la salle, et s'écrie : — Qui de vous , mes liomraes d'armes , veut gagner ma fille si belle ?
02 r.iivNTS l'OPii \iiir.s m nord.
— Vous voilà tous li-iiuis, vous à qui je donne du pain. Oui veut me venger de Berner, et me délivrer de mon chagrin ?
Je lui donnerai ma chère fille. Qui donc veut se hasarder à entrer en lutte avec le géant Berner !
Tous les combattants l'écoutent en silence. Aucun d'eux ne prononce une parole excepté Orm , qui était assis au bas de la table ;
Excepté Orm, qui se lève et prononce, en vérité, une parole virile.
— Voulez-vous me donner votre fdle et partager avec moi votre royaume? Je veux tenter le sort.
Je veux mériter la récompense que vous promettez , et hasarder de combattre avec le géant Berner.
Le géant le regarda par-dessus l'épaule , et dit :
— D'où vient cet avorton qui ose prononcer de telles paroles ?
— Je ne suis pas un avorton , quoique tu m'appelles ainsi. Mon père était le roi Siegfried. Il repose dans la montagne.
— Si le roi Siegfried est ton père , tu lui ressembles assez; tu as bien vite grandi, car tu n'as, sans doute, pas plus de quinze ans.
Le soir, au coucher du soleil , Orm veut aller éveiller son père dans son somuieil.
Il frappe sur la montagne. Il frappe si fort que les rochers et les pierres tombent.
Le |)ère d'Orni , enseveli dans la inontaç^ne, l'entend.
— \(! puis-jc donc dormir en paix dans ma retraite obscure?
Oui m'évfillc à ceitf lionro? Oui f.iil un tel bruil? Ne puis-je dormir eu paix sous la loiudc |)ierre? Quel est le téméraire (|ui ose brisor cette monta-
gno et troubler mon repos? Je le dis, en véritt- il mourra sous les coups de Birling.
— C'est moi, cher père! c'est moi, ton jeune fils Orm ; je viens implorer ton secours , exauce ma prière.
— Fs-lu le brave et valeureux Orm? L'année dernière je t'ai donné autant d'or et d'argent que tu en voulais.
— I/année dernière tu m'as donné beaucoup d'or et d'argent. Mais je ne me soucie point de ces trésors. Je veux avoir Birting, ta bonne épée.
— ïu n'auras pas Birting pour conquérir une belio jeune fille, avant que tu n'aies été en Irlande venger la mort de ton père.
— Donne-moi Birting, et laisse-moi m'en servir; sinon, je renverse sur toi la montagne en mille morceaux.
— Étends ta main droite et prends Birting à mon côté. Si tu renverses la montagne sur moi, il t'arrivera malheur.
Il lui jette Birting de telle sorte , que la pointe s'enfonce dans le sol. — Si tu ne réussis pas , mon fils, jamais ma mort ne sera expiée !
Il lui donne Birting du sein de son tombeau, et lui souhaite bonne chance. — Sois courageux et ferme, afin que les ennemis tombent à tes pieds.
Orm met l'épée sur sou dos, et rentre dans la demeure du roi , le cœur joyeux.
Le géant Berner est en colère , il s'indigne d'avoir à lutter avec un enfant.
— Quoique petit , je suis fort et robuste. Il arrive souvent, qu'une petite élévation de terre, renverse une lourde charrette.
Ils combattent im jour, puis deux, puis trois. Le
94 CHANTS POPULAIRES Dl AORD.
géant Berner s'écrie: — Ce combat ne finira-t-il donc pas?
Orin tire son épée , frappe le géant , et lui coupe les genoux.
Le géant pousse un cri de colère, et veut se venger. — Jan>ais l'usage ne fut de combattre ainsi.
— Je suis petit, et tu es grand. Nous sommes forts tous deux. Je t'ai frappé au genou , ne pouvant atteindre plus haut.
Orm prend son épée sur son dos et s'en va sur le rivage le cœur joyeux.
Il s'en va sur le sable blanc. Arrive Tord de Valland avec un navire.
Tord de Valland était sur l'avant de son bâtiment.
— Quel est ce petit homme qui marche sur la grève?
— Je suis Orm , un brave combattant. J'ai tué ton frère , le géant Berner.
— Si tu as tué mon cher frère, le géant Berner, j'ai tué le roi d'Irlande, ton père.
— Il creuse la terre avec son épée , et dit : « Tu ne recevras jamais rien pour la mort de ton père. »
Orm prend Birliug à la main. — Pour la mort de mou père , j'aurai ton sang.
11 tire son épée et abat la tête de Tord de Valland.
Il tue d'abord Tord de Valland, et ensuite uiip quantité de ses gens ; puis il s'en va dans la demeure du roi voir la belle jeime fille.
Orm prend la noble fille dans ses bras. — Maintenant vous êtes à moi. J'iii bien couihallii pour vous.
De toutes parts, dans l'île, la nouvelle se répand que le jeune Orm a vengé son père, et ((u'il célèbre son mariage.
RIBEN LLV.
Riben Ulv était un petit valet dans îa maison d'Ivcn Skioldson.
Il servit pendant cinq hivers, et amassa de l'or et de l'argent.
II fit la cour à la fille d'Ivcn , et commit de méchantes actions.
Un jour il enleva la fille d'Ivcn avec ses coffres pleins d'or et d'argent.
Il se fait bâtir une forteresse au milieu d'un grand marais.
Il se fait bâtir un château soUde et élevé , et ne craint ni pierres, ni flèches.
Il fait entourer sa demeure de fossés profonds , de hautes palissades.
Derrière ces fossés et ces palissades , il ne craint pas le roi de Danemark.
Iven s'en va trouver le roi , et lui dit : — Je viens porter plainte contre Riben Ulv.
Il m'a enlevé ma chère fille et un coffre plein d'or.
Il a tout enlevé comme un voleur ; il doit être condamné à mort.
— Sommez-le de comparaître devant vous. Vengezmoi de ce jeune loup.
Le roi de Danemark publie un êdil et somme Riben llv de venir sans retard.
96 CIIA.MS l'Ol'LI.AlULS DL >OUD.
Quaud Uiben l Iv reçoit l'édit, il le déchire en morceaux.
— Je n'irai pas devant le tribunal du roi. Je reste bien gardé dans mon château.
Le roi l'ait rassembler ses troupes et s'en va devant Llvsburg.
Il passe deux mois devant la forteresse sans pouvoir s'en emparer.
Alors arrive un vieil homme qui apporte un bon conseil.
— Ordonnez à vos hommes d'armes de danser avec des vêtements de fennne.
Ils se mettent à danser en avant , en arrière ; cela dure quatre jours.
Ils dansent sur le pont d'Llvsburg et lient le gardien à la porte.
Ils dansent dehors , ils dansent dedans , avec des épées nues sous leur robe écarlate.
Ils dansent dans le jardin. Ce l'ut là que Riben Llv reçut le coup mortel.
Kiben appelle deux de ses valets. — Faites venir le médecin. Au moment où il disait ces mots, le médecin entrait dans la cour.
— Viens ici , médecin , et panse ma blessure , je le donnerai mon or rouge.
Viens ici et sauve -moi la vie, je te donnerai mon couteau garni d'argent.
— Je ne te sauverai pas la vie, à moins que tu ne me donnes la belle femme.
— .l'aime mieux mourir à l'inslanl que de te donner ma femme.
Je l'ai enlevée à son pî're , voilà ])ourquoi je suis dans ce irisle élai.
d\.m:ii\hk. 97
— Kllc n'épousera, ni maître, ni valet; elle \ivra seule dans le veuvage.
Riben meurt avec douleur. Sa fenjuic repose dans les bras d'un autre.
^j.iviirsifas
B\3L10THECA
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