‹ Chants populaires du NordChapitre 37 sur 110 · LE RETOUR D'UNE MERE · texte numérisé non relu

LE RETOUR D'UNE MERE

Cette tradition danoise appartient à un cycle de récits superstitieux et touchants, dont on retrouve des vestiges à toutes les époques et dans tous les pays. L'homme condamné à mourir ne veut point mourir entièrement. 11 emporte dans le cercueil le sentiment qui l'a le phis ému pendant sa vie; il tressaille encore, il palpite sous sa froide enveloppe , son corps tombe en poussière et son âme revit dans le monde par ses souvenirs , par ses affections ou ses remords. C'est un dogme d'immortalité exprimé par des faits que le peuple se i)laît à raconter, par des apparitions consolantes et affreuses, par des histoires d'amour et de repentir. L'un des héros grecs chantés par Homère , Protésilas , revient de l'empire des morts visiter sa veuve, qui le pleure. En Bretagne on raconte qu'un pauvre homme, qui n'avait pu en mourant acquitter une dette, revint travailler dans ce monde, jusqu'à ce qu'il fut complètement libéré. Dans les ballades anglaises recueillies parPercy, dans les ciiants populaires de l'Allemagne, de la Litiiuanie, de la Conrlande, de la Servie, il y a plusieurs traditions de la môme nature. Ici, c'est un jeune homme qui vient revoir sa bien-aimée , c'est le cavalier terrible qui prend Lénore et l'emporte sur son cheval fougueux ; là c'est un enfant qui sort de sa tombe et prie sa mère de ne pas tant |)leurer, parce que lor.squ'elle pleure il ne peut reposer dans sou linceul. Ce que le peuple rapporte dans plusieurs contrées des chasseurs condamnés à courir toutes les nuits à travers les bois et les moutagnos, des avares accroupis sur leurs trésors dans des grottes de l'eu, tient à la même série d'idées.

Dyriiig s'en va dans une île cl (''poiisc une belle jeune

niio.

H.-, vccurenl ensemble sepl ans el (.'iiicnl si.\ enfanls.

La mort entre clans le pays et enlève la jeune femme. Dyring s'en va dans une île et épouse une autre jeune

mie.

Il épouse cette jeune fille et la ramène chez lui. Elle était méchante et haineuse.

Elle arrive à la porte de la maison , les six enfants sont là qui pleurent.

Les petits enfants bien aflligés, elle les repousse du pied.

Elle ne leur donne ni bière, ni nourriture, et elle leur dit : Vous souffrirez la faim et la soif.

Elle leur enlève leurs coussins bleus et leur dit : Vous coucherez sur la paille.

Elle leur enlève leurs flambeaux de cire et leur dit : Vous resterez dans les ténèbres.

Le soir, bien tard , les enfants pleurent ; leur mère les entend sous terre.

Elle les écoute dans son cercueil, — Il faut que j'aille vers mes petits enfants.

Elle s'avance devant notre Seigneur et lui dit : Ne puis-je aller vers mes petits enfants?

Elle prie si long-temps, que notre Seigneur lu laisse partir.

— Tu reviendras au chant du coq, tu ne resteras pas plus long-temps.

Elle se lève sur ses jambes fatiguées , et sa tombe s'en.r'ouvre.

Elle s'avance vers le village, les chiens hurlent en levant la tète.

Elle arrive près de sa maison , sa fille aînée est à la porte.

— Pourcjiioi reslcs-tu là , n)a chère lille ? où sont tes frères et sœurs?

110 CIIWTS POPLL.URES DL NORD.

— Tu n'es pas ma mère ; ma mère était belle et riante.

Ma mère avait les joues blanches et roses ; toi , tu es pâle, et tu ressembles à une morte.

— Comment serais-je belle et riante? je suis morte, et mon visage est pâle.

Comment pourrais-jc être blanche et rose? j'ai été dans le cercueil si long-temps.

Elle entre dans la chambre , et trouve ses petits enfants avec des larmes sur les joues.

Elle brosse les vêtements de l'un , elle peigne le second, elle relève le troisième, elle console le quatrième.

Le cinquième , elle le prend sur ses genoux, comme si elle voulait l'allaiter.

Elle dit à sa fille aînée : Va prier DjTing de venir ici.

Et quand il entra dans la chambre , elle lui dit en colère :

— Je t'avais laissé de la bière et du pain, et mes petits enfants ont faim.

Je t'avais laissé des coussins bleus , et mes petits enfants sont sur la paille.

Je t'avais laissé des flambeaux de cire , et mes petits enfants sont dans les ténèbres.

S'il faut que je revienne, il vous en arrivera malheur.

"N'oilà ({ue le coq rouge chante , les morts doivent retourner dans la terre.

Voilà que le coq noir chante, les portes du ciel s'ou- \Tcnt.

Voilà que le coq blanc chante, je ne puis rester plus long-temps.

Dc{)uis ce leiniKs, chaque fois que D\ ring et sa femme entendaient les chiens grogner , ils donnaient aux enfants de la bière et du pain.

Chaque fois qu'ils entendaient les chiens aboyer , ils avaient peur de la morte.

Chaque fois qu'ils entendaient les chiens hurler, ils tremblaient de la voir apparaître.

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