‹ Chants populaires du NordChapitre 38 sur 110 · LA MORT DE CHARLES · texte numérisé non relu

LA MORT DE CHARLES

Charles s'en va à travers le pays et se fiance avec la fière Mettelille. Le roi de Danemark est en colère , car cela s'est fait contre sa volonté.

Charles était un homme hardi. Il se fiance avec la jolie jeune fille, et le voilà dans les fers, privé de toute joie.

Il est enchaùié avec de lourdes chaînes; sa mère et ses frères intercèdent pour lui, ainsi que sa fiancée.

Sa mère va trouver le roi ; elle se tord les mains, elle prie pour son fils, et verse des laimes anières.

— .Te vous offre pour lui les neuf chevaux nés au bord du Rhin. .Tamais la selle n'a été mise sur leur dos, ni la bride dans leur bouche.

— Lève-toi, mère de Charles, etciue Dieu te délivre de tes souffrances ; lu n'auras jamais le bonheur de voir ton fils courir à cheval.

L'aîné des frères vient ensuite; il aimait beaucoup Charles, et il offre pour lui un navire d'or rouge.

Le second frère offre pour racheter la vie du prisonnier trois cents maisons avec leurs enclos.

Le troisième frère veut donner tous ses châteaux et ses forteresses.

Le quatrième, qui était un héros, avait le canir bien triste. Il offre tous ses trésors et ses domaines.

Le cinquième, pour tenter le cœurdn roi, offre trente forts chevaux :

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— Trente chevaux blancs avec la selle d'argent et la hride d'or. Croyez moi, roi de Danemark, vous aimerez à les monter.

Le sixième fière veut donner au roi des pierres précieuses et une innombrable quantité de perles.

— Elles viennent d'Orient, de la demeure d'un roi païen. Jamais un roi de notre pays n'eut une telle parure.

Le plus jeune des frères de Charles s'avance; il portait un vêtement rouge. — Je n'offre rien pour racheter mon frère, mais je mourrai pour lui.

— Levez-vous , frères de Charles , je ne me soucie point de vos dons. Votre frère aura un coup d'épée pour dernier repas.

Mettelille amasse son or dans un coffre, et va à Skanderborg pour délivrer son fiancé.

En entrant, elle tombe à genoux devant le roi. — Je vous en prie , au nom du Dieu puissant , accordez-moi une grâce !

Laissez mon fiancé sortir de sa prison, faites que ma prière lui soit utile. Vous êtes mon sang et ma chair, vous êtes mon proche parent.

Je vous offre pour lui tout l'or que je possède, et mes boucles neuves, que je ne porterai jamais.

Je vous offre mes neuf cornes à boire venues de l'Orient, revêtues d'argent pur au dedans et d'or rouge à l'extérieur.

Je vous offre ma maison ; ses poutres sont en os, son toit est doré.

Je vous offre mon château d' Aggerhuus et de Rekkestov, que vous devez désirer. Jamais je ne verrai offrir tant de biens pour un prisonnier.

— Lève-toi, Mettelille, que Dieu te délivre de ta

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souffrance ! Jamais tu n'auras le bonheur de voir Charles dormir à tes côtés.

Tu es de notre, sang et de notre race, cela est vrai ; mais tu t'es fiancée avec Charles contre ma volonté.

Tu savais bien que Charles avait levé les armes contre nous ; pourquoi, sans me demander conseil, lui as-tu donné ton amour et ta main ?

Je dormais dans mon lit, ne songeant à aucun péril : Charles m'éveille tout à coup avec trente honmies hardis.

Je chausse un souUer, je prends l'autre à la main, et je m'enfuis par une porte dérobée. Personne ne me reconnaît.

Je promis de faire pieds nus un voyage à Rome, si je pouvais jamais avoir le bonheur de tenir Charles en prison.

Mon voyage est fait, mes vœux sont accomplis : j'ai le bonheur de tenir Charles en prison.

A ces mots, le roi fait seller son cheval gris : — Délivrez Charles de ses chaînes, qu'il soit traité comme il le mérite.

Mettelille se jette aux pieds du roi : — Rendez-moi mon (iancé, il est de sang royal.

Charles est conduit dans la plaine verte; on lui coupe la tOle sur son propre bouclier.

On lui coupe la tèle sur son propre bouclier ; ses biens et ses trésors sont au pouvoir du roi de Danemark.

Mettelille prend le corps sanglant de Charles, le serre dans ses bras : — O roi, dit-elle, c'était mon liancé !

Elle se retire dans un cloîlre avec tousses biens; elle vit seule, et ne veut avoir aucun autre époux.

Les sept frères de (Charles s'en vont au loin par des sentiers sauvages. Pour venger Iciu' frère , ils donneraient lein- vie.

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