LA JEUNE FILLE DANS LA FORÊT
Le chevalier prend un épcrvier, le valet prend les chiens. Ils s'en vont chasser dans la bruyère et trouvent toutes sortes d'animaux qui jouaient parmi les broussailles.
Le chevalier trouve une biche sous les tilleuls, une jeune fille sur le gazon. Il étend par terre son manteau bleu, le repos est doux.
Ils restent là toute la nuit; personne ne les gène, le tilleul les cache sous son doux feuillage.
Ils restent là toute la nuit; personne n'en sait rien, le tilleul les cache sous ses doux rameaux.
Le matin, de bonne heure, quand le coq chante, la jeune fdle frappe sur l'épaule du chevalier : Il ne faut pas rester plus long -temps.
Traversez à la hâte le pont et prudemment la bruyère; vous trouverez là mes sept frères , vaillants et courroucés.
— Qu'ils soient sept ou qu'ils soient dix, qu'ils soient fiers et hardis , ils me recevront comme un bon frère d'armes, et j'irai au-devant d'eux.
S'ils veulent m'accepter pour beau-frère , ils seront contents de moi ; s'ils en veulent à ma vie, ils n'auront pas la victoire.
— Je vous en prie, mon bien-aimé, je vous en i)rie , f.tilos un détour et vovez-les vrnirde ]n\n.
— Jamais il ne sera dit dans la demeure du roi que j'ai cédé le chemin à sept iiommes armés. J'espère être leur égal.
Le chevalier ceint son glaive à son côté et prend son armure. Il dit mille fois adieu à la jeune fdle , qui va rester seule.
Il aiguillonne son cheval à coups d'éperons et marche bravement. En arrivant dans la bruyère, il trouve sept vaillants hommes d'armes.
— Sois le bienvenu, sois le bienvenu, brave chevalier! Oii as-tu été de si bonne heure? — J'ai été de bonne heure à la chasse dans la forêt.
— Où est ton épervier ? Où est ton chien? Où sont les bêtes que tu as tuées? — Je les ai donnés à un de mes amis que j'ai rencontré ce matin.
— Ce n'est pas la coutume des chevaliers de donner ainsi leur gibier. Tu as passé la nuit avec notre sœur sans nous demander pour cela notre avis.
— Je suis sorti pour aller à la chasse : je ne connaissais pas votre sœur, j'ai pris le plus charmant gibier que j'ai rencontré,
11 est venu sous mon vêtement d'écarlate ; il était doux et aimable ; je l'ai pris avec joie, et m'en suis bien trouvé.
J'ai laissé les bêtes sauvages fuir devant mes chiens; j'ai pris dans mes bras la douce petite biche, elle, a réjoui mon cœur et j'ai réjoui le sien.
C'est une belle et douce jeune hlle que l'on se plaît à voir. Si c'est votre sœur, je vojis en prie, laissez-nous célébrer notre mariage.
Je serai un frère lidèle ; pour vous j'exposerai ma vie. Je la traiterai avec honneur et considération. Que puisjedire de plus?
— Tu ne l'enipareras pas ainsi de notre sœin-. Nons allons célébrer ici ton mariage. Fais ta confession auprès de ce tilleul, les oiseaux l'entendront.
Veux-tu nous résister ou veux-tu fuir? Vcux-lu courir dans la forêt ou veux-tu défendre ta vie pour l'amour de ta bien-aimée ?
— Je ne veux pas fuir, je ne veux pas courir dans la forêt ; je reste, et je défends ma vie pour l'amour de ma bien-aimée.
Il en tue un, il en tue deux, et fait ainsi connaître sa force. Il tue les sept frères de la jeune fille, tous biaves et hardis.
La jeune fille apprend cette nouvelle et pleure beaucoup; elle pleure ses frères et n'eu aime pas moins le chevalier vaillant.