LES DEUX SOEURS
la jeune fille dit à sa sœur : Ne veux-tu pas te marier?
— Non, je ne me marierai pas avant d'avoir vengé la mort de mon père.
— Kt comment la vengerions-nous? nous n'avons ni épée, ni ai mure.
— Dans le voisinage , il y a de riches paysans ; ils nous prêteront bien dos épées et des armures.
Elles prennent l(>urs manteaux, leurs collets, et se font des habits de chevalier.
Elles se ceignent l'épée sur le flanc et montent à ciieval.
Arrivées à la demeure d'Erland , elles aperçoivent sa lemme.
— Vous voilà, femme d'Erland, votre époux est-il au logis?
— Mon épouv est dans la Kalle ; il boit du vin avec ses hôtes.
Les jeunes filles ouMent la porte. Erland.se lève devant elles.
Il frappe sur le coussin bleu, et leur dit : Jeunes cavaliers, ne voulez-vous pas vous reposer?
— Nous ne sommes pas las ; un instant de repos est c ei)endaut i\nc bonne chose.
— Êtes-vuus mariés, ou cliercliez-\ous des a\enlurcs dau;-; le pa)S?
DA.XEMVIUv. 121
— Nous ne sommes pas mariés , el nous clierclions des aventures dans le pays.
— Je puis vous indiquer dans l'île deux jeunes orphelines fort riches.
— Puisqu'elles sont si riches, pourquoi ne les courtisez-vous pas vous-même ?
— Je le ferais certainement volontiers si je n'étais arrêté par mes péchés.
Si je n'avais tué leur père et si je n'avais été l'amant de leur mère.
— Il est vrai que tu as tué notre père, mais tu mens en parlant de notre mère.
Les jeunes filles tirent l'épée avec une grâce de femme, cl frappent avec une force d'homme.
Elles coupent Kriand en petits morceaux, comme les copeaux qu'on voit dans la forêt.
Toutes deux pleurèrent beaucoup quand il fallut aller à confesse.
Mais elles ne furent condamnées, |)our la mort d'Iirlaud , qu'à trois jours de pénilence, au j)ain el à l'eau.