‹ Chants populaires du NordChapitre 54 sur 110 · I>AI\EM\11K · texte numérisé non relu

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La mère de Valborg rcjiose sous le marbre auprès de soii noble époux. La reine Malfred a fait venir près d'elle la jeune fille, et l'aime et la respecte.

Elle porte des bijixix d'or à sa main blanclie , des perles sont enlacées à ses cheveux ; parlout où elle va, chacun la nomme la fiancée d'Axel.

On la nomme la belle fiancée d'Axel ; mais ses parents veulent la donner à Hagen , fils du roi. Voilà ce qui les réjouit.

Axel, fils de ïhord, s'enveloppe dans sa foiUTure et entre dans la salle oii est l'empereur romain.

— Henri, vous êtes un noble empereur, vous êtes un doux maître; je vous demande la permission de chevaucher vers ma patrie.

Mon père et ma mère sont morts, mes biens sont en péril ; mais ce qui me force surtout h partir, c'est ma douce fiancée, qu'un autre veut épouser.

— Je te donne volontiers cette permission , je te la donne à l'instant. Quand tu reviendras, ta place te sera rendue.

Axel quitte la cour de l'empereur. Une troupe brillante l'accompagne, et tous ceux qui étaient là font des vœux pour son bon voyage.

Il marche à la hâte et sans s'arrêter ; trente hommes le suivent. Quand il arrive à sa demeure , il s'avance tout seul.

Axel, fils de ïhord, entre dans la salle; sa sœur chérie est là qui repose.

— Te voilà, ma chère sœur Ilelfred, tu ne m'attendais pas. Comment se porte ma fiancée Valborg, cette lleur entre les fleurs?

— Valborg est bien , c'est la plus belle des jeunes

J60 CIIAMS l'OPlLAIRES Dl NORD.

filles. Elle sert dans la demeure de la reine, qui l'a choisie entre toutes.

— Donne-moi un conseil, ma sœur Helfred, donnemoi un bon conseil. Comment faire pour parler à ma fiancée sans que personne nous entende ?

— -Enveloppe-toi dans la soie, prends un riche vêtement, dis que tu es envoyé par moi pour parler à Valborg elle-même.

Axel, fils de Thord , s'en va vers la chambre de la reine ; il rencontre les jeunes filles qui reviennent de vêpres.

11 prend la main blanche de Valborg, et lui dit d'une voix douce : Je suis envoyé par Helfred, je voudrais vous parler.

Elle brise le cachet d'une grande lettre et la lit tout entière. Il y avait là des paroles d'amour que personne ne pouvait mieux dire.

Il y avait là cinq anneaux d'or avec des roses et des lis. C'est Axel qui vous les donne, Axel qui vous aima si jeune.

Vous avez promis d'être ma fiancée, vous me garderez votre foi. Je ne vous tromperai pas tant que je serai dans ce monde *; je vous le jure, ma bien-aimée.

Ils entrent tous deux dans la chambre élevée ; ils promettent l'un l'autre de se rester fidèles ; ils se font le serment.

Ils jurent par sainte Dorothée et parla Vierge sainte de vivre et de mourir avec honneur.

Axel va dans la demeure du roi. Il élait heureux et gai ; sa fiancée reste dans sa chambre, elle joue et rit.

' Littéralemont : dans l'île de ce monde. Au moyen Age , la plupart des géo^raplies regardaient la terre comme une surface ronde entourée d'eau.

Cinq mois se passent, et puis neuf mois. Onze fils du comte viennent auprès de Valboig pour la demander en mariage.

Onze beaux chevaliers la courtisent avec honneur ; le douzième est Hagen , fils du roi , qui l'implore soir et matin.

— Écoutez, douce et belle Valborg, voulez-vous être ma bien-aimée ? Je vous donnerai le nom de reine , et vous porterez la couronne.

— Écoutez, Hagen, fils du roi, ce que vous demandez ne peut être. J'aime Axel , et ne cesserai pas de l'aimer.

Hagen entre en colère, et, s'enveloppant dans sa fourrure, il va dans la sa!le brillante où est sa mère.

— Ma mère chérie , quel conseil me donnez-vous Je courtise la belle Valborg , elle ne me montre que haine et dédain.

Je lui parle avec respect, je lui offre mon royaume, mes terres; elle répond qu'elle aime Axel et ne veut pas le tromper.

— Si Valborg est engagée , il faut qu'elle tienne sa promesse. 11 y a dans les familles de comtes plusieurs femmes aussi convenables.

— Il y a bien des filles de comtes aussi convenables et aussi riches, mais pas une aussi belle que Valborg, ni d'un cœur si bien doué.

— Tu ne peux l'obtenir de force , car ce serait une honte. Si tu emploies les armes pour l'avoir, Axel ne restera pas tranquille.

Hagen, fils du roi, est en colère. Il sort en colère de la chambre de sa mère, et rencontre son confesseur, le frère noir Knud.

— Pourquoi mon maître a-t-il l'air si triste? Quelle

162 cuAMS roiaLAinES du aoud.

pensée l'agite? Quel malheur lui est- il arrivé? Yeut-il me le dire ?

— Lu grand malheur m'est arrivé, un malheur qui m'afflige par- dessus tout : je ne puis épouser la belle Yalborg, elle est la fiancée d'Axel.

— "Si Axel est son fiancé, il ne l'emmènera pas dans sa demeure. Dans le couvent des frères noirs, près d'ici, on connaît leur naissance.

Ils sont enfants de frère et de sœur, issus d'une noble race. Une femme, qui est morte à Hoeijcborg, les a tenus sur les fonts de baptême.

Selon les règles de notre couvent, ils sont alliés par le baptême ; il est facile de le faire voir, ils sont alliés de trop près.

Que monseigneur envoie des lettres dans le pays, on obéira au chapitre. Axel n'aura pas cette belle tleur de lis, nous le lui défendrons.

Hagen, fils du roi, appelle deux serviteurs : — Dites aux oncles de Valborg de venir me trouver dans ma demeure.

Les comtes s'avancent devant la large table avec honneur et dignité. — Notre clément seigneur nous a commandés de venir, nous attendons ses ordres.

— Je désire que votre nièce reste avec moi. J'en ferai une reine si vous voulez me la donner.

Les trois oncles, fiers et joyeux, répondent : — Valborg est née sous une heureuse étoile, voilà le fils du roi qui demande à l'épouser.

Les nobles comtes s'en^eloppcnt dans leurs fourrures et monîcnl dans la c' ambre où est la reine Malfred.

ils saluent d.ihdid l;i leiru" a\cc respect et convenance, puis la belle \ .ilhcrg. la plus belle de toutes les fennnes (pti élaieiil là.

DANEMAUK. 163

— Reçois nos félicitations, chère nièce : Hagen, fils du roi , demande ta main , et nous voulons la lui accorder.

— Si vous m'avez fiancée à lui , je vous dirai la vérité. Axel est mon ami le plus cher, je ne le tromperai jamais.

Les trois comtes , fiers et puissants , répondent : — Ce que lu veux ne sera pas; jamais lu ne tiendras la promesse.

Hagen , fils du roi , envoie des lettres dans le pays ; il convoque l'archevêque et soixante-dix clercs.

Alors maître Erland s'écrie : Honte à celui qui a trouvé ce moyen ! Honte au frère Rnud !

L'archevêque est debout devant la table et parle au roi avec noblesse. Mon digne seigneur m'a fait venir, quelle est sa volonté ?

— J'ai choisi une fiancée, il faut que vous nous donniez la bénédiclion. Elle aime Axel et ne veut pas être séparée de lui.

On écrit une lettre qui est lue dans l'assemblée, et qui somme les deux fiancés de comparaître devant l'archevêque.

Le lendemain, de bonne heure, après l'office du malin, Axel et Valborg doivent partir pour se rendre à l'église.

Axel monte^sur un puissant cheval et soupire du fond du cœur ; Valborg monte en voiture et doit cacher son chagrin.

Le chevalier s'avance sur son beau cheval ; toutes ses pensées sont en désordre ; la jeune fille le suit en voiture et cache habilement sa douleur.

Devant l'église de Marie, les hommes descendent de

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cheval; les finncés entrent dans l'église avec leur escorte de parents et do cavaliers.

Ils sont assis dans la nef, où était l'archevêque avec les clercs. Que leur cœur est agité ! c'est ce qu'il est facile de voir.

L'archevêque était là, sa crosse d'argent h la main ; autour de lui les frères de l'ordre qui devaient empêcher l'amour des fiancés.

D'abord s'avance frère Rnud , portant le livre des naissances. Il montre par la table généalogique qu'Axel est parent de Valborg.

Ils sont enfants de frère et de sœur, issus de la plus noble race. leur parenté est au qnalrième degré, il faut que le prêtre les sépare.

Une femme les a présentés n l'église lorsqu'ils ont reçu le don du baptême. Asbiœrn est leur parrain à tous deux ; ils ne peuvent se marier.

Ils sont alliés par le sang, par la naissance, issus de la famille des Gildes; ils sont, de plus, frère et sœur par le baptême; ils ne peuvent se marier.

On 1rs conduit h l'autel , et on leur met entre les mains un mouchoir. On rompt leurs liens parce qu'ils étaient parents.

Le mouchoir est coupé, et chacun d'eux en reçoit un morceau. Nul dans le monde n'est assez fort pour pouvoir lui-même régir son destin.

— Vous ave/ couj^éen deux le mouchoir, nous sommes séparés. iJésormais , c'en est fait , vous avez brise notre volonté et notre amour.

On tire l'anneau d'or du doigt de Valborg et le bracelet de son bras. On rend au chevalier les dons qu'il a faits. Le lien de l'église est rompu.

Axel jelle cet ni sur rautel en l'honneur de suint

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Olaf, et jure que tant qu'il vivra il sera l'ami de Valborg.

Hagen, fils du roi, rougit de colère dans son vêtement de pourpre.

— Tandis que lu te souviendras d'elle, je te l'assure, elle cessera d'être vierge.

Erland l'archevêque, le plus sage de tous les clercs, dit alors : Celui-là est un pauvre homme cjui ne connaît pas la force de l'amour.

Avec l'eau on éteint le feu , on étouffe l'incendie ; mais l'ardeur de l'amour est telle, que nul homme ne peut l'étouffer.

La chaleur du soleil est si forle, que personne ne peut l'amortir ; plus fort encore est le lien de l'amour : on ne le brise pas.

Axel dit à Hagen, qui était là avec un vêtement de soie rouge : Je mettrai fin à cette affaire , dussé-je en mourir demain !

Hagen, fils du roi, entre en colère, et s'avançant sur la large pierre : Demain , dit-il , lu jureras devant tous ces témoins.

Tu jureras sur l'épée et la sainte Écriture , ou que Valborg est encore vierge , ou que tu l'as eue dans tes bras.

— S'il est question de serment , je le veux bien. Je soutiendrai le combat aussi long-temps que je pourrai me mouvoir.

Dans sa chambre repose la noble Eskeline ; elle s'éveille tout à coup dans son sommeil et s'écrie : Sainte Brigitte, soyez -moi en aide, quel rêve j'ai fait cette nuit !

J'ai rêvé à Julia la belle qui dort dans la terre noire.

166 CIIA.MS l'Ol'LLAlULS DL NOKU.

Elle me priait avec instance, elle me conjurait d'être favorable à sa fille.

J'ai sept fils, et chacun d'eux a treize hommes à son service ; ils ceindront l'épée et hasarderont leur vie pour secourir la douce jeune fille.

Mon ami , sellez dix chevaux et partez comme un homme brave ; vous autres, suivez-le et assistez-la.

Nous avons sept fds , sept jeunes ducs hardis. C'est notre joie et noire bonheur de voir leur courage de chevaliers.

Julia et moi nous étions enfants de frère et de sœur. Ce serait une méchante chose si nous abandonnions sa fille.

Dès le matin , de bonne heure , lorsque le soleil se lève sur la bruyère, les chevaliers brillants s'en vont au château pour prêter leur grave serment.

Axel, fi's de Thord , était prêt; il étend la main et leur dit : Avancez, comtes de la race des Gildes, et joignez-vous à moi.

Alors s'avancent onze chevaliers portant des vêtements de marte. — Nous nous unissons à vous, Axel, quoi qu'il arrive.

Des larmes coulent le long des joues de la jeune fille comme des gouttes de pluie. — Hélas! où trouverai-jc des amis? je suis malheureuse et abandonnée.

L'archevêque Krland lui dit : Tu peux avoir beaucoup de parents, mais tu trouveras peu d'amis.

Tu peux avoir beaucoup de parents, mais tu ne trouveras pas d'amis. Oue Dieu t'aide dans le danger, et puisses-tu vaincre la douleiu* I

— Que mon père et ma mère soient morts, voilà ce dont je me plains à Dieu. Dieu, (|ui nons aide tous dans le besoin, sait i)ien les motifs (jui m'ont fait agir.

DWEMVUK. 167

Wa mère repose dans la tombe de marbre, mon père est dans la terre noire. S'ils étaient en vie tous deux, mes parents me seraient favorables.

Pendant qu'elle est là pleurant et soupirant dans sou profond chagrin, l'époux d'Eskeline arrive à cheval.

Il s'avance rapidement devant elle et lui dit : Aujourd'hui , je veux te soutenir, c'est moi-même qui te l'oflre.

Eskeline l'aime et te protège. Elle repose près de moi chaque nuit; elle et ta mère sont de la même famille. Voilà pourquoi je suis ici.

Venez, mes sept fils , unissez-vous à notre serment. Les fils de Charles de Sundcrdal nous soutiendront aussi.

Onze fils de ducs s'avancent vêtus de marte et de zibeline, vêtus comme des princes, et les cheveux frisés.

Onze comtes s'avancent à la fois fermes et intrépides. Leurs cheveux blonds sont frisés et leurs épées dorées.

— Avec la jeune fille nous ferons un serment et nous formerons un pacte. Vous deux , enfants d'une noble race, approchez, et que tout le monde écoute.

Sur le livre de messe Axel pose une de ses mains, et de l'autre il tient son épée. Ses parents sont près de lui, les plus braves et les meilleurs.

La poignée de son glaive est dans sa main, la pointe pose sur une pierre. Il fait son serment devant tous ceux qui sont là.

Il est vrai que j'ai aimé la belle Valborg; elle était ma plus douce joie; mais jamais je n'ai été assez près d'elle pour l'embrasser.

La jeune fille pose sa main sur le livre de messe, et jure par >otre-Dame : « Jamais mes yeux n'ont été assez hardis pour regarder en face Axel. »

On place sur sa tête un dais brillant , on la conduit

168 CIIWTS POPILVIRES Dl NORD.

en pompe dans h salle , et ou la nomme la fiancée du roi.

Ilageu, fils du roi, s'avance et prononce ces paroles : Nul chevalier et nul écuyer ne doit sortir d'ici cette nuit.

Je me fiance avec la fière Valborg. Elle est la bienainiée de mon cœur; elle sera reine et portera la couronne d'or.

La table est dressée et couverte d'un linge. Le vin coule avec la bière. Axel est assis là triste et causant avec sa bien-aimée.

— Dites-moi , ma chère Valborg , tandis que nous sommes ici , que devons-nous faire pour étouffer les désirs de notre cœur ?

— S'il faut que j'épouse le roi , c'est contre ma volonlé. Quand je vivrais mille ans , je ne cesserai de penser h vous.

Je veux m'asseoir à l'écart dans ma chambre , faire des broderies d'or. Je vivrai toujours tristement comme la colombe.

La colombe ne se repose pas sur le gazon vert, même quand ses pieds sont las ; elle ne boit pas l'eau pure, elle la remue d'abord avec ses pâlies.

Pour vous, vous courez si joyeusement après le chevreuil sauvage, que bientôt tous les souvenirs que je vous donne se dissiperont.

— Si pendiuil le jour je poursuis dans la forèl les bêtes sauvages, que ferai-je pendant la nuit quand je no pourrai dormir ?

Je veux vendre les biens de mon père pour de l'or et de l'argent. Je m'en irai sur une terre étrangère et mourrai de douh ur.

— Non , vous ne vcuidrez pas vos biens. Il est iriste

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de s'en séparer. Envoyez un message à Asbiœrn. Prenez sa fille pour fiancée.

Prenez sa fille pour fiancée et vivez avec elle dignement. Je vous tiendrai lieu de mère , je supporterai pour vous la douleur.

— Je ne veux avoir aucune belle jeune fille. Je ne veux pas me fiancer, quand ce serait la fille de l'empereur ; je n'aurai aucune femme , à moins que ce ne soit toi.

L'archevêque Erland s'approche et leur frappe doucement sur l'épaule. — Il faut vous dire adieu , il ne peut en être autrement.

Puis il s'écrie , car il pouvait le faire : — Honte au frère noir Knud , qui est la cause de cette séparation I

Axel dit bonsoir à la jeune fille. Il le dit à regret. Son cœur est chagrin comme celui d'un prisonnier dans les fers.

La belle Valborg se retire dans sa chambre. Ses compagnes la conduisent au lit; son cœur plein d'ennui était en feu comme un brasier ardent.

Le matin de bonne heure , dès que le soleil luit , la reine appelle les jeunes filles.

La reine invite les jeunes filles h faire des broderies d'or; à l'écart Valborg reste silencieuse, le cœur saignant dans sa tristesse.

— Écoute, ma chère Valborg, pourquoi es- tu là si triste? Tu devrais te réjouir d'être la fiancée du roi.

— J'aimerais mieux être celle d'Axel et vivre avec lui , que de jouir des biens de Morvége et porter la couronne.

Peu m'importe cela , et peu importe à mes parents

de voir chaque jour les larmes couler sur mon visage.

Quelque temps se passe , un Uiois ou deux peut-être.

170 CnVNTS POPULAIRES Dl NORD.

Axel et la jeune fille ne jouaient pas cl ne riaient pas.

La guerre éclate dans le pays , les ennemis sont en grand nombre. Hagen , fils du roi , doit entreprendre une rude tàclie.

Il appelle tous les hommes qui peuvent porter les armes ; Axel , le noble chevalier, doit aussi comparaître.

Hagen, fils du roi, s'avance au-devant de l'armée; il appelle tous ceux qui peuvent porter les armes ; Axel doit être un de ses chefs.

Son bouclier est bleu et blanc. On le reconnaît de loin. Sur ce bouclier , il y a deux cœurs rouges. Axel combattra pour l'honneur.

Les troupes s'avancent dans la plaine. Les ennemis apparaissent de loin. Il s'agit de montrer un mâle courage , et non pas de danser avec des femmes.

Axel fait de grands exploits. Il aimait sa patrie. Il renverse les hommes les plus forts, il les jette à bas de leur selle.

Il frappe les nobles chevaliers , et les foule aux pieds de son cheval. Sa main n'épargne personne , ni les plus brillants, ni les plus bra\es.

Il frappe les seigneurs de l'Uppland qui montaient de puissants chevaux. Les fils du roi tombent sous ses coups avec les comtes et les ducs.

Les traits volent aussi nombreux que les brins d'herbe abattus i)ar le faucheur. Flagen , fils du roi, est blessé et doit mourir bientôt.

Dès que Hagen tombe de cheval, Axel , le noble chevalier, s'approche de lui avec ses compagnons.

— Venge ma mort , Axel , fils de Thord ; tu auras la terre , la couronne de Norvège et la jeune fille que nous aimons tous deux.

— Je vengerai pleinement ta mort. On en parlera au

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loin. Je ne me ménagerai pas et ne prendrai jamais la fuite.

Axel se précipite tout en colère au milieu de la mêlée. Quiconque essaie de lui résister est à l'instant abattu.

Alors tombent les hommes forts , comme les épis que coupe le faucheur. Axel , le noble guerrier , se bat vaillamment.

11 combat et se défend avec courage , jusqu'à ce que sa bonnée épée se brise en morceaux.

Il a reçu dans la poitrine dix-huit blessures mortelles. Ses compagnons le portent dans sa tente. Ils doivent le perdre.

Le sang coule h flots de ses blessures. La victoire lui coûte la vie. Les derniers mots qu'il prononce sont pour sa fiancée.

— Adieu , ma belle Valborg ! le ciel prendra soin de toi. Dans le ciel , nous nous retrouverons et nous goûterons la joie ensemble.

In petit écuycr arrive et se place devant la table. Sa langue est légère et déliée. Il sait manier la parole.

— Jeunes filles, déposez la soie de pourpre, et prenez le lin blanc. Hageii, fils du roi, est mort, et Axel, mon cher maître.

Hagen , fils du roi , est mort ; il repose dans le cercueil. Axel , mon maître , l'a vengé, et a reçu de mortelles blessures.

Ils ont gagné la victoire. C'est un grand honneur pour la Norvège. Plus d'un paysan et plus d'un noble seigneur a perdu la vie.

Que de larmes verse la belle reine Malfred ! c'est ce que chaciue mère peut savoir. La belle Valborg se désole et se tord les mains.

Elle dit à son serviteur : — Va-t'en chercher mon colTret d'or et apporte-le-moi de suite.

Attelle les chevaux au chariot. Je veux aller au couvent. Je n'oublierai jamais, tant que je serai au monde, la mort d'Axel.

. Devant l'église de Sainte -Marie elle descend de voiture. Elle entre dans l'église , pleine d'angoisses et de douleur.

Elle prend la couronne d'or et la met sur une pierre. — Jamais homme ne m'épousera. Je veux rester vierge.

Deux fois j'ai été fiancée et deux fois non mariée. Je veux quitter le monde et me retirer dans le cloître.

On lui apporte son coffret tout rempli d'or. Elle partage ses richesses entre ses parents et ses amis les meilleurs.

Elle prend son collier d'or orné de bijoux et le donne à Eskeline, qui l'a aimée si long-temps.

Elle prend ses larges bracelets et les donne à Hagen , qui est venu assister à son serment.

Elle prend de l'or et de l'argent , une centaine d'anneaux, et les donne aux fds de ducs qui ont assisté à son serment.

Elle donne aux cloîtres et aux églises, à ceux qui doivent réciter des prières. Elle fonde des messes pour le repos de son ame et pour l'Ame de son bien-aimé.

Elle donne aux veuves et aux orphelins, aux pèlerins qui vont nu-pieds. Elle orne l'image de sainte Anne d'une couronne d'or.

— Approchez, seigneur évéque, révérend prélat. Consacrez-moi à Dieu. Je ne sortirai du cloître que quand on m'emportera morte.

11 y avait là plusieurs braves comtes qui ressentaient

un grand chagrin. Ils jettent de la terre noire sur les bras de la belle Valborg.

Elle entre dans le cloître et souffre une rigoureuse contrainte. Jamais elle ne manqua à la messe ni au chant des matines.

Il y a dans le cloître bien des jeunes filles et de nobles femmes, mais pas une si belle que Valborg, qui n'a point de pareille.

Mieux vaudrait n'être pas né que de vivre toujours dans le chagrin , de manger son pain dans les regrets , de ne pas avoir un moment de joie.

Que Dieu pardonne à celui qui a séparé Axel et Valborg, qui s'aimaient sincèrement avec vertu et honneur.

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