‹ Chants populaires du NordChapitre 6 sur 110 · I.MUODICTIOX. VII · texte numérisé non relu

I.MUODICTIOX. VII

tailles des nobles; car toute cette poésie, c'est l'image du peuple, c'est le peuple ingénieux et crédule, naïf el subtil , amoureux des idées superstitieuses et accessible aux idées vraies ; le peuple qui se soumet , tout en rêvant à son aiïranchissement ; le peuple pèlerin et guerrier, d'abord serf, puis homme libre, puis homme fort ; d'abord caché derrière la tourelle du château , les murs de l'abbaye , et grandissant en silence jusqu'à ce qu'un jour il se lève et prenne la place de ses anciens comtes au château , de ses anciens prieurs à l'abbaye.

Dans les contrées les plus tristes, vers les climats les plus rudes, partout où l'homme a posé sa tente ou bâti sa cabane , partout la poésie , celte charmante fille du ciel , est descendue auprès de lui comme un ange d'amour et de consolation , pour sourire à sa joie et s'attendrir à ses souffrances.

Les voyageurs ont trouvé les vestiges de cette poésie naïve , gracieuse , touchante , parmi les peuplades sauvages de l'Amérique et de l'Océanio \ sur les grèves des mers orageuses et sur le sable des déserts.

• Voy. , entre autres travaux , le curieux ouvrage de M. Eliis ; Poltjncs'tan researclies; la description de i'Océanie par M. llieiizi dans VUnireis piUorcsqiie ; un intéressant article de M. Dnlaulier sur la Malaisie , inséré dans la Revue des Deux- Mondes; le voyage de M. Wrangfl au nord de la Sibérie, dont nous avons rendu conii)te dans le uiémc recueil, i" docemlire 18 il ; un passage sur la poésie du Kamtschatka dans l'ouvrage de M. Hidis fjui a pour titre : l'Edda.

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Si des régions de l'équateur vous louruez vos regards vers les froides montagnes du Aord , ne croyez pas que la poésie disparaisse avec le dernier vallon de verduie et le dernier arbrisseau de fleurs; elle anime encore de son souffle vivifiant les contrées arides ; elle voltige comme Ariel à travers les brumes de la plage ; elle apporte sur son aile légère les riantes couleurs, les parfums , les trésors d'un autre monde.

Eu Finlande, les paysans attribuent encore à la poésie une influence magique. Quand ils toud3ent malades , ils envoient chercher non pas le médecin , mais le poète du canton, qui vient se mettre debout dcAant leur lit, chante quelques vers mystérieux; et l'on croit que ces vers chassent le méchant esprit qui tourmente le malade. Les Finlandais ont un recueil de chants populaires qui renferment toute leur ancienne mythologie. Ce qu'ils racontent de leur premier scalde Vœinemtt'ïneu montre quelle haute idée ils s'étaient faite de la poésie. Vœinemœïuen est leur Orphée; mais ce n'est pas un simple mortel soumis au maître de l'empire des ténèbres ; c'est le dieu do l'intehigence , le dieu suprême , qui a créé le monde et qui le soutient par sa loi d'harmonie, l'n jour, ce dieu passait sur un rivage désert ; il aperçut un bouleau isolé au bord de la grève et dont les rameaux balancés par le vent rendaient un murmure plaintif. — Pourquoi soupiies-tu ainsi? lui dit le voyageur céleste. — Je soupire, repartit le bouleau, parce que je suis né dans la solitude, parce que

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jamais le bruil des fêtes ne me réjouit , parce que jamais la jeune fille ne vient s'asseoir au pied de ma tige décharnée avec celui qu'elle aime. Le dieu le prit , et de ses racines nerveuses forma les branches de sa harpe et fît des cordes avec les crins d'un étalon. Puis, quand cet instrument fut achevé , il dit aux vieillards de l'essayer, et les vieillards ne purent en tirer aucun son ; il appela les jeunes gens , et la main robuste des jeunes gens ne fut pas plus heureuse que celle des vieillards. Alors Vœincmœïnen prit sa harpe et en fil vibrer, l'une après l'autre, toutes les cordes, et ses chants résonnèrent harmonieusement dans l'air et ébranlèrent toute la nature. Les cascades, en l'écoutant, s'arrêtèrent dans leur chute ; les arbres cessèrent de se courber sous le souffle du vent; l'ours se di'essa sm- ses pattes pour l'entendre. Le dieu lui-même , attendri par ses chants , pleura. Ses larmes coulèrent le long de sa barbe blanche , et traversèrent ses trois manteaux et ses trois tuniques de laine.

Dans une autre contrée , plus âpre encore , plus inculte et plus désolée que la Finlande , dans la province du >'orland , nous voyions, il y a deux ans , sur toutes les barques, deux bandes noires cousues à la voile blanche du pêcheur. Ces deux bandes noires sont un hommage rendu à la poésie. Il y avait là un prêtre de campagne, nommé Pierre Dass , qui retraça dans ses vers la vie et les souffrances de cette pauvre population des îles du >ord. Quand il mourut, les pêcheurs arborèrent

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