‹ Chants populaires du NordChapitre 74 sur 110 · LA FILLE DU SULTAN · texte numérisé non relu

LA FILLE DU SULTAN

Écoutez , vous tous qui êtes pleins d'amour, mou esprit va chauler un chant d'amour et de concorde, un chant de grandes et belles choses. Une fille de sultan, élevée dans une terre païenne , s'en alla un jour, au lever de l'aurore, le long du parc et du jardin.

Elle cueillit les fleurs de toutes sortes qui brillaient sous ses yeux , et elle se disait : Qui donc a pu faire ces fleurs et découper avec tant de grâce leurs jolies petites feuilles? Oh ! je voudrais bien le voir !

Je l'aime déjà du fond du cœur; si je savais où le trouver , je quitterais le royaume du ciel pour le suivre. — Et à minuit, voici Jésus qui arrive, et qui s'écrie : — Jeune fille, ouvrez! — Elle se lève sur sou lit et accourt en toute hâte.

Elle ouvre la fenêtre, et aperçoit le bon Jésus resplendissant de beauté. Elle le regarde avec tendresse , puis , s'inclinant devant lui : — D'où venez vous donc, dit-elle, ù mon noble et majestueux jeune homme?

Quel est le cœur qui pour vous ne s'enflammerait pas? car vous êtes si beau! Jamais, dans le royaume de mou père , je n'ai trouvé voire pareil. — Et moi donc, jeune fille, je te connais, je connais ton amour; apprends donc qui je suis : c'est moi qui ai créé les fleurs.

— Est -ce bien vous, mon puissant Seigneur, mou

amour, mon bien -aimé? Combien de temps je vous ai cherché! et maintenant que vous voilà , il n'y a plus ni bien ni patrie qui m'arrête ; avec vous je m'en irai. Que votre belle main me conduise là oii il vous plaira.

— Jeune fille , si vous voulez me suivre , il faut tout abandonner : votre père , vos richesses et votre beau palais. — Votre beauté m'est plus précieuse que tout cela. C'est vous que j'ai choisi , c'est vous que j'aime. II n'y a rien sur la terre d'aussi bien que vous.

Laissez - moi donc vous suivre où vous voudrez. Mon cœur m'ordonne de vous obéir , et je veux êlre à vous. — Il prit la jeune fille par la main. Elle quitta cette contrée païenne , et ils s'en allèrent ensemble à travers les champs et les prairies.

Le long du chemin , ils s'entretenaient avec gaieté l'un l'autre, et la jeune fille lui demanda son nom. — Mon nom, dit-il, est merveilleux. Par sa puissance, il guérit le cœur malade ; sur le trône élevé de mon père, tu pourras le lire.

Donnez-moi votre amour, consacrez-moi vos sens et votre esprit. Mon nom est Jésus. Ceux qui m'aiment le connaissent bien. — l'^lle le regarda avec tendresse, et, se courbant à ses pieds, lui jura fidélité.

— Comment, dit-elle, comment est votre père, ô mon beau fiancé ? Pardonnez-moi cette question. — Mon père est très -riche; la terre et le ciel lui obéissent ; l'homme , le soleil , les étoiles lui rendent hommage.

Un million de beaux anges s'inclinent devant lui les yeux baissés. — Si votre père est si puissant et si élevé au-dessus de nous tous, mon bien-aimé, comment donc est votre mère ?

— Jamais il n'v cul dans le monde une femme aussi

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pure. Elle devint mère d'une façon miraculeuse , sans cesser d'être vierge. — Ah! si votre mère est si belle et si pure , de quelle contrée vonez-vous donc ?

— Je viens du royaume de mon père , où tout est joie, beauté, vertu. Là, des milliers d'années se passent comme un jour ; d'autres milliers d'années leur succèdent pleines de repos et de félicité.

— Seigneur, que de prodiges vous m'oiïrez ! Hâtons-nous donc, ô mon roi, d'arriver à la demeure de votre père. — Restez pure et sincère , je vous donnerai mon royaume , et vous y vivrez éternellement.

Ils continuèrent leur route h travers les champs et les prés , et ils arrivèrent près d'un couvent où Jésus voulait entrer. — Hélas! voulez-vous donc me quitter? Si je n'entends plus votre douce voix , je languirai sans cesse.

— Attendez-moi ici, dit-il avec grâce et bonté ; il faut que j'entre dans cette maison. — Il entre, et elle reste à la porte pour l'entendre ; mais , quand elle ne le voit plus , des larmes d'amour tombent de ses joues.

Le jour se passe , le soir arrive, elle attend encore; mais son fiancé ne vient pas. Alors elle s'avance vers le couvent, et frappe, et crie ; — Ouvrez-moila porte, mon bien-aimé est ici.

Le portier ouvre, et regarde cette jeune fdle si belle et si imposante. — Que voulez -vous? dit-il. Pourquoi venez-vous ici toute seule? Pourquoi ces larmes? Dites-moi , quel chagrin avez-vous ?

— Ilélas! celui que j'aime si tendrement m'a quittée; il est entré dans cette maison , et je l'ai attendu long-temps. Pressez-le de sorlir; dites -lui de venir me trouver avant que mon cœur se brise, car il est mon fiancé.

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— Jeune fille , celui qui vous a quittée n'est pas venu ici; j'ignore qui est votre bien -aimé, je ne l'ai pas vu. — Mou père , pourquoi voulez-vous me le cacher? mon biin-aimé est ici. En me quittant , il m'a dit : — J'entre dans cette maison.

— Mais dites-moi comment il s'appelle, je vous dirai si je le connais, — Hélas ! je ne puis le dire , j'ai oublié son nom. Mais c'est le fils d'un roi ; son empire est large et profond ; son vêtement est bleu de ciel et parsemé d'étoiles d'or.

Son visage est blanc et rose, ses cheveux sont blonds comme l'or, et toute sa naiure est si merveilleuse et si douce , que rien au monde ne lui ressemble. Il venait du royaume de son père ; il voulait m'emmener avec lui; mais, hélas! il est parti.

Son père tient le sceptre de la terre et du ciel; sa mère est une vierge très-belle et très chaste. — Ah ! s'écria le portier, c'est Jésus, Notre Seigneur ! — Oui, mon père, c'est lui que j'aime et que je cherche.

— Bien, jeune fille ; si c'est là votre fiancé , je veux vous le montrer. Venez, venez; vous Otrs au bout de votre voyage. Entrez sons notre toit , ô jeune fiancée! et dites-moi , d'où venez-vous ? Sans doute d'une terre étrangère ?

— Je suis la fille d'un roi ; j'ai été élevée dans les grandems, et j'ai tout quitté pour celui que j'aime. — Vous retrouverez plus (pie vous n'avez quitté près de celui d'où les biens proviennent, près de Jésus, votre amour.

Entrez donc, et suivez mon conseil. Je vous mènerai à Jésus; mais renoncez à toutes les grandeurs païennes, renoncez à la tendresse de votre père, oubliez

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votre pays de paganisme , car désormais vous devez être chrétienne.

— Oui , mon père , je me rends à vos avis. Mon amour est ce que j'ai de plus cher, et nul sacrifice ne peut m'effrayer. — Et alors le religieux lui enseigne la vraie foi et la loi de Dieu. Il lui dit la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

i-a jeune fdle dévoua son âme à Dieu ; elle avait un grand désir de voir Jésus , son bien-aimé , et elle l'attendit long-temps. Mais quand elle fut près de mourir, Jésus lui apparut.

Il la prit doucement par la main , et l'emmena dans son beau royaume. Là , elle est devenue reine , elle goûte toutes les jouissances que son cœur peut désirer, et des milliers d'années passent pour elle comme un jour.

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