LA MORT DE SINCLAIR
Eu t C 11 , la guerre ayant éclaté entre la Suède et le Danemark, Gustave- Adolphe envoya un de ses officiers en Ecosse pour recruter des ti oupes. 11 revint avec un corps d'armée qu'il conduisit à Stockholm, et laissa derrière lui un autre corps de neuf cents liommes commandé par le colonel Sainclair, qui devait se joindre aux Suédois que Gustave-Adolplie avait promis d'envoyer. Sinclair débarqua sur la côte de Romsdal , et traversa paisiblement cette province; mais quand on apprit son arrivée dans le Giildbrandsdal , les iMbitants de plusieurs paroisses se réunirent au sommet des montagnes pour lui fermer le chemin. On fit passer de l'autre côté du fleuve un homme monté sur un ciieval blanc qui devait suivre la marche des Écossais et se trouver toujours en face d'eux , afin qu'en jetant les yeux sur lui les Norvégiens postés sur la montHgne pussent voir où étaient leurs ennemis. On envoya aussi de l'autre côté du fleuve une jeune fdle qui, en faisant retentir au loin son cornet rustique , attira sur elle l'attention de Sinclair et de ses soldats. Un guide dévoué au parti norvégien conduisit les malheureux par la route la plus étroite et la plus escarpée. Au moment où il par\int au pied d'une des sommités du Kringlen, le paysan s'arrêta, les Norvégiens firent rouler des masses de pierre et des blocs de sapins sur les Écossais; puis, se précipitant au bas de la montagne, ils les attaquèrent avec impétuosité et les défirent complètement. Sinclair fut tué et enterré entre Quam et Vig , au pied d'une croix sur laquelle un habitant d'un gaard voisin a fait placer une inscription. A l'endroit où fut livrée la bataille on a mis aussi une inscription qui serait plus intéressante si elle était moins fastueuse.
Sinclair traverse la mer salée et s'avance vers la Norvège. Enti-e les rochers de Guldbrand il a trouvé son tombeau ; son front a été ensanglanté.
282 POESIES MUDEUl^ES.
Sinclair traverse les vagues bleues ; il est à la solde de la Suède. Que Dieu te garde ! tu tomberas dans la poussière devant les Norvégiens.
La lune pâle brille dans la nuit, les vagues de la mer murmurent ; une sorcière des eaux se lève sur l'onde, et prédit à Sinclair de tristes choses.
— Retourne en arrière, chevalier écossais, il y va de ta jeune vie. Si tu entres en Norvège, je le le dis eu vérité, tu n'en sortiras pas.
— Triste est ton chant, sorcière euvenimt'e, tu prédis toujours le malheur. Si je te tiens une fois en ma puissance, je te ferai hacher en morceaux.
Il navigue deux jours, et puis trois, avec les troupes qu'il a prises à sa solde; le quatrième jour, je vous le dis, il aperçoit la Norvège.
Il aborde en ennemi sur les côtes de Romsdal , suivi de quatorze cents hommes qui avaient tous de mauvais desseins.
Partout où ils passent, ils pillent et brûlent, ils tourmentent le peuple. La faiblesse du vieillard ne les émeut pas, et ils se moquent de la veuve en pleurs.
L'enfant qui doucement sourit est tué dans les bras de sa mère. Le bruit de ces cruautés se répand dans le pays.
Le message de guerre court d'une habitation à l'aulie. Les fils de la Norvège ne se cachent pas ; Smclair devait les voir.
— Nos soldats servent dans l'armée du roi ; il faut que nous défendions nous-mêmes la contrée. Honte au lâche qui voudrait maintenant éiwrgner sou sang!
Les paysans de Vaago , de Less<L' , se rassemblent avec la hache sur l'épaule ; ils vuulaieul dire deux uiob à l'Écossais.
.\or\É(;l. 28.}
Un sentier serpente le lon^' du Kringlen ; au pied de la montagne coule le Lougen ; c'est là que les ennemis tomberont.
L'arquebuse n'est plus suspendue h la muraille ; le chasseur endurci s'avance, le nek agite sa barbe humide et attend avec impatience sa proie.
Le premier coup atteint Sinclair. Il pousse un gémissement et rend l'àme. Chaque Écossais s'écrie en le voyant tomber : — Que Dieu nous sauve du péril !
— En avant, paysans ! en avant, honnnes de la Norvège ! frappez ! tuez ! Alors chaque Écossais aurait voulu être dans son pays ; ils ne se sentaient pas le cœur gai.
Le Kringlen est jonché de cadavres ; les corbeaux ont de quoi manger; les jeunes fdles d'Ecosse pleurent sur ceux qui sont morts.
Nul homme d'Ecosse ne s'en retourna dans son pays pour raconter la bataille à ses compatriotes, pour leur dire combien il est dangereux d'attaquer ceux qui demeurent dans les montagnes de la Norvège.
A la place oîi le combat fut livré, s'élève une colonne à laquelle les ennemis de notre pays doivent croire. Malheur aux Norvégiens dont le cœur ne s'enflamme pas chaque fois qu'ils la regardent !