NOSTALGIE
Traduit de Walliii , né dans la province de Dalérarlie en 1779, prêtre d'une paroisse de Stockholm en 1821, archevêque d'Upsal en 183C , mort en 1838. On a de lui un livre de psaumes et un Tolume de poésies lyriques d'une nature grave et trèsélevée.
Où s'en va le soupir de mon sein agité? Oh! mou cœur , où s'en va ta voix; suppliante ? Étranger sur le rivage désert , je sens en moi un désir , un désir si ardent ! Je voudrais m'en aller au delà des mers, dans le monde inconnu.
J'ai marché assez long-temps par la voie de l'expérience , par la bonne et par la mauvaise. Je sais comme les jours s'écoulent , pareils à des vagues qui se suivent l'une l'autre et meurent sur la grève avec un son lourd et uniforme.
J'ai entendu le cri de la joie et le cri de la douleur avec toutes les vieilles accentuations que chacun connaît. Leur voix est la même. Elle n'offre que des variations arrangées par les hommes, comme un passetemps.
286 POÉSIES MODEllVES.
En été, la terre reprend sa parure de fiancée; en hiver, elle se revêt d'un voile de deuil. C'est ce qu'elle a fait auparavant , c'est ce qu'elle fait encore. En automne , elle pleure ; au printemps , elle essuie ses larmes avec une joie d'enfant.
La paix et la guerre traversent tour à tour cette terre tremblante. Les sages ont parlé en termes pompeux de liberté, de vertu et d'âge d'or. Ils ont apporté leur flambeau devant les rois , qui , dans une heure de fatigue , ont signé une paix éternelle.
Ce qu'ils ont dit autrefois, ils le disent aujourd'hui; ce qu'ils ont juré, ils le jurent encore. Pendant ce temps, la terre continue à rouler, et l'âge <l'or et la paix éternelle ne peuvent poser un pied ferme sur ce sol mouvant.
Je vois comme les saisons se succèdent sur ce globe. Mais je ne vois rien de nouveau sous le soleil. Sous cent formes différentes, ce qu'on observe ici est toujours la même chose. La surface de la terre varie, mais la terre tourne comme de coutume sur son axe.
Je sais comment les habitants de cette île du monde naissent, et comment ils meurent , et comment ils s'agitent , pareils aux moucherons qui voltigent aux rayons du soleil, jusqu'à ce que la nuit mette un à leurs alliances , à leurs combats.
Jusqu'à présent, mes années ne sont pas nombreuses. Je suis loin encore de l'âge de mes pères. Mais j'ai vu à satiété ce qui se passe dans le monde. Il reste ce (|u'il a été. Voilà ce que l'expérience m'a démontré. Voilà ce que j'ai compris.
A présent , je dépose mon bâton de pèlerin. Je porte mes regards vers cet océan paisible et parsemé d'étoiles, le ne peux cesser de vous tontcmplei' , îles brillantes ,
vous qui gardez encore l'azur du jour quand le jour nous a quittés.
Oh ! laissez-moi suivre le flambeau que vous montrez à mes yeux. Rien ne m'attire plus dans ce monde que je connais ; sur ce sol orageux je ne respire pas en liberté , el je sens en moi un désir ardent. Je voudrais m'en aller au delà des mers dans un monde inconnu.