‹ Chants populaires du NordChapitre 9 sur 110 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

Suède el de Norvège , auxquels il faut joindre plus tard l'Islande, découverte au neuvième siècle, et peuplée par une colonie de Norvégiens. Les habitants de ces trois royaumes provenaient d'une même souche , parlaient une même langue , adoraient un même dieu. C'était là cette terre des Ilyperhoréens, sur laquelle les anciens avaient de merveilleuses idées. C'était cette romantique ïhulé, que le moyen âge a entourée de ses fictions, et que Goethe a chantée dans une de ses plus belles ballades *. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte pour comprendre tout ce que l'imagination des voyageurs a pu rêver d'étrange h l'aspect de cette contrée. Voyez comme elle est là , isolée des autres , resserrée par la mer Baltique , entourée par la mer du Nord , et touchant à la mer Glaciale. De grandes chaînes de montagnes la traversent ; des landes sauvages et des marais occupent la moitié de son sol, et les frimas la voilent pendant la plus grande partie de l'année. Rétrogradez avec moi de quelques siècles ; figurez-vous que nous sommes encore au temps où toute cette terre était livrée au paganisme , et que nous venons de I-Yance ou d'Italie ; écoulez quelles traditions étranges , quelle mythologie mêlée de vagues souvenirs d'Orient et de conceptions barbares. Les deux premiers êtres de la création sont le géant Ymer et la vache Audumla. Ymer, dans son sonuneil , cn-

* F.s war ein K(rnia iii TIhiIp.

INTRODICTION. XXV

faille sous son bras gauche un homme , sous ses pieds une femme , qui forment Ja race des géants. La vache Audumla lèche les rochers couverts de givre. Le premier jour, des cheveux poussent sur ces rochers; le second jour, il en sort une tète ; le troisième , un homme tout entier. C'est Buri, l'aïeul d'Odin. Odin a deux frères : Vili et Ve. Tous trois se réunissent pour combattre Ymcr. Ils le tuent , et les torrents de sang qui s'échappent de son corps inondent la terre et noient les hommes de sa race , h l'exception de Bergelmer, qui se sauve avec sa famille dans un bateau.

Les petits-fils de Buri s'emparent du corps d'Ymer. Avec son cadavre ils forment le monde ; avec son sang, la mer ; avec ses os, les rochers ; avec ses dents , les pierres ; avec son cerveau, la voûte du ciel , qui repose sur quatre piliers; avec sa cervelle, les nuages; avec ses sourcils, la forteresse 31idgard , qui environne l'univers et protège les hommes contre les attaques des géants. La terre est ronde comme une bague et tout entourée d'eau. La Nuit parcourt le ciel avec un char, et l'écume de son cheval produit la rosée du matin ; le Jour vient ensuite , et le mors de son coursier éclaire le monde. L'homme et la femme sont nés de deux arbres : le frêne et l'aune. Les dieux leur donnèrent le mouvement, l'esprit, la beauté. L'homme s'appelle Aske , la femme Embla.

L'arc-en-ciel est un pont bâti par les dieux pour rejoindre la terre au ciol. j! est de trois couleurs; mais

XXVI IXTRODUCTIOX.

la couleur rouge qu'on aperçoit au milieu est un sentier de feu qui enipèclie les géants de monter. La demeure favorite des dieux est près du frêne Ygdrasill. C'est l'arbre le plus beau , le plus vigoureux qui existe. Il a trois racines qui s'éiendent à une immense distance l'une de l'autre. La première louche à la demeure des Ases , et se baigne dans la source du passé ; la seconde repose dans la source de la sagesse. Le maître de cette source est Mimer ; il est le sage par excellence , parce que chaque matin il vient boire à cette source. Odin a voulu y boire une fois; mais il n'a pu obtenir cette faveur qu'en y laissant un œil. La troisième racine tomI)e dans la source des serpents. Le frêne Ygdrasill est l'arbre du monde , l'arbre immense dont les rameaux s'étendent sur la terre et montent jusqu'au ciel. Là , les dieux tiennent leur assemblée ; là , les trois Aornes ^ président au destin des hommes ; là est l'aigle qui sait tout , mais là aussi sont les mauvais génies : l'écureuil qui court de branche en branche pour animer l'un contre l'autre le serpent et l'aigle, le serpent qui ronge les racines de l'arbre , et les quatre cerfs qui viennent en manger les feuilles et les bourgeons.

Un jour, la haine (pii existe entre les dieux cl les mauvais génies éclatera , et le monde sera abîmé dans celle lutte des deux puissances. Il y a pour ce temps de calamité des pronostics annoncés par les poètes :

• Kdila (le Sa(>niiiiul , Volii-Spa.

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