‹ Chants populaires du pays castraisChapitre 3 sur 13 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

RENAISSANCE ET BÉFORin.

La renaissance dut exercer peu d'inililience sur lestliairts populaires ; elle agissait principalement sàr les classes ks plus lettrées, afin de les ramener, à l'aide de FimprimeHe, vers le grec et le latin. La tangue ronUne s*ten troOra atteinte, mais d'une nM^iière évidemment déftiveitiible h son emploi, encore général dans les provi^m^ de Lonigoer doc, lors de l'avènement et du règne de François !«'. Sans son originalité, elle aurait peut-être ' tout-à-fait saccombé, si le monarque ne fut venu mettre un obstacle à l'invasion

des idiùme anciens, en ordonnant que le français serait exclusivement mis en usage dans la rédaction de tous les actes publics (1530).

Au commencement du 16» siècle, les chants populaires tenaient principalement de la légende ; les populations des grands centres se transmettaient ainsi les traditions les plus notables des époques antérieures. Ces légendes étaient foncièrement historiques. Elles se communiquaient aux masses à l'aide de la musique. Cest ainsi que la ville de Toulouse s*eoseigna d*abord a elle-même et répandit bientôt dans tous les lieux circonvoisins, une espèce de romancero connue sous le nom de Duguesclin , où cll« célébrait les exploits du connétable contre les Sarrasins d'Espagne. Cette pièce de vers, en quarante-huit couplets; forme autant de sixains parfaitement réguliers, ofi Ton reconnaîtrait presque les complaintes élégiaques de nos jours, si Ton Intervertissait l'ordre des rimes masculines, en les plaçant au commencement, et en les faisant suivre des autres quatre rimes intercalées, masculines et féminines. Peut-être même pourrait-on ainsi arriver à découvrir Tair sur lequel elles se chantaient.

L'ata mil très cenlsoiiante-einq, L'an mil troif eent goixante-eloq,

Pel boolé del re Caries quint, Par ordre du roi Charles èhiq,

Passet en aquesta palria Se montra dans celte patrie

Noble senor Bertran Guescii, Noble seigneur Bertrand GuescliO)

Baro de la Roche-Clari, Baron de la Rocbe-Clarin,

Menen on bel gent d'armaria. Amenant sa gendarmerie.

Departigon de bon mail, On yit partir de bon matin

Tolis moandis de Sant-Sarni, Les habitants de Saint^rnin,

Apès ab'aousit messa grana ; Messe dite, entrant en campagne»

Et toulis plés de deboutioa, Et tous plein de dévotion.

Remplis 4^ la graça de I>iou, De grâce et de religion,

S'en anguerou drex à TEspagna. S*en allèrent droit en Espagne*

Quecescouptcls et les quafaiile-six autres aient été chantés dans nos contrées , cela ne saurait être douteux, |)our quiconque examine au fonds leur vocabulaire; it ne diffère en rien de celui de la langue actuelle. Cette langue n'était déjà plus celle des troubadours, plus celtique que gauloise , mais elle avait un caractère propre de netteté, dV bondancc et d'harmonie, que Tintonation et la mesure pouvaient encore mieux faire ressortir.

La Réforme introduite dans Castres, vers Tan 1555, no tarda pas à le comprendre. Elle s*en servit pour mieux s'insinuer dans les habitudes du peuple. Pour lui, on traduisit en langue vulgaire les psaumes de David. La preuve de cette traduction existe partout. Tous les annalistes contemporains en parlent. Ils mentionnent des recueils manuscrits de ces psaumes qui se transmettaient par familles, et que les nouveaux convertis étaient tenus de copier (quand ils savaient écrire) au moins une fois. Tout cela a disparu et toutes les recherches qui ont été faites dans ces derniers temps, à reflet de retrouver un seul exemplaire, ont démontré qu'il n'en existait plus. La chose est regrettable ; car, bien étudié localement, l'art musical, sous la Réforme, pourrait fixer l'origine de ces chœurs populaires, que la France actuelle multiplie sous le nom d'Orphéons. Voici en effet ce que Ton lit dans les mémoires de Gâches, écrits, comme on sait, en 1610 :

ce C'était une chose merveilleuse de voir la hardiesse des jeunes hommes qui, sans appréhender le danger qu'ils encouraient d'être massacrés. s'assemJ>laient tous les jours à la place et, s'en allant de compagnie deux à deux, sortant parj^la Porte-Neuve avec un nomme Jean Prades, excellent joueur de flûte, mariaient leurs voix m son de

rinslrumenU chantant des psaumes, tournoyant les jardins et revenant de ia sorte à la place. » (1561.)

La crainte manifestée par Gâches n'était pas exagérée, et le temps allait venir où les protestants» punis par te supplice du feu, entendraient chanter autour de leur bûcher cette affreuse imprécation sur laqnclle trois siècles sont déjà passés sans Tanéantlr :

Higanaoudaillo, Fioc à la paillo,

Fioc al fé !

Htganaoadaillo,

Bal pas ré.

Ce sont là, sans doute, de très mauvais sentiments, exprimés eu très mauvaise littérature. Mais c'est de Tliistoire; or, celle-ci n*e«t pas toujours anodine cl doucereuse. Elle s'imprègne des mœurs des dilTérenlcs époques, avec ce qu'elles ont de brutal et de barbare. Elle enregistre les batailles, et le lendemain elle chansonne les défaites, vœ victisf.., témoin le couplet suivant; il fut composé en 1621 , à l'occasion du combat de Fauch, village à peu de distance de Lombers, près de Réalmonl, dans lequel les troupes du duc de Eohan, commandées par Boyer, son maître de camp, furent battues par l'armée royale, aux ordres du duc d'Àngoulème :

Perqué maït que dé coutuno, Son pallés lous higanaouts?

Acof la malo foarlnno Que Toas len atal qoioaaouts ; L'ou boun moussu d'Angoulomo, BcD de your bailla on toc.

En creban your apoustemo,

A fauc, à fauc. ;

Lei guerres civiles de la (in du 16« siècle el celles du commencement du 17«, jusqu'à lu dernière qui se termina par la paix d'Aiais en 1630, produisirent beaucoup de chants du genre de ce dernier. Les deux partis continuaient ainsi la guerre. Elle était moins dangereuse, mais souvent tout aussi triste à cause des animosités et des sentiments de jalousie, que les jeux de l'esprit entretiennent, quand ils ne procèdent pas du désir d'être utile ou agréable aux autres.

Certainement les mœurs n*en étaient pas encore dà. Soixante-dix ans de lutte religieuse les avaient profondément allérées, ou du moins les avaient laissées aussi barbares qu*elles étaient auparavant. Cest enicore un chant populaire de cette époque qui va nous donner une Idée du caractère de férocité des habitudes, en certains cas. Je veux parler de la ballade de la Mayraslro, passée de bouche en bouche depuis Henri IV jusque nous, et que les enfants du pays Castrais répètent encore dans leurs jeux, sans se douter le moins du monde du fait tragique dont elle est Texpression.

Voici l'extrait textuel d'un article du Globe, reproduit par M. Charpentier, sons la rubrique : HiHeire de ha littércUure au moyen âge, page 103 ; cl dans l'Allemagne,. par M. P. Lebas, tome I, page 409 :

ce Un paysan devenu veuf s'était remarié, quoique père de deux enfants; mais sa nouvelle épouse ne peut voir les onfaots du premier lit ; elle fait mourir à force de mauvais traitements le jeune fils de son mari, le coupe par morceaux, et après l'avoir fait cuire, l'envoie à son père qui travaille aux champs, et le mange, croyant que c'est un court-bouillon de chevreau. La soHir de ce malheureux f^nfant est témoin de celte barbarie, et c'est elle qui par

ordre de la mar«Mre porle à son père ce ragoût digne de Thyeste ou de Fayeï ; mais la pcar d'éprouver le même sort la rend muette. Cependant elle recueille les os de son frère, les enterre avec soin, et, aiin de reconnaître l'endroit où elle les dépose, elle y plante un arbrisseau, sur lequel un oiseau ne tarde pas à venir chanter. Voici les paroles que la jeune fille croit distinguer dans son ramage :

Ma mayraslro, Piqiio pastro M'a bouUl Et reboHlît; É moiin païré Lou laouraïré.

M'a manjeat Et rouseigat Ma lUHirelo La Liséto, M'a plourat , Et sougpirat; Joust un arbre M'a enterrât...

Tsioii, Isiou, islou, En caro soni bioa.

Ma beild-roère La catin, Qui in'« tué, El mon père Lo coquin Qui m'a mangé ; Ma jeune sœur A la faveur De la nuit somt»re En un lieu Trais Que je connais A l'ombre Jeta mes os Dans les roseitux, Sous un saule A reaa ; Là, je devins peUl oiseau, Et vole, vole...

c On n'est pas peu surpris en lisant le Faust de Goethe d'y troaver ces vers presque littéralement traduits : c'est la pauvre Margueiri te qui, après avoir noyé son enfant, et perdu le sens, les chanlt dans sa prison. Les vorct pris dans la traduction de M. Albert Stopfer. » (Voir plus haut, on regard die la pièce originale)

fl[ Goethe, continue l'auteur de l'article du Globe, a sans doute appris les vers que chante Marguerite de quel-

que paysan saxon ; mais je ne m'explique pas comment ce petit poëmc était connu à la fois, il y a longues années, en patois dans la commune de Montredon, près Castres» département du Tarn (on pourrait ajouter et dans toutes les parties du pays Castrais), et en allemand, aux environs de Vienne ou de Weymar. »

Je tiens peu à recberchef ici cette explication, parce qu'elle n'ajouterait rien au caractère essentiel de la bal->^ lade; elle nous appartient par son origine, par son sujet, par son style, qui survivra même à la mauvaise et très infidèle traduction de M. Albert Stopfer; mais je serais très désireux de savoir si elle était parvenue on Allemagne avec le rythme et Vair languedociens. Ce serah là i^n des faits les plus remarquables de notre histoire artistique, puisqu'il nous mettrait à même de rétablir l'expression vraie de ce morceau, qui ne se chante plus nulle part dans nos contrées, mais qui s'y psalmodie d'une manière (out-à-fail monotone.

La ballade de la Mayrcutro peut être d'ailleurs considérée comme le type de ces petits poëmes locaux qui s'attaclicnt à un événement, afm d'en transmettre et perpétuer le souvenir. Tel est l'objet de la complainte ordinaire; ce recueil inépuisable de la littérature du peuple des villes et des campagnes ; ce livre universel, vulgarisé en plein air par la voix toujours fausse d'an homme et d'une femme, s'accordant mal ensemble; ce journal, à^ abonnés partka^ liers, annoncé au public, au moyen de toiles peintes, en tableaux successifs, où le dernier représente toujouiRs le coupable montant à l'échafaud ; ce récit toujours écouté et pénétrant un peu partout, à l'aide d'estampes à deux sous, imprimées et enluminées à Spinal ou à Avignon, sur lesquelles se iit^ en deux colonnes, une série de sixains,

plus ou moins réguliers de forme, plus ou moins triviaux de pensée, mais toujours admirables par leurs réflexions simples et naïves.

Les chants populaires du temps de Henri IV et de Louis XIII éuient nombreux dans le pays Castrais. On les trouve mentionnés souvent soit dans les mémoires de Gai'hes, soit dans ceux de Bouifard-Madiane ; malheureusement tout s'y borne h des indications de leur texte» ou des circons* tances qui les faisaient naître. On se chansohnait beaucoup alors; pas de noce, pas de charivari, pas de dîner de carnaval, pas de fête publique qui n'eut ses virtuoses. Tous s'exprimaient eniJaogue vulgaire; tous comptaient sur leurs auditeurs immédiats pour s'acquérir une petite renommée ; tous'ou presque tous, s'adressaient aux masses ; celles-ci retenaient^ mais elles ne lisaient pas, surtout en ce lemps^ où l'imprimerie venait à peine de pénétrer dans la ville de Castres, et n'avait pas eu le temps d'y acclimater son usage à cause des dernières guerres civiles.

Cependant le rôle des chanteurs locaux participait de celui que s'était imposé et qu'accomplissait le génie de Goudelin, la restauration de l'ancienne langue des troubadours, par le sentiment, la pensée et le vocabulaire. On peut donc répéter à leur occasion ce qui a été écrit en ces termes sur le caractère du poète toulousain :

« Goudelin écrivit pour les masses ; mais en même temps aussi pour les classes supérieures de la société d'alors, représentée par les habitants de Toulouse. It trouva là une salutaire popularité; il la soutint d'un côté par une érudi- ^onde bon aloi; de l'autre par des images et par des expressions d'une originalité précieuse; il l'anima et Ven- Iretint au feu d'un sentiment toujours honnête, souvent très délicat, la plupart du temps plein d'esprit.

« Il avait trouve L'idiùme languedocien se débattant sou9^ la prédominencc du français et près d'être entièrement absorbé par lui; il le rendit à son indépendance en démontrant qu'il pouvait se passer de toute alliance étrangère. Il puisa dans sa pensée essentiellement romane le moyen de restaurer et de généraliser à la fois le rôle des troubadours, rôle désormais transformé, par lui et pour lui, en œuvres de littérature méridionale.

« Goudelin dut ainsi jouir de son vivant de la réputation qu'il s'était faite; autour de lui de nombreux écrivains s'élevèrent; s'ils n'héritèrent pas tous de son génie, ils servirent tous du moins à faire comprendre la valeur morale et philologique de celui qui fui lem* maftre, comme il est resté cebit de la langue gascone; langue, sous son influence, rajeunie dans les idées, mise en relief dans les mots, servant d'interprète aux plus douces émotions du cœur. » (1)

A tous ces titres Goudelin ïul un poète populaire, non pas en ce sens qu'il fut i'iiomme des masses, s'inspiranl de leurs préjugés, parlant à leurs passions, caressant leurs habitudes, se pliant à leur langage, mais en écrivant pour tons, répondant aux sentiments de tons, cherchant à ennoblir les pensées de tous, en se superposant sans cesse à tous.

Ayant abordé ions les genres, depuis le poëme jusqu'au madrigal et l'épigramme, il n'eutjgarde de négliger la poésie chantée. Ses œuvres renferment d'un côté six pièces de vers sous ce titre : Miep doutzeno de casom; de Tautre

(1} Etudes sur la langue RotnatUf 2e partie, (fiar Anaeiiarii» Combes, 1857.

elles enregistrent avec cette rubrique : Poesio debouciouso. un certain nombre de noëls, que la partie de la province de Langaedoc, connue sous le nom de GénéralUé de Tou-louu, s'appropria bientôt. Ces chansons et ces noëls, par leur vulgarisation aidée de l'influence d'hommes de goût, tels que Pellisson (il avait connu particulièrement Goudelin pendant sts études de droit) et les membres les plus distingués de la chambre de l'Ëdit, servirent de type aux versificateurs de nos contrées. Ils se modelèrent sur Goudelin. Malheureusement ils ne comprirent pas comme lui que notre langue devait s'inspirer d'une pensée toute patoise (ce mot je l'ai dit ailleurs, d'après Ménage, vient de patriw, paternel) et ne pas être la traduction toujours décolorée d'une origine française.

Voici trois pièces de vers que l'on chantait encore à Casires dans mon plus jeune âge. Elles sont de Goudelin. Je les al apprises d'un bon et vieux prêtre, qui ne s'était pas arrêté un moment à ce qu'elles ont d'erotique ou d'intempérant. Il n'y voyait et il m'apprenait à n'y voir que les beautés de l'idiome, son harmonie et ses images ; il est vrai que personne, mieux que lui, ne parlait la langue vulgaire, avec des locutions admirablement appropriées, et presque toujours empruntées au poète toulousain.

Cansou d'Amour sur un ayrè noubel (1).

Despey que dins ma paouro pel Depuis que dans ma pauvre peau

Uris rebeundec un cop d'el, Lirîs à fait tomber ud coup d*œil,

Le min de trop ploura negat, Le mien de trop de pleurs noyé

La siet toujoun a pat do gai. La suit toujours à pas de chat.

(1) 11 serait peut-être facile de retrouver dans le pays des traces de cet air d'une forme peu commune, puisqu'il est fait pour des quatrains en vers de huit syllabes, ix rimes exclusivement mascu- Unes.

^r Scan bisatge d'angclct, Sur son Tisage de pclil ange,

La beoutat Tec un caslelet, La bcaulé bâtit un petit château ;

Amour s'y mudec ataleou, L'amour s*y changea aussitôt,

Dans soun arquct et soun flam- Atec son arc et son flaaibeau.

[beou.

Sonn el en clarlat aboondous, Tuo lé lun dés Ires bourdous ;

B dabant soun pél estendot, Le solel me scmblo touudul.

Son œil abondant en clarté Eteint la lumière des [trois bour- [dons , Et devant ses chcTeox étendus Le soleil me semble tondu.

Sa bois ple.io d'encantomen Me pipo de coantentoment, E soun se, per estre trop bel, Me fa béni Tespril garrel.

Sa Toix pleine d*encbanleroent Me remplit de contentement.

Et son sein> pour être trop beau, Fait Tenir mon esprit boiteux.

Yeoa Oambi prep de sa beoutat, E trambli sous sa cruoulat, Atal le foc, alal le tor Biben h miége dins moun cor.

Je brûle prés de sa beauté.

Je tremble sous sa cruauté.

Ainsi le froid, ainsi Tardenr, Régnent k moitié dans mon ccenr.

CwMOu de Taoulo per le Ùlmars gras.

Bdchus qués arribat en bilo, Belo gaouto de pescajou.

Les droites courren h la filo Per tasta bostre cambajou .

Bacchos yicnt d'arriver en Tille, Avec sa joue comme une crêpe, Les enfants courent à la file Pour essayer de ton jambon.

Nous rijon, nous cantan amasso. Nous rions, nous chantons en

[masse, A per biure pus douçomen. Et pour yiyre plu» doucement,

Dins lou remouli d'une tasso Au fonds du remou d'une tasse, Tenen negal le pessomen. Sachons noyer notre tourment.

Dins l'achis à l'estoufadouro E le pastis a punto d'al, Gourman la talen a toute ouro A malo forso de cayssal.

Dans le hachis en étouffée.

Dans les pâtés à pointe d'ail.

Domptons la faim, à toute heure.

En la serrant à belles dents.

Toulis y perden la paroulo, Tous nous y perdoas la parole,

Ë la pruzou nous ben as pots, Aux lèvres la démangeaison vient, Quand perdris et lebrault en Quand perdreaux et levraux à • [taoulo, [table,

Cabussou as quatre pipots. Piquent leur tôte dans les plats.

Que se l'abarecio nous pico, Quand ravarice s'applique E qa'amassco de grands trésors, A s'amasser un grand trésof, Les amagan dins la barrico, Nous le cachons dans la barrique Peryelrouba quand seren morts. Pour Ty trouver h notre mort.

Canfou ptr Beouré,

Qtt'acos bel d'estre counteni, Ah t qu'il est beau d'être conteni,

S joui d'une loungo bido, De jouir d'une longue Yie,

Tant que de bi le pot goûtent, Tant que le gosier t'humectant

S^engruno coontro la pepido. Nous garde contre la pépie ;

Ça, ça, began tant que pouiren Ah t buTons tant que nous pour-

[rons^

E tant que pla beouren, biouren. En buyant bien, bien nous vivrons.

Ceumo lou gauch d'un amou rous Si le charme d'un amoureux

Es dins Ions els de sa mestresso, Est dans les yeux de sa maîtresse,

Alal dins un bi savourons Moi, c'est dans on vin savoureux,

YeoQ me coufissi d'alegresso ; Que je puise mon allégresse.

Ça, ça began, etc. Ah ! buvons, etc.

Hau? bibi donne à cados pas, Allons du Tin, àchaquc pas i

Mentre qn'aben salut et leze ; Qu'il soit mon salut et ma gloire;

Qa*a8 malaous nou n'en dounou Au malade on n'en donne pas ;

[pas,

Et Ion mort non pot pas pusbeze. Et le mort ne peut plus en boire ;

Ça,ça begnen tant que pouiren. Ah I buvons, etc B tant que pla beouren, biouren .

Que de chansons à boire n'a-t-on pas faites depuis dmt cenlsans! En esl-il beaucoupqui vaillenl celle-là, avec ses pensées fines, ses traits naturels, son style harmonieux, sa force et son entrain? Goudelin, a-t-on dit, était un peu ivrogne ; cela ne in*étonnerail pas. il était du moins toujours poète, et toujours inspiré par conséquent. Personne n*en doutera après une dernière citation ; elle se rapporte h un auteur du même temps, aimable et correct versificateur, tandis que Goudelin, son compatriote et son ami^ était beaucoup plus que cela.

Chanfon sur h Vin»

Par M. Gautier , fameux poète de Toulouse.

Un fat de medeci m'cmbriayo, Un fou de médecin m'enirre QoaD me dis qae bcndrey ma- Quand il me dit que je deyien- [laout, [drai malade ,

Se le bl que me ten trop caout, Si le yin qui me tient trop chaud, We§ on paoue courrijeat de la N'est un peu corrigé par la fraf- [fresq^eu de i'aygo. [cheur de l'eau.

Jon aymi lou bi quand es tout J'aime le yin quand il est tout cru ;

[cru, E dins lou beyre et dins lou qru; Et dans le yerre et dans le grain; Mais Taygo l'aymi dedins Toulo Mais Tean, je l'aime dans la* mar-

[mite, Quand es coytodambeunopoulo. Quand «ye« une poule elle est

[cuite .

Galien ne sap ço que se pcsco Galion ne sait ce qu'il dit, E ne pario sease rasou ; Et s'il parle, c'est sans raison ;

Lou bi cambio dins la sasou Le yin change dans la saison Car l'biber me tent caout et l'es- L'hiyer il me tient chaud, l'été it [tiou me refresco. [me rairaichlt.

Jott aymi lou bi, etc. J*«ime le yin, etc.

• Un paoure diable que s'asaygo. Un pauvre diable qui boit de Teaa , N'es pas pla d'accord dambe mi ; N'est pas d'accord ayec moi ; D^am Taygo el correjo le bi, Ayec Tean il corrige le yfn, B you dambi le bi boli correja Tandis qu'ayec le yin je toux cor- [l'aygo; [riger l'eau.

Jou aymi tou bi, etc. J'aime le yin, etc.

Voilà un chant populaire comme on en trouve un très grand nombre dans toutes les parties de la France. La pensée en est vulgaire, les expressions communes, les tournures prosaïques. Tout cela se rencontre dans la manière des chanteurs de ville ou de village, appartenant aux classes inférieures. C'est quelque chose pour eux de chanter pour chanter, sans s'informer si leur œuvre à une

portée sociale. Les poètes ont une toute autre mission ; ils doivent amuser, intéresser, émouvoir, mais en même temps être utiles. Tel est ie caractère que nous allons rechercher dans le reste de cette étude, en nous rapprocliaot progressivement de l'époque actuelle, et en faisant voir ce qu'elle a conserve de sa littérature locale, appliquée aui, diants populaires.

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