‹ Chants populaires du pays castraisChapitre 5 sur 13 · LOUIS IV ET LOUIS XVI. — * RONDES ET PONTNBDFÂ · texte numérisé non relu

LOUIS IV ET LOUIS XVI. — * RONDES ET PONTNBDFÂ

« Le règne de Louis XV, a-t-on dit, vit fleurir Vergier, Haguenler, Lattaignant, Collé, Piron, Yadé, Panard, Favart, GiUet, Doufflers, qui laisaient des chansons pour la société, tandis qu'une foule d'auteurs inconnus en faisaient pour le public, sur les Jésuites, la bulle Unigenims. les convulsions, la paix, la guerre, les parlements et les mattresses du roi. »

Il serait difficile déclasser les chants Castrab dans Tune ou l'autre de ces deux catégories, comme de préciser par quoi ils se rattachent à la division subsidiaire, exclusivement satirique. Nos pères n'étaient encore ni assez avancés dans leur éducation littéraire, ni assez intéressés aux affaires publiques, pour vouloir donner à leurs manifestations chantantes une trop grande portée. Ils se conten-

laicnt de se livrer librement sans gêne, sans méchanceté aux inspirations de leur génie naturel. Les sujets leurs venaient des circonstances ; et lorsque, par suite de leurs rapports réciproques, ils se retrouvaient à table, dans quelques lieux fréquentés, ils se bornaient à célébrer le vin, la bonne chère, ou k rimer des couplets sur l'anecdote du jour et du lieu.

Si par hasard une mélodie expressive frappait à leurs oreilles, ils ne tardaient pas à se Tapproprier, à l'aide de paroles toujours simples, quelquefois naïves, le plus souvent puériles, mais qui servaient à fixer dans leur mémoire les airs les plus saissisants de la musique française ou italienne. C'est ainsi qu*ils se composaient à leur usage, de véritables Ponlneufs, à deux, trois ou quatre vers tout au plus, manquant de mesure, mal rimes, remplis d'hiatus, propres seulement à constituer des chœurs où chaque genre de voix avait sa place*

Telle fut l'origine, telle est l'explication de l'empressement du peuple Castrais, à adopter l'air de Pergolèie^ mis sur les paroles en plusieurs couplets : Que ne suis-je la fougère, par Riboutté au commencement du 19« siècle, et traduites ainsi :

(Airs notés n» 1.) (I)

Adiou paooré, adioa paoaré, Adiou paouré Garnaball {biij Tu l'en bas etyéoo démori Per manja la 8oap*en d*al ; Per manja la soap'en d'oli Adiou paooré Gamabal !

(1) Les airs qu'on a pu recueillir dans le pays, et marquant une irigfnalité quelconque, seront imprimés à part, avec la forme i

sicale, et mis ensuite à la disposition du public

) mu>

Cet air se ehante encore toas les ans aux mascarades du Mercredi des Cendres, dans la cérémonie qui consiste h promener, à juger, à condamner et à noyer un mannequin, appelé le Carnaval.

A côté de celui-là, tout aussi ancien , tout aussi harmonieux, s'en trou? e an autre qui a été recueilli, et qui figure dans le quadrille Castrats; c'est celui-ci :

(Airs notés n» 2.)

Quint te cooftéron, (kiij Lous esdots , Quant érou (terj

Cinq 800U8 cougtérou (bisj Lons etdots, Quant érou {terJ Ifoous.

Cinq soous de taxes {bisJ Pès esclols , Quant érou (ter) Noous.

Yéou ieut batéri (bis) Lous esclols Quant érou (UrJ Ifoous. Btc.

£n tête du même quadrille ligure le célèbre pontneuf sur IVir duquel nos devanciers se livraient à leurs danses si enlevées, si sautillantes, si pleines d'entrain, en un mot, si différentes de celles d'aujourd'hui !

(Airs notés no 3.)

A cinq soous lous castagnous , Benes ne querc (bisJ Que sou pla bous.

Cet aîr de contredanse était une véritable tradition. Tous les ans la population de Castres se transportait, à l'occasion des vendanges, sar trois points déterminés des environs de la ville : le pré des Fourches, le pré de Peyrous, le pré de Lambert. Là se dressait un orchestre en plein vent, juché sur quatre barriques, avec violon, clarinette et grosse caisse. Les danses ne tardaient pas à se former; chacun pouvait y prendre place à raison de deux sols, homme et femme. À côté ou tout au tour des marchandes connues vendaient les premières châtaignes de Tannée (ce fruit, on le sait, arrive à sa maturité de septembre à octobre). Delà le sujet du poëme : A cinq sooms loui eastagnous.

Enfin un dernier pontncuf, le plus ancien de tous, peutêtre, mais dont il ne reste que Tair complet et les deux premiers vers, est celui-ci :

(Airs notés n» 4.)

Son , son , son, béni , béni , beoi !

Son , ton , son. beui d*en d*acon.

Qui de nous ne se rappelé avoir été bercé par ces mots auxquels nos mères ajoutaient toujours des improvisations d'un rythme plus ou moins régulier! Qui de nous aussi n'a pas éprouvé un certain saisissement, lorsque plus lard il a pu retrouver dans la ville de Toulouse, la même mélodie, appliquée au récit, en réticences calculées, de certaines aventures amoureuses, avec ce refrain :

.Et chut, chut, chut, que ba cal pas dire, Et chut, chut, chut, faguen pas do brut?...

Mais aussi qui de nous n'a pas été choqué d*avoir ?u celte mélodie si pure et par là même si populaire, habillée k la moderoe, par l'addition d'un préambule ou récitatif, et de couplets Inleicalés, dans lesquels le motif Sm^ son, son, béni, béni, ImH f se. troufe ramené; comme dans la pièce qui suit :

Margarid*uno neïi, dourmissio talomen, Qo'éntendio pas ioos cris de lou fil que plourabo, fbitj Mes Pierrot s'ébeiUél et cantét proUDlomen :

Brcssi ya ma! d'iiB*ouro , Per lé faire cala , Cepandant toojoan plouro , Bol pas se rébeilla.

Son , son , son !

Béni , beoi , t)eni I Son» son, son.

Béni d'en d'acon !

Et dal téos qaé bressabo, De poou que lou maioit nou se fasqoosso mal , A sa mouUé parlèt a lai !

Rébeillo-te, Margarido, Enleo toun éfan que crido , Lou layssos désgousilla :

Bos dounc pas te rébeilla :

Son, son, etc.

Ma fenno , moun éfan , segur , m*auran la bido ; N'eï jamai de repaous , soui touiLoun tourmentât , Quand la fenno dourmis , aco*s Téfan que crido ;

Et quant noslr'éfan s'es calai ,

Nostro fenno Margarido ,

Alaro fa lou sabat.

Son, son, son ! etc.

MalharouB qui se marido Goumo me soui mtridat, (bitj B'aoustres que Pierrot fa rire En sa fenno' et souu éfan, Bouldriés pla, gaouzasbo dire, IH'eslrés quittés en bressan t.

Son, son, son! etc.

Après les pont-neufs sont venues les rondes. Elles avaient une certaine étendue, un très grand nombre do couplets et souvent on les chantait en dansant. Les plus connues, et les plus souvent répétées ne manquent pas d'originalité. Elles participaient de toute sorte de sujets. Par conséquent il serait difficile de les classer autrement que d'après leur vulgarisation. Voici les principales :

(Airs notés n» 5 h'iF.)

Lou noslre azé es béngul baouch Bol pas maDxa la dbado, La bol pas manja Soun que sio^o curbelado , La boipasm&oja.

La yé caidia curbèld.

A l'oustal aé Toou ramoiir , Et yéou al prat pari Tazé ; Ouand moun tour bendra , Gardara Tazé, gardara Cazé, Quand mouu tour bendra « Gardara Tazé qui bonldra.'

Cette composition est bien commune certainement; mais le chant qui l'accompagne est d'un mouvement si entraînant qu*il a bien pu en relever le caractère, surtout si Ton fait attention que les habitants des campagnes, pour lesquelsVt par lesquels elle a été faite, s'intéressent souvent beauomip plus à leurs animaux qu'à leurs enfants.

La Laouzello et lou Pioussou, ronde allégorique, d'un sens peut-être difficile à saisir, mais qui ne manque pas de poésie relative.

(Airs notés no 6.)

La laouzelto amm'el pioussou , Se loaridérou toutis dous, La fbridondêtte , La faridonda.

Mes quand bengaéroa dVspousi' N'ajerou pas réi a inanxa , La , etc .

Bcsou béni un parpailiol Arame un iacde pa sur lou colj

Aro de pa n'aben pla pron y Mes de bi u'ou n'aben pas , noui^

^'-ffCTcsoun béni un auriol Amme un gros barriU sur col ;

Aro de bi n'aben pla prou , Mes de car nou n'abun pas , nou ;

Besou béni un esquirol *-*~— *- Ainig^in bioou rouslit sUr col ;

^'^'^'^ro de car n'aben pla prou,

Mes de dansayres nou n aben , nou;

La piouzé sourtis dal lançol ' En faguen quatre saouts prl sol ;

^^^^-fcotTpésoul sort de pel nélaj»

I<el£it^ la piouzé pel bias;

Do dansayres n'ab'.o pla prou , Mes depantayres i<ou n'aben , nou ;

Çu rat sour'is de pel traoucou , Yèou la boud canlarey pla prou ;

Lou Cdt sourtis de pel cendrié Ne Ce un saout sul ménétrier ;

Cousi ! cous! ! ça dis lou rai :

I pas pus de La raridondeUe.

Y aura pas pus de parental , La raridondell La faridonda.

La pensée morale de cette petite pièce, si pensée morale il y a, veul-elle dire que partout la réjouissance entraîne son moment de contrariété? Cela pourrait être. Mais les auteurs et les auditeurs du temps y cherchaient-ils autre chose que le plaisir de chanter beaucoup et longtemps? Il est probable que dans celte défîlade d*oiseaux, de quadrupèdes et d'insectes, ils n'entrevoyaient rien au-delà de l'expression elle-même, et de l'objet que cette expression désigne.

La ronde qui suit est d'un caractère mieux défini. Son type musical, simple et gracieux, son refrain où Ton voit

revenir le : Taime mieux ma mie, ô gué/ du temps de Henri II, la scène qui se passe entre un paysan laboureur et sa femme ivrogne, quelques détails sur la nourriture ordinaire des gens de la campagne, enfin Tidée de la fin qui ne fait que reproduire le vœu testamentaire de mattrc Adam, menuisier de Nevers, d'être enterré dans la cave sous une barrique, tout cela forme un tableau d'intérieur propre à donner une idée des mœurs domestiques vers la seconde moitié du IS^ siècle.

(Airs notés n» 7.)

Quand lou paouré home bendal camp ,Ybt«; Paooso soun agullado; fbisj

Gué!

Paouso soun aguUado.

Trobo sa fenoo al oé dal fioc , Tristo, descounsoulado.

Se 8Îbs malaouto , digos-bo , Te faren de soupèto?

Ammé ano coslo de caoulel El uno bourdoulaygo..

Et yé mettrea per saboural Las banos d'une crabo.

Se mourissi m*entarrarés Al proufoun de la cabo.

Lous pés biratf bers la paret , Lou cap xoust la canèlo.

Las goutetos que toumbaroou (bis) Seroou d'aygo rousélo (bisj

Gué!

Seroou d'aygo rousélo.

Il existe encore d'autres rondes dans le pays Castrais. Les baurréei de nos montagnes souvent ne sont pas autre chose. Quelques-unes pourtant se distinguent par une cerlaine finesse d'esprit. Témoin celle-ci en trois couplets :

(Airs notés n» 8.)

L'aoalré ser à Tembarrado , Un pasiré das pus hardijs , Me faguèl nno embrassado El me doonèl aieïs ardils.

Diguen la berlat .

Trobi que m*a pla pagado ; Pel même mercal , Yé raudrio soun soou marcai,

Ma maïre me dis : Janéio , Méfiso-té da»gouzals.

-- Mé perquéf-.Paouro filleto , Sou loutis de sélérals. Fi bê rtmarcat , ,, . .

Ouan irépaben sur 1 erbeto, Ou'el fil de Bernât, Balio pas nn soou marcal.

Me disio : t'aïmi , mainajé :

Respoundio : mariden-nous ;

— Pus larl. — Per prenne couraje Doono-me donne dous pou tous.

— Un poutou donnai

Sans las nounçios dé.mariaje,

Et sans lou counlrat

Es un Iraouc al soouinareat.

Voici la nomenclature des rondes qui restent et qu'oi» pourrait recueillir paroles et musique en partie :

(Airs notés n« 8 bis.)

Diffos-me lu la callo , ounl as toon ni] Dins las naoulos mounlagnos pla len d aict.

(Airs notés n© 9.)

Lou loûn de la rivièro Y a un prat à dailla.

(Airs notés n» 10.)

Aquetté meï de mai La fiéyro es à Boucaïre.

(Airs notés no 37.

A l'oumbrello d'un bousquet,.

Jano s'alloumbrabo.

De là l'ayge y a un faouré Que lou le far«n douna

(Airs notés n<> 11.)

La tirbento de Tabou cat Trobo pla bou lou pa trempât.

Les chants populaires dont 1! vient d'être question sont ceux qui admettent un ensemble de voix. Lors même qu'une seule poursuit le sujet par distiques ou tercets, d'autres s'associent toujours au refrain. Ce mode n'est pas d'absolue nécessité pour les pièces composées de stances , quatrains, sixains, ou de couplets de huit vers. Le caractère de ces pièces y devient plus individuel dans l'expression, aussi peut-on facilement les classer, d'après le sentiment dont elles procèdent. C'est tour à tour la religion, l'amour, la sensualité, la malignité qui les inspirent. C'est aussi sous cette quadruple division que vont être rangés les résultats de ces recherches, suivant un ordre , autan l que possible chronologique.

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