‹ Chants révolutionnaires. Préf. de Henri RochefortChapitre 39 sur 106 · L'ANTHROPOPHAGE · texte numérisé non relu

L'ANTHROPOPHAGE

Au comte Albert dt Neuville,

As-tu le cœur bardé de fer?

N'as-tu rien d'humain que la face?

Es-tu de marbre, es-tu de glace?

Alors suis-moi dans mon Enfer.

Je suis la vieille anthropophage

Travestie en société:

Vois mes mains rouges de carnage,

Mon œil de luxure injecté.

J'ai plus d'un coin dans mon repaire

Plein de charogne et d'ossements;

Viens les voir! j'ai mangé ton père

Et je mangerai tes enfants.

Ici, c'est un champ de bataille, On a fauché pendant trois jours; La Faucheuse était la mitraille, Tous ces glaneurs sont les vautours.

Le blé, dans ces plaines superbes,

Etendait son jaune tapis

Affamés, triez pour vos gerbes Ces corps morts d^avec les épis.

Ceci c'est la maison de filles :

La morgue de l'amour malsain; Pour elle, écrémant les familles, Le luxe a raccroché la faim.

Vois, sous le gaz, la pauvre infâme Faire ses yeux morts agaçants, Rouler son corps, vautrer son âme Dans tous les crachats des passants.

Voici les prisons et les bagnes.

Les protestants par le couteau,

Comptant leurs crimes pour campagnes,

El rusant avec le bourreau.

Au bagne on met l'homme qui vole

Dès qu'il épelle seulement.

Et quand il sort de cette école

Il assassine couramment!

Entrons dans les manufactures.

Les autres bagnes font moins peur :

On passe là des créatures Au laminoir de la vapeur.

C'est une force qu'on dépense.

Corps, âme, esprit : reste un damné.

Là, c'est la machine qui pense Et rhomme qui tourne engrené.

J'ai bien d'autres enfers encore, Veux-tu que j'ouvre les cerveaux ?

Le virus de l'ennui dévore La matrice de vos travaux.

Veux-tu que j'ouvre l'âme humaine ?

Le muscle intime en est tordu; L'amour aigri, qu'on nomme Haine, Y fait couler du plomb fondu.

Je suis la vieille anthropophage Travestie en société; Les deux masques de mon visage Sont : Fami41e et Propriété.

L'homme parqué dans mon repaire Manque à ses destins triomphants; Je le tiens, j'ai mangé ton père Et je mangerai tes enfants !

^fû »^^» • V-' *^e^ •^N* *^* "V» *^P^ «-tS* *^^ *^^ *^r»' *^S* *^^ *^K' *^*

^y y|>e 4^ 9^ i^ y|e y^e y^vi y^y yj^ y^i^ ^ve ^y i^ i^ 9^

Page 1