AUJOURD'HUI, GRAND SPECTACLE
Les premières places à six sous , et les secondes à trois.
TOUT LE MO.NDE EATi.EM E>' l'AYAM.
« Je me retranchai derrière une tapisserie ; j'empruntai un violon . Je coupai ma chemise en morceaux ; j'en fis cinq marionnettes,- que j'avais barbouillées avec de l'encre et un peu de mon sang ; et me voilà tour à tour à faire parler mes marionnettes, à chanter et à jouer du violon derrière ma tapisserie. — Lo spectateur accourut, la salle fut pleine.
« L'odeur de la cuisine, qui n'était pas éloignée, me donna de nouvelles forces; la faim, qui jadis inspira Horace, sut inspirer ton père. Pendant une semaine entière, je donnai deux représentations par jour. Je sortis de la taverne avec une casaque, trois chemises, des souliers et des bas, et assez d'argent pour gagner la frontière. Un petit enrouement occasionné par la pendaison avait disparu totalement, de sorte que l'étranger admira ma voix sonore. Tu vois que j'étais illustre à vingt ans, et que j'avais un état. Tu as vingt-deux ans, lu as une chemise neuve sur le corps ; voilà douze francs, sors de chez moi ! »
Ce discours du père est superbe.
Rameau neveu continua :
« — Depuis ce temps-là, je vois tous les hommes coupant leur chemise selon leur génie, et jouant des marionnettes en public, le tout pour remplir leur bouche. La mastication, selon moi, est le mobile de toutes les choses de ce monde.
« Il (Rameau neveu) prêchait cctle doctrine avec un geste expressif et un mouvement de mâchoire trèspittoresque ; et quand on parlait d'un beau poëme, d'une grande action, d'un édit, tout cela, disait-il, depuis le maréchal de France jusqu'au savetier, depuis Voltaire jusqu'à Chabannes ou Chabanon, se fait
indubitablement pour accomplir les lois de la niasticalion. »
Un autre renseignement.
Le jour de ses noces, — qui diable avnit-il pu épouser? — Rameau neveu loua toutes les vielleuses de Paris, à un ccu par tête.
Une actrice, mademoiselle Bourgoin, célèbre à la fois dans les fastes du Théâtre-Français et dans les annales de Cythère, paraît avoir posé, — à son insu, — pour le portrait suivant.