‹ ChanvallonChapitre 6 sur 15 · SCÈNE I LISETTE, seule; puis le duc · texte numérisé non relu

SCÈNE I LISETTE, seule; puis le duc

LISETTE. — En voilà bien d'une autre ! Après tout, comme dit madame la marquisi% c'est la faute au baron. Que ne se hâte-t-il davanlage ! {Un coup de sonnette.) Je ne me trompe pas, on recommence déjà à sonner. Rappelons-nous bien nos instructions. {Sortie.)

LE DUC, à la cantonnacle. — Mademoiselle Fideline, s'il vous plaît?

LISETTE, de même. — Ce n'est pas... c'est-à-dire c'est ici; oui, c'est ici... Veuillez entrer, monsieur.

LE DUC — Ail ! — Elle est cliezelle, n'est-ce pas ?

LISETTE. — Mademoiselle Fideline ?... Oui, monsieur, oui...

LE DUC. — Qu'as-lu donc, petite? Tu parais tout effarouchée.

LISETTE. — Moi, monsieur !

LE DUC. — Ya prévenir ta maîtresse; va, mon enfant.

LisETjE. — Qui annoncerai-jc?

LE DUC. - — C'est juste, elle ne m'a jamais vu... Annonce le duc de Saint-Genest.

LISETTE. — Ah ! le duc de...!

LE DUC. — D'où vient ton étonnemcnt ? est-ce que tu me connais?

LISETTE, — Non, mais j'ai beaucoup entendu parler de M. le duc.

LE DUC. — Et lu as entendu dire sans doute que j'étais généreux?.. Attends, petite. Ouvre la main... là. [Il lui donne une bourse.)

LISETTE. — Monsieur le duc de Saint-Genest est au-dessus de sa réputation.

LE DUC. — Comment te nomme-l-on ?

LISETTE. — Lisette, pour vous servir.

LE DUC. — Parbleu ! tu. me serviras... et pour commencer, Lisette, apprends-moi quelle sorte de femme est ta maîtresse.

LISETTE. — Monsieur le duc veut plaisanter

Monsieur le duc connaît bien mademoiselle Fideline.

LE DUC. — Non vraiment. Il se peut que je l'aie aperçue à la promenade, mais je n'ai rien retenu de SCS traits. On la dit fort bien.

LISETTE. — Fort bien n'est pas assez.

LE DUC. — Bah! tu piques ma curiosité. A son caractère maintenant. Quel est-il ?

LISETTE. — Indéfinissable.

LE DUC. — Indéfinissable, Lisette? En es-tu bien sûre? est-ce que tu crois qu'il y a des caractères indéfinissables?

LISETTE. — Pour moi du moins, oui, monsieur le duc.

LE DUC — Elî bien , j'en suis enchanté ; il y a longtemps que je ne m'étais vu tête à tête avec un problème. Le problème Fideline ! Gela doit être amusant.

LISETTE, à part. — Il est gai.

LE DUC. — Mais tes renseignements ne m'avancent guère, mon enfant. Voyons, dis-moi autre chose ; donne-m'en pour mon argent. Si cela t'embarrasse de parler des qualités de ta maîtresse, parlemoi de ses défauts. Tu vois que je te mets à ton aise.

LISETTE. — Ses défauts? Je ne lui en connais qu'un.

LE DUC. — C'est bien peu. N'importe, dis toujours.

LISETTE. — Capricieuse à l'excès.

LE DUC. — Tant mieux ! Je ne peux pas souffrir les femmes tout unies. Aii ! elle est capricieuse! Palsambleu ! mes caprices tiendront tête aux siens ; je t'en réponds. — Tiens, Lisette, je raffole déjà de Fideline !

LISETTE. — Le beau feu de paille!

LE DUC. — Si c'était celle que je cherche depuis plusieurs années ?...

LISETTE. — Monsieur le duc cherche une femme?

LE DUC. — Pas précisément. Je cherche la femme.

LISETTE. — Cela peut vous mener loin.

LE DUC. — Revenons à ta maîtresse.

LISETTE. — En savez-vous assez sur son compte?

LE DUC. — Je me contenterai de ce que tu m'as appris. Quant aux moyens à employer pour arriver à lui plaire, je ne t'interrogerai pas là-dessus. Cela me regarde.

LISETTE, à part, — Le fat!

LE DUC. — Mais je suis impatient de voir Fideline.

LISETTE. — Je cours l'avertir. (A party en riant.) C'est la faute au baron !

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