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ressantes publications de MM. Livet et Tamizey de Larroque, le préjugé contre (lliapelain est demeuré, tant il est vivace et diiïicile à déraciner. Le malheureux porte au front la flétrissure dont l'a marqué Boileau, et il faudra encore beaucoup de temps avant qu'on veuille bien songer à le prendre de moins haut avec Chapelain, à lui épargner les épithètes injurieuses de pédant, de ladre et de cuistre.
Nous l'avons dit ailleurs sans timidité, ni réserve : poète détestable, tant qu'on voudra, mais grammairien excellent, prosateur original, auteur de lettres fort intéressantes, formant pour nous un répertoire unique, peutêtre le plus riche et le plus curieux que nous possédions pour l'histoire littéraire du temps; enfin, quoi que Boileau en ait pu dire, le parfait modèle de l'honnête homme, dans le sens où le mot s'entendait encore au dix-septième siècle.
Chapelain n'eût-il d'autre mérite que d'avoir déterminé de bonne heure les occupations de l'Académie française, d'avoir compris le rôle de la nouvelle institution, d'avoir pris au sérieux une assemblée dont Balzac, Voiture, la cour, la ville, le parlement, tout le monde se moquait; n'eùt-il d'autre mérite que d'avoir réclamé la régularité des séances, stimulé le zèle de celui-ci, gourmande la paresse de celui-là, empêché, en un mot, que ce corps à peine constitué ne vînt à se désagréger et à se dissoudre, que cela suffirait h sa gloire. Ce n'est pas d'un esprit étroit, d'un homme vulgaire, sans influence ou sans autorité, dç viser h un tel but et de l'atteindre.
ET ^0S DliUX PREMIÈRES ACADÉMIES H9
En I6/1O, il se réjouit de l'ordre envoyé à tous les académiciens d'avoir à assister plus régulièrement aux séances ou de donner leur démission. Il s'en réjouit même de si bon cœur, qu'il pourrait bien être pour beaucoup dans cet ordre venu de Rueil. Comme il s'applaudit d'avoir soumis à la règle tous ces dissidents ! de les avoir ramenés d'autorité au lieu de leurs séances, et, parmi eux, le plus volage de tous et le plus indiscipliné! Vous diriez que c'est sa propre victoire qu'il chante, tant il prend plaisir à dépeindre la résistance, la défaite et la confusion du vaincu.
Chapelain écrit à Montausier, qui détestait Voiture. Le marquis, alors en Alsace, le trouvait trop assidu à l'hôtel de Rambouillet. Après lui avoir donné des nouvelles des « amis et amies », il ajoute : « Il faut pourtant vous mander autre chose encore et vous dire que la suffisance de votre aversion (1) a été mortifiée ces jours passés, et le sera encore h l'avenir, par un ordre précis qui est venu de Rueil à tous ceux qui font part de l'Académie, d'avoir à opter dans trois jours, ou d'y donner ses soins et ses assistances régulières, lorsqu'ils seront à Paris et qu'ils ne seront pas malades, ou de faire place à beaucoup de personnes de considération qui demandent à y entrer. »
Chapelain n'avait pas été si mal inspiré d'accepter la protection du Cardinal pour l'Académie, et de faire prévaloir son opinion contre ceux qui repoussaient ce puissant
(I) Voiture,
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patronage. L'intervention du ministre sauvait l'Académie, qui n'aurait pas manqué de se disloquer entièrement ; elle lui permettait de se constituer avec solidité, et d'attendre le jour où le titre d'académicien serait le plus envié de tous, le seul qui subsisterait quand tous les autres auraient été détruits.
Pour le moment, il fallait empêcher ces divers éléments de se disperser : on sait si la main de Richelieu était assez ferme pour maintenir ce qu'il avait une fois fondé, u Et cet ordre sérieux, et témoigné par M'"" la duchesse d'Aiguillon (1), qui y étoit présente, continue d'un ton railleur Chapelain, a eu un tel effet, que notre homme s'est résolu de contraindre son libertinage (2), et de venir plutôt à l'assemblée en enrageant, que de la négliger comme il avoit fait, de peur d'attirer sur lui l'indignation de celui qui peut toutes choses. La nouvelle s'en fest répandue partout où il est connu, et amis et ennemis s'en sont réjouis presque également, et lui en ont fait des huées qui le persécutent. L'Académie même ne s'en est pas abstenue, et s'est réjouie, en sa présence et à ses dépens, de l'avoir vu venir par force au lieu où il faisoit profession de ne venir point de son bon gré (3). »
Ces petits conflits, au sein de l'Académie, quelquefois de vrais orages, étaient perpétuels. Nous avons conté la violente querelle suscitée en 1659, par la nomination de
(1) Nièce de Richelieu.
(2) Dans le sens d'humeur vagabonde.
(3) Lettre à Montaiisier, du 30 avril 16^0; I, 613.
Gilles Boileau. La chronique de cette élection orageuse est entièrement clans les lettres de Chapelain ; elle eût pu trouver place parmi les anecdotes lecueillies à ce sujet par M. A. Rouxel (1). A chaque instant, comme il arrive dans toutes les assemblées, politiques, littéraires, artistiques ou autres, où chacun a ses idées bien arrêtées et appartient à telle ou telle école, à tel ou tel parti, par conviction ou par intérêt, à chaque instant se produisaient des incidents qui allumaient la guerre ou provoquaient un débat. Pour ne blesser personne, ne se brouiller avec aucun confrère, il eût fallu ni parler, ni agir, ni critiquer les ouvrages ou les manies de personne, et voter toujours comme le voisin. Ce n'est guère possible dans une société savante et lettrée : de là, certain état d'hostilité, certaines causes de froissements presque inévitables dans ces sortes de réunions.
En 1639, Chapelain fait avertir La Mothe-le-Vayer que Gomberville pourrait bien lui envoyer une déclaration de guerre. « J'ai à vous dire du Suburbicaire (2), écrit-il à Balzac, qu'avec toutes les louanges qu'il a données à l'Académie dans son Traité de l'Eloquence (3), il n'a pu empêcher qu'on ne l'accusât de l'avoir voulu blâmer; et il est malaisé que quand l'ennemi du Car {k) sera revenu de sa campagne, où il est encore pour reculer les soldats de son parc aux chevaux, nous ne soyons sommés et
(1) Chroniques des élections à l'Académie française.
(2) Surnom que Chapelain donne à La Mothc-le-Vayer.
(3) Voici le titre de l'ouvrage : Considérations sur l'Eloquence françoisede ce temps ;1 vol. in-12. Paris, Sébastien Cramoisy, 1638.
(4) Gomberville.
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interpellés de nous joindre tous contre lui et de repousser h frais communs Tinjure faite à notre confrère (1). »
Si le « Suburbicaire » avait blessé l'Académie, c'était bien sans le vouloir ; car ses louanges paraissent avoir été fort sincères. « Le respect que je porte h cette illustre Académie, que les soins de M. le Cardinal viennent d'ajouter aux plus grands ornemens de Ja France, disait l'auteur des Considérations sur r éloquence^ m'empôclieroit d'établir mes sentimens avec tant de liberté, si je pouvois m'imaginer qu'une si célèbre Compagnie fût pour ne les pas approuver (2). »
Le grief était plus fondé à l'égard de Gomberville. Le philosophe du faubourg Saint-Michel, comme Balzac appelait La Mothe-le-Vayer, venait de railler la plaisante aversion du romancier pour le Car. L'allusion était claire, et de plus accompagnée d'ironie, a Et n'a-t-on pas donné depuis peu au public, disait La Mothe, de bien gros volumes, où l'on a eu la curiosité de se passer de l'une de nos plus ordinaires conjonctions, dont on avoit juré la perte (3)? Je sais bien qu'ils ne laissoient pas d'être écrits fort élégamment. Mais, n'est-ce point abuser de son loisir, de s'astreindre à des choses qui ne font que donner de la peine inutilement? Et n'y a-t-il pas bien de
(1) Lettre à Balzac, du 15 janvier 1639; I, 367.
(2) Œuvres de La Moihe-le~Vayer, vol. III, p. 258; 4 vol. in-S" Dresde, 1756.
(3) Dans son roman de Polexandre, on 5 vol. in-8", 1629-1637. — Voy. la spirituelle réponse de Voiture à l'ennemi du car; Lettres de Voilure, Odit. Ubicini, Charpentier; I, 293.
l'injustice à vouloir obliger les autres d'épouser des sentimens si peu raisonnables (1) ? »
Quelques jours après, Chapelain promettait d'empêcher que l'Académie ne partît en guerre, sans répondre pour cela des dispositions personnelles de Gomberville. {( J'empêcherai bien, disait-il le 6 février, que le sieur ïubero (2) ne soit guerroyé par l'Académie sur le sujet du Car, et j'ai préparé tout plein de bonnes raisons pour faire avorter le sénatus-consulte de la déclaration de guerre qui se minutoit contre lui, et faire rengainer aux Féciaux (3) leurs habits et leurs verges ; mais je ne suis pas assez puissant pour le remettre .bien avec le sieur de Gomberville et le parer de sa férocité {h). »
La Mothe-le-Vayer n'en fut pas moins reçu à l'Académie, peu de jours après, \q \!x février 1639. Il fut admis en même temps que Jacques Esprit, l'un des écrivains attachés à la maison de Seguier. Ils remplaçaient, si on s'en souvient, Germain Habert de Cerisy et Bachet de Méziriac. Et à ce propos nous permettra-t-on une remarque? Pourquoi donc cette exactitude? pourquoi cette insistance à informer Balzac des faits et gestes de l'Académie? Pareil souci n'était-il donc pas en pure perte avec un homme qui, à l'entendre, ne tenait nullement à son titre, affectait le plus grand dédain pour ses con-
(1) (Euv. de La Motlie, III, 209.
(2) Autre surnom de La Mothe-lo-Vaycr, auteur d'un ouvrage, Quatre dialogues faits à l'imitation des Anciens, et qu'il avait signé : Orasius Tuhero. Francf. in-k", 1606 (date supp.).
(3) Los Féciaux, à Rome, étaient chargés des traités de paiîj et des déclarations de guerre.
(4) Lettre ù lîal/.ar. du 6 février 1630; I, 382.
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frères, et se vantait d'avoir 6té fait académicien malgré lui? Non; Chapelain connaissait son liomme; il savait que sous cette indifférence apparente, se cachait le plus vif désir de ne rien ignorer de ce qui se passait h Paris, dans les cercles en lenom, et surtout chez Bois-Robert ou Seguier. C'est la seule explication raisonnable, croyons-nous, de ces mille détails sur l'Académie et les académiciens, détails fournis exactement, patiemment, à qui? A l'homme du monde qui affichait le dédain le plus absolu pour la récente Compagnie ; académicien à regret, tout comme Bourbon, retiré à l'Oratoire Saint-Honoré, était oratorien sans l'être.
(( A propos de l'Académie, écrit Chapelain à Balzac le 12 février 1639, vous saurez que le sieur Tubero, nonobstant son livre que l'on a voulu qui ait été fait contre elle, a été fait membre de son corps; qu'il a élé proposé à Son Eminence, laquelle l'ayant approuvé, il ne reste plus qu'à le recevoir au serment et à lui donner des lettres. Même cooptation a été faite du sieur Esprit, et en même temps : de sorte qu'au lieu que vous n'aviez en eux que des amis, vous y aurez désormais des confrères. Car, Monsieur, afin que vous le sachiez, quoique vous soyez autant absent de l'esprit que du corps de cette noble compagnie, nous vous y tenons toujours pour présent, et vous y conservons vos droits, comme si vous y rendiez un actuel service (1). »
La réponse de Balzac n'est pas fort aimable; et, s'il
(1) Lettre à Balzane, du 12 février 1639; I, 385,
ET KOS DEUX PREMIÈRES ACADÉMIES I2ù
parlait ainsi des amis, de m notre cher Monsieur Esl^rit (1) », comment donc parlait-il des adversaires? Vers la fin du mois, il répond d'un ton maussade et de mauvaise humeur : « Je me réjouis, Monsieur, de la nouvelle acquisition qu'elle a faite du philosophe *** (2), qui, en elFet, est un galant homme, et ne laisse pas d'avoir de l'esprit, quoiqu'il se serve la plupart du temps de celui d'autrui.
« Je ne vous parle point de l'autre réception qui s'est faite en même jour, de peur de choquer le jugement des supérieurs et de donner trop de liberté au mien. Il y a certains livres et certains Esprits qu'il ne peut souffrir. Il voudroit supprimer les deux liers des bibliothèques et la moitié des académies. Un si sauvage mélancolique ne doit jamais songer k sortir de sa retraite, et le plaisir qu'il a de mépriser tout, lui doit ôter l'envie qu'il pourroit avoir d'être quelque chose (3) ».
A la date du 16 février 1639, Chapelain avait une meilleure opinion de Jacques Esprit. Il répond à M. de Chives, oflicial d'Angoulême, à propos du brevet de conseiller d'Etat sollicité pour Balzac. Il avertit l'Official que son influence est courte, et qu'il ne peut guère mener à bonne fin une affaire aussi difficile. Paur lui donner une idée de son faible crédit, il ajoute qu'il a eu beaucoup de peine à faire entrer J. Esprit à l'Académie.
(1) Balzac, Œuvres complètes. Lettre de 16/|0; I, 820.
(2) La Mothc-le-Vaycr.
(3) Lettre avec la date fausse du 4 janvier 1C39, au lieu de la fin de février 1639. — Œuvres Complètes; I, 783.
126 CUATELAIN
« Ces jours passés, écrit Chapelain, il a fallu coucher de tout le crédit d'une des puissances (1), pour donner entrée seulement dans l'Académie, à un homme qui se nomme Esprit, et qui n'en manque pas (2). »
Mais un peu plus lard, le 11 mars, après la brusque sortie de Balzac contre les deux nouveaux élus, le langage change entièrement. Chapelain retire ses quelques éloges, abandonne J. Esprit sans trop de vergogne, tout prêt à lâcher aussi La Mothe-le-Vayer, pour peu que Balzac parût le désirer. « Je suis tout à fait de votre avis, lui écrit-il le 11 mars 1639, touchant nos deux pénultièmes académiciens, et je vous avoue que le dernier me semble encore bien moins supportable que l'autre. Il y a en tous les deux à réformer, sans doute; mais celui dont je vous parle (3) a les principes viciés, et nous le pouvons mettre entre les incurables. Cependant il plaît à ceux à qui rien ne devoit plaire qui ne fût bon (4), et il reçoit des bienfaits qui seroient bien mieux employés à M. Silhon ou au seigneur ïubero même (5). »
Presque toujours, il faut chercher dans la vanité satisfaite ou blessée de Balzac la cause de ses éloges ou de ses critiques. Or, cette froideur subite pour « le philosophe du faubourg », homme d'esprit, dit-il, mais qui a
(1) Sogiiier, à qui J. Esprit était alors. Plus tard, il fut au prince de,Conti, gouverneur de Languedoc, et mourut à Béziers, le 6 juillet 1678. (Voy. Cousin, Madame de Sablé, p. 86, 397 et a. 7.)
(2) Lettre à M. de Chives, du 16 février 1639; I, 388.
(3) J. Esprit.
[k) M"" de Longueville, M'"" de Sablé, etc. (f)) Lettre à, Balzac, du 11 mars 1639; I, oSi).
le tort de se servir « la plupart du temps de celui d' autrui », serait-il bien téméraire de l'attribuer à semblable motif? Si je ne me trompe, une lettre de Chapelain, écrite le 24 décembre 1638, pourrait renfermer la solution de ce petit problème. La Mothe, dans son Traité sur rélogitence, n'avait pas suffisamment loué Balzac. Faute plus grave, il n'avait pas excepté de ses critiques celui qui se croyait le modèle unique de l'art de bien dire.
La lettre de Chapelain ne laisse pas de doute. Celui-ci parle d'abord du talent de La Mothe; il le rabaisse de son mieux, bien sur de ne pas trop déplaire à son correspondant. « Pour ce qui regarde M. de La Alothe, écritil le 24 décembre 1638, il est net et sensé, mais sans guère de pensées qui soient de lui et toutes dites dans un style qui, à mon avis, ne mérite pas celui d'éloquent. C'est une étrange façon d'écrire de ne se soutenir jamais sur soi-même et de ne faire qu'arranger à sa mode les méditations d'autrui. »
Ces « rapsodes, » comme il les appelle avec dédain, feraient bien mieux, dit-il, de traduire franchement les grecs et les latins, et de ne pas « rendre à bâtons rompus ce que les autres donnent tout de suite ». Mais, alors, ils ne seraient pas « auteurs », ajoute Chapelain; « ils seroient seulement tourneurs et translateurs », titi-es dont ils ne veulent pas.
Et revenant au procédé de La Mothe- le-Vaycr, il mêle à sa critique un excellent jugement sur Plutarque* « Celuy-ci, continue-t-il, n'a garde de pousser un raisonnement de la force de Plutarque dans ses ouvrages,
Ii8 CHAPELAIN
OÙ j'en trouve de dignes d'être comparés à tout ce que l'éloquence des anciens a de meilleur. Il remplit seulement l'esprit sans l'émouvoir, et sa morale est plutôt dogmatique que touchante. »
Puis vient le point délicat, le grief contre La Mothe, coupable de n'avoir pas porté Balzac jusqu'aux nues, d'avoir méconnu la force oiatoire de ses écrits, et d'en avoir parlé froidement, comme s'il ne les avait pas lus. En ami fidèle et compatissant, Chapelain va i-elever vivement la faute et, par ses soins empressés, adoucir tout au moins la blessure faite au cœur du sensible écrivain. « Je l'ai trouvé très hardi, écrit-il à Balzac, d'entreprendre le jugement de l'éloquence moderne (1), et encore que la plupart des maximes qu'il a établies soient vraies, et qu'en certaines choses il vous ait rendu justice, en d'autres on peut dire qu'il vous a fait tort, renfermant le mérite de tous nos François éloquens dans l'arrangement de la période, et ne vous exceptant pas lorsqu'il dit, ce me semble, qu'ils ne sont point capables de grands mouvemens, en quoi consiste la vraie éloquence. Ou il ne sait pas ce que c'est de grands mouvemens, ou il n'a pas lu tous vos ouvrages; et c'a été grande imprudence à lui de choquer son ami, sans en avoir le dessein, en une chose aussi aisée à reconnoître que celle-là, et où il n'y pouvoit avoir guères de personnes qui se trompassent (2). )) Est-ce assez clair? et n'est-il pas manifeste
(1) Dans son ouvrage : Considérations sur VEloquence française de ce loups.
(2) Lettre à Balzac, du 24 décembre 1638; I, 3k!i.
UT NOS DEUX rRlîMltnES ACADÉMIES 121)
que c'est bien là, comme nous l'avons dit, la cause de la sentence portée par Balzac contre La Mothe-le-Vayer?
Encore une fois, selon son habitude, Chapelain avait capitulé en présence de Balzac; et, comme pour lui être agréable il avait abandonné J. Kspiit, il abandonne aussi La Mothe, dont il faisait l'éloge quelques jours auparavant. Le 12 novembre, il lui envoyé le nouveau livre du « Suburbicaire », lui signale le passage qui le concerne, et dont tout autre, moins difficile que Balzac, se fût déclaré fort content. « L'un d'entre eux, disait en cet endroit La Mothe, que je crois avoir le plus mérité en cette partie, connue au reste des ornemens de notre langue, a couru la fortune de tous ceux qui excellent en quelque profession, par l'envie qui s'est particulièrement attachée à lui. Ce seroit augmenter cette ombre importune de sa vertu de le désigner davantage; je ne dois pas d'ailleurs rompre pour lui le vœu de mon silence; et c'est sans doute, quoique nous nous taisions, qu'il éprouvera, aussi bien que Ménandre, les jugemens de la postérité plus favorables que ceux de son siècle. Il me suffît de dire cependant que lui et ceux qui ont heureusement travaillé comme lui à cette agréable harmonie des périodes, s'en sont acquittés de telle sorte, que je ne pense pas qu'on puisse porter plus haut une si importante partie de l'éloquence (1). »
Nous ne voyons pas en quoi pareil hommage pouvait blesser Balzac et le faire crier. Chapelain non plus ne le
(1) Considéralions sw l'Eloquence, p. 80; étlit. do 1038.
130 CIIAt'KLAlS
vit pas d'ivburd, et, sur lu moment, il (''ciivit une leltie toute joypiise pour annoncer l;i j)ublic.ation de l'ouvrage. <i M. de 1x1 Motlie, dit-il à Balzac le 12 novembre 1038, s'est encore une fois exposé en public et a fiiit imprimer le livre que je vous envoyé de sa part contre la mauvaise éloquence du temps (I). Il vous eût écrit pour accompagner son présont, si je ne lui eusse fait entendre qu'il vous seroit encore plus agré.ible s'il ne vous écrivoit point. Vous verrez dans la quatre-vinglième page ce qu'il dit de vous sans vous nommer et qui vous doit d'autant plus obliger que tout le livre a l'espiit de censure et d'invective. Kt certes, il est votre ami, et il s'en pique. J'attends vos sentiinens sur l'ouvrage que j'ai conseillé à M. Rocuict de ne vous envoyer que par le messager, à cause du poids (2). » Nous avons vu quels furent les « sentimens » de Balzac à cet égird; et comment, à un mois de distance, (iliapelain modifia les siens, pour plaire i\. cet ami difficile.
Les premières années de l'Académie sont encore bien curieuses à étudier h d'autres points de vue. Kn fouillant les documents contemporains, les nombreuses pièces amassées avec tant de soin par M. Ch. Livet et placées dans son édition de Y Uistoirc de l" Académie française^ les papiers de Conrart, et surtout les lettres de Cbapclain, on peut reconsiiluer presque entièrement l'Académie, telle qu'elle était jadis, à celte époque déjà si loin de nous, aux prcmieis tem[)S de son existence. 1\ ■' unions
(1) Considcvalions .sur l' li/or/nencu.
(2) I^cUrc à Dal/ac, du U novembre 10G8; I, 317.
ET NOS Di:UX PHEMIIÎRKS ACADÉMIES l31
licl)clomaclaires, séances de réception, discours prononcés avec ou sans succès, intrigues académiques, candidatures malheureuses, coalitions puissantes pour porter celui-ci ou écarter celui-là, chaudes sympathies d'une part, vives antipathies de l'autre, rien n'y manque; et, telle est au fond l'éternelle uniformité de la nature humaine, que bien souvent en écrivant l'histoire du passé, nous avons cru raconter les phases de telle ou telle élection contemporaine.
En 1659, Pellisson se brouille avec ses amis Gonrart et Chapelain, sort bruyamment de l'Académie et n'y paraît plus de dix ans, pour protester contre l'élection de G. Boileau, nommé malgré lui. Il y a une vingtaine d'années, même tumulte eut lieu : vif débat au sein de l'Académie, opposition ardente, suivie d'une démission donnée avec éclat. Politique ou littéraire, l'histoire, malgré la différence des siècles, des habitudes, des mœurs, est bien un perpétuel recommencement, parce qu'elle est toujours faite avec les mêmes éléments, avec les passions bonnes ou mauvaises des hommes.
Voici une séance de réception en 16/iO, au mois de juin. Le récipiendaire a prononcé un discours qui a charmé tous les confrères assemblés. L'usage de ces solennités intimes n'était cependant pas encore établi définitivement. Il le fut un peu après, nous apprend Pellisson, h l'occasion de la réception de Patru, le 3 septembre 16/iO. « Vous aurez remarqué, sans doute, écrit l'historien de l'Académie, que le nombre des quarante, dont elle doit être composée, ne fut rempli qq'à la ré-
13i CUAPELAIN
ception de M. de Prlézac, en l'année 1639, cinq on six ans après son premier établissement. » Puis il ajoute : « M. Patru, qui fut le premier reçu ensuite (I), entrant dans la Compagnie, y prononça un fort beau lemerciement, dont on demeura si satisfait, qu'on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d'en faire autant (2). »
Conrart était absent au mois de juin, le jour de cette réception, il se trouvait aux eaux de Bourbon. Chapelain écrit au secrétaire perpétuel, et lui promet, à son retour, la harangue qu'il n'a pu entendre. « Nous avons eu charité pour vous, et avons obligé notre orateur à mettre par écrit sa harangue, afin de la mettre à votre retour dans vos archives. »
La lettre de Chapelain est du 12 juin 16/|0. « Quelle nouvelle, dit- il à Conrart, vous devois-je pluslôt mander que celle de la réception de notre ami dans l'Académie? et comment vous le pouvois-je plustôt mander qu'à cette heure, puisque ce n'est que d'après disné qu'il y a fait ?on entrée, et qu'il s'est honoré de ce grade en l'honorant? Je ne vous oserois dire combien il a satisfait tout le monde, soit par sa mine, soit par sa modestie, soit par son éloquence, de peur de vous donner trop de regret de n'y avoir pas été présent; et certes vous avez bien manqué à vous-même aussi bien qu'à lui en cette rencontre, et je ne sais lequel des deux a le plus à se plaindre en cela ou lui de vous, ou vous de vous (3). »
(1) Le 3 soptcniliro icZiO, à lu place de Porchères d'Arbaud.
(i) Pellisson, I, 159.
(3) Lettre à Conrart, du 12 juin 16^0; 1, G38.
KT NOS DlîUX TREMIÙRES ACADÉMIlLS 133
Chapelain devait trouver que Conrart en prenait un peu trop à son aise à Bourbon, « en un lieu de perpétuelle réjouissance », en compagnie de sa femme et de l'aimable M"" de Chalais, l'amie de M"'" de Sablé. « Paris commence à vous trouver fort à dire, lui écrivait-il encore le II juillet 16/iO, et M. l'Évêque de Grasse est si ennuyé de votre éloignement qu'il s'en pensa plaindre, avanthier, en public, dans sa chaise (1) de la Visitation, étant sur l'article de ceux qui manquent à leurs amis, au besoin. Je ne sais plus que répondre à l'Académie où personne ne sauroit remplir votre place, qui est la seule qui n'y est point sujette à changement. Tous nos autres amis murmurent de votre long séjour à Bourbon, et disent qu'ils n'eus.sent jamais cru que vous les eussiez oubliés pour un verre d'eau (2). »
Mais quel est cet « éloquent ami » reçu le 12 juin 16/iO, et dont le discours fut écouté avec tant d'applaudissement? Ni M. Livet, ni M. Tamizey de Larroque n'ont pu déterminer de qui il s'agit. « Il semble, écrit M. Livet, qu'il soit question ici de Perrot d'Ablancourt; et cependant d'Ablancourt avait été nommé en 1637. Comment aurait-il tant tai'dé à prendre possession de son litre (3) ? »
Il y a une autre preuve décisive qu'il ne peut être question ici de Perrot d'vVblancourt : je m'étonne que M. Livet ne l'ait pas donnée. Je la prends à la page qui
(1) Chaire.
(2) Lettre à Conrart, du /j juillet lii/iO; I, 656.
(3) Eilit. <le rilistoire de l'Académie française; I, 386,
134 CnAPKLAIN
suit ces réflexions. C'est une lettre de Chapelain à Balzac, du 8 juillet lO/iO. Dans cette lettre, loin de louer le discours de Perrot, il déclare que sa harangue fut mauvaise. « Peut-on accuser plus humainement la *** de notre nouveau confrère? » répondait Balzac, le 1" août 16/|0. Le reproche est formel; il ne permet pas de dire que le discours applaudi le 12 juin IG/iO, est le même que celui qui est critiqué le 8 juillet.
Nous avons cité l'éloge; voici la critique : elle s'applique évidemment à une harangue différente. « Je n'ai pas moins été scandalisé que vous et que tous nos autres amis, écrit Chapelain le 8 juillet, de la mauvaise action de grâces que notre cher M. d'A*** (1) a faite pour celle qu'il prétend d'avoir reçue, lorsqu'il a été admis entre les académiciens françois (2). Mais personne n'a osé le détourner de cette tentation (3) pour les sujets que vous pouvez penser; et, en tout cas, il en reviendra ce bien que ceux qui connoîtront le mérite de notre ami prendront bonne opinion de cette Compagnie, en voyant qu'un si homme d'honneur que lui s'en est presque tenu indigne, et que nous avons beaucoup accru son estime de l'y avoir bien voulu souffrir. »
Cette « mauvaise harangue » du célèbre traducteur a du être publiée séparément. Elle n'est pas indiquée dans le Catalogue des œuvres laissées par les académi-
(1) D'Ablancourt.
(2) Le 23 septembre 1637, avec Bourbon, à la place de Bardin et Ilay du Chastelet; voy. plus baut, p. 34.
(3) La tentation, sans doute, de faire imprimer sa « harangue », près de trois ans après son admission.
liï NOS DEUX l'aEMlÈRLS ACADÉMIES 133
ciois morts avant tannée 1700 (1). La lettre du 8 juillet 16/|0 fait mention de VE/ji/re qui accompagnait le discours. Chapelain rougit des éloges que d'Ablancourt lui donne, et semble demander grâce à lîalzac pour ces pardonnables excès de l'amitié. « J'ai été en mon particulier confondu, ajoutait-on prudemment, de ce qu'il a voulu mettre à la fin de son Epître, et ce qui vous y a choqué au commencement ne m'a semblé qu'une peccadille à comparaison. Je ne m'en plaindrai pourtant point ici, de peur que vous ne m'accusiez d'affecter de la modestie, et vous laisserai juger dans votre cœur si je n'ai pas occasion de me plaindre do lui (2). »
De son côté, au nom de Perrot d'Ablancourt M. Tamizey de Larroque eût voulu en substituer un autre, celui de Patru, à qui conviendrait si bien cet éloge d'éloquence. Par malheur, la chose n'est pas possible. Le célèbre avocat fut reçu seulement le 3 septembre 16/|0, presque trois mois après le récit fait à Gonrart, le 12 juin de la même année.
Si ce n'est ni Periot d'Ablancourt, reçu au mois de septembre 1637, ni Patru, reçu au mois de septembre 1G/i0, quel est donc l'orateur du 12 juin? Nous ne voyons personne, à cette date, à qui puisse convenir un si bel éloge. Et puisque deux hommes, comme M. Livot et M. Tamizey de Larroque, si pleinement au courant l'un et l'autre de ce qui regarde l'histoire littéraire du dix-septième siècle, n'ont rien trouvé, nous n'aurons
(1) Pellisson; I, 513.
(2) Lettre à Balzac, du 8 juillet lO'iO; I, 658.
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pas la prétention d'être plus heureux, et nous ne ferons pas de nouvelles recherches. Nous avons beau examiner l'ordre de nomination dressé avec tant de soin par Pellisson (1), nous ne trouvons aucune réception faite le 12 juin 16/i0.
Une autre fois, mais beaucoup plus tard, en 16G2, Chapelain annonce à Huet la nomination de Segrais à l'Académie française. « Pour nouvelle, lui écrit-il à Caen, je vous dirai que nous venons de recevoir M. de Segrais en notre Académie en la place de M. de Bois- Robert (2). Cela s'est passé avec honneur, et je n'ai pas eu sujet de me repentir des soins que j'ai pris pour cela et des offices que j'y ai rendus à son mérite. Je vous devois cet avis, comme à l'un de ses amis intimes et qui s'intéresse du cœur en tout ce qui lui peut arriver de bien ou de mal (3). »
Segrais n'était pas persuadé, tant s'en faut, que Chapelain lui avait donné sa voix. Il s'est vengé de cette opposition prétendue dans ses Mémoires- Anecdotes, où il raconte sur Chapelain bon nombre d'histoires assez fantaisistes. En 1662, il y eut à l'Académie deux places vacantes en même temps : celle de Bois-Piobert et de Daniel de Priézac. Segrais eut la première; Michel Le Clerc, la seconde. Ils prononcèrent leur discours le même jour, le 26 juin 1662. Segrais fut froissé d'une préférence accordée à Le Clerc ; et il contredit, dans ses Mémoires^
(2) Il était mort le 30 mars 1662.
(3) Lettre à Huet, du 26 juin 1662: H, 239.
ET NOS DKUX PREMIÈRES ACADI^MIES 137
ralTirmatlon de Chapelain. « J'avois cultivé l'amitié de M. Chapelain avec assez de soin, écrit-il d'un ton piqué; je lui avois même adressé une ode qui n'est pas la moindre pièce de mes poésies (1). Cependant, lorsque je demandai à être reçu de l'Académie, il se trouva plutôt porté à favoriser M. Le Clerc, que j'avois pour compétiteur, qu'à me donner sa voix : cela n'empêcha pas que je ne fusse reçu (2). »
A côté des candidatures heureuses, des brigues couronnées de succès, se placent naturellement les candidatures malheureuses, celles dont on se moque entre amis, sous le manteau, sans grande compassion pour les imprudents qui sont allés « donner du nez en terre ». Eternelle histoire de la pitié humaine! On applaudit au succès, et on rit du pauvre diable qui est là, sur le sol, tout meurtri de sa chute.
A cet égard. Chapelain ne vaut pas mieux que les autres; et en I6/1O, il s'égaie à la vue des malalroits qui se font consigner à la porte de l'Académie. « J'ai vu iM. Ménage, dit-il à Balzac, et nous avons fort parlé de vous. Il est toujours en fantaisie de vous aller faire visite, et Dieu sait, quand cela sera, combien il vous contera de nouvelles des savans et des ignorans, des candidats de l'Académie et de ceux qui repulsam passi
(1) 1 vol. in-12. Paris, Sommaville, 1660; p. 183. — La pièce a pour titre : « Ode à M. Ciiapelain, sur les victoires do Monsoif?nour le duc d'Anguien, en 1046. »
(2) Séparais, Œuvres diverses, vol. II, 162; 2 vol. in-12. Amsterdam, 1723.
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siDit, en ces derniers temps, dans la poursuite d'un lieu en votre célèbre compagnie (1). »
En ce temps-là, le candidat malheureux, celui aux dépens duquel s'exerça la verve de Chapelain, fut l'abbé d'Aubignac. Celui-ci avait pour compétiteur Olivier Patru. « Je ne connois point l'abbé d'Aubignac, avait répondu Balzac, ni ne sais qui sont ces candidati lam infeliciter ainhitiosi. Vous m'obligerez d'en faire un petit article à part (2). n
Peu après, Chapelain envoyait en se moquant les renseignements demandés. « L'abbé d'Aubignac, répondil le 8 juillet, est M. Hédelin, de qui vous aviez vu un discours imprimé sur V Hcautontimorumenos de Térence contre M. Mesnage... Pour le candidat, c'est le même abbé qui, pensant avoir un pied dans l'Académie, re- 'puham passus est, en faveur de M. Patru, notre ami et excellent avocat, à cause d'un libelle qu'il avoit fait contre la Roxane de M. Desmarets, qui avoit charmé les puissances (3), »
Balzac répond qu'il n'a jamais entendu parler de l'abbé, et qu'il ne connaît pas plus « M. Hédelin », qu'il ne connaissait « l'abbé d'Aubignac ». Là-dessus, Chapelain refait à nouveau et avec esprit l'histoire de cette petite mésaventure académique. Il raille agréablement le candidat évincé et n'a pas l'air autrement touché de
(1) Lettre à Balzac, du 24 juin I6i0; I, 648.
(2) Lettre avec la date fausse du 10 juin 1640, au lieu de la fin de juin ou du commencement de juillet 1040. fii^uvres complètes, I, 825.
(.3) Lettre à Balzac, du 8 juillet 1640; I, 659.
son malheur. « 11 m'avoit semblé, réplique- t-il à son tour le 29 juillet, que c'étoit assez de vous avoir dit que M. d'Aubignac étoit M. Hédelin, pour vous éclaiicir en cette matière. Vous n'y voyez goutte toutefois, et c'est comme qui ne vous auroit dit rien.
<( Il faut donc parler plus ouvertement : M. d'Aubignac est M. Hédelin. M. Hédelin autem fut naguères précepteur de M. le marquis de Brezé et est encore son domestique (1). L'une de ses plus fortes ambitions a été d'entrer dans l'Académie; et il y avoit grande apparence qu'il eût été le premier reçu, s'il n'eût point fait un libelle contre la Roxane de M. Desmarets, où il blàmoit le goût de Son Éminence et de M"" d'Aiguillon qui l'avoient estimée. Dans ce temps, Porchères-d'Arbaud se laissa mourir, et plusieurs se présentant pour remplir cette place, le libelliste entre autres, M. Patru, notre ami et très galant homme, l'obtint d'une commune voix, et le précepteur eut l'exclusion, dont moult dolent fut et plaintif (2). »
Enfin, les deux amis, dont le plus spirituel et le plus malin n'est pas toujours celui qu'on pense, échangent entre eux toutes sortes de propos railleurs au sujet de leuis confrères. Voici une esquisse bien jolie de divers acadé- Imiciens. Ils sont là, comme réunis dans un groupe unique, et peints chacun d'un trait, d'un mot. « M. de Vaugelas^ écrit Chapelain à Balzac, n'est point prêtre et vit en prêtre; n'est point mort, quoiqu'il n'ait pas de quoi vivre,
(1) Attaché à sa maison, et non son serviteur.
(2) Lettre à Balzac, du 29 juillet 1640; I, 66/i.
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et n'est point marié, quoiqu'il fasse l'amour, il y a longtemps, pour l'être (1). M. de (lomberville ihabille son roman, pour la vingtième fois (2), et fait toujours un ouvrage nouveau d'une môme matière. M. Sirmond est rempli et ne chante plus (8). Son excuse est qu'il est bilieux, et que le travail échauITe le sang et met le microcosme (/i) en désordre. Depuis deux ans, il avoit commencé quelque réponse contre l'aboyeur de Flandres (5), mais il l'a rengainée de peur d'irriter les crabrons (6). L'Académie sta per tirar le calze (7), tant elle est languissante et oiseuse. Vous avez oublié qu'elle ne se tient que les lundis (8). » Tous ces détails n'ont-ils pas quelque chose de plaisant et de pittoresque? Depuis Vaugelas, célibataii'e à regret, jusqu'à Gomberville occupé à « rhabiller pour la vingtième fois son roman », comme on rafraîchit une vieille toilette; jusqu'à Sirmond « qui est rempli et ne chante plus », à la façon de ces oiseaux, ajoute M. Tamizey de Larroque, qui ne disent plus rien quand ils sont trop gras.
(1) Vaugelas, né en 1585, avait alors cinquante-trois ans.
(2) Son roman de Polexandre.
(3) J. Sirmond, académicien dès l'époque de la fondation; l'un des écrivains politiques au service de Richelieu.
(4) De [xix.p(!)/.oa;j.o; petit monde; c'est-à-dire l'homme considéré comme un abrégé du monde.
r (5) Mathieu de Morgues, auteur de nombreux pamphlets contre Richelieu. Nous parlons de lui dans le chapitre suivant.
(6) De crabro, frelon. (Voy. Lexique de la Langue de Chapelain; in-8% 1889. Paris, L. Techener.)
(7) Littéralement : va quitter ses bas. Au ligure, être sur le point de mourir.
(8) Lettre à Ralzac, du 5 septembre 1638; L 2P0. — T'no faute
lïï NOS Diiux rr.iîMiÈuiiS académies lil
Le mol de' Chapolain en rappelle un autre semblable attribué, croyons- nous, à Louis XV ou au Régent. La rencontre est curieuse. Il s'agit d'un célèbre prédicateur du dix- huitième siècle, l'abbé Poulie, s'il nous en souvient. Le 101 récompensa l'orateur de ses travaux et de ses succès. En 17/i5, il le gratifia d'une pension de mille livres sur l'abbaye de Largentière; en 17/i8, il le nomma abbé commendataire de Nogent-sous-Coucy. A partir de ce moment, comme l'abbé était naturellement paresseux, « il prêcha plus rarement que jamais, et se retira presque entièrement de la chaire (1) ». Quelqu'un s'étonnait de ce long silence. « La poule est remplie, répondit Louis XV, elle ne chante plus. »
Dans une lettre, qui porte la date du 10 décembre 1G37, Balzac se moque à son tour de ses confières, et raille leurs travers, leurs tics ou leuis manies. Mais il est bien fâcheux que le nom des personnes visées soit demeuré en blanc : ces petites malices auraient pu compléter tel ou tel portrait esquissé plus haut par Chapelain. Balzac vante à ce dernier l'habileté de Totila, son secrétaire. « 11 est grand dommage, ajoute-t-il, qu'il ne soit pas aux gages de l'Académie, et qu'il ne se trouve derrière Messieurs, cu?n stilo et piifjillaribus (2j, à côté de notre cher Camusat (3). Si vous lui faisiez cet honneur, je vous réponds qu'il ne se perdroit pas une syllabe de toutes vos
d'impression, clans l'édition de M. Tamizey de Larroque, donne à cette lettre la date de iC'jO.
(1) La Harpe, vol. Xl\', p. 58; édit. .Vgasse. Paris, 1805.
(2) Avec son slylet et ses taldettes.
(3) Le libraire de l'Acadénùc.