CHATELAIN
doctes conférences. Je dis davantage, il sauroit recueillir les choses mêmes sur lesquelles il n'y a point de prise : comme qui diroit la bile jaune de Monsieur ***, la noire de Monsieur ***, les grimaces de \ionsieur ***, la gravité de Monsieur ***, les branlemens de lète et les souris dédaigneux de Monsieur *** (1). »
Nous terminons ces légères ébauches des premiers académiciens par un dernier tableau. Ils sont là quatre confrères réunis ensemble, dessinés avec bienveillance, mais non sans une pointe de raillerie et de malice. « Je ne vois point de nos amis, écrit en 1638 Chapelain, qui ait sur le métiei" aucun ouvrage, si ce n'est M. Desmarets, qui doit donner à notre théâtre une pièce allégorique de la grande querelle qui agite l'Europe, et dont l'ambition espagnole fait le principal sujet (2). Je souhaite qu'elle l'éussisse, et peut-être qu'elle réussira, encore que je voye assez de lieu d'en douter. Il ouvre bien (3), et son imagination lui présente toujours de beaux commence mens; je ne trouve pas qu'il les pousse de même; et ses lins qui devroientêtre les plus parfaites, clochent et tombent le plus souvent.
« M. l'abbé de Serizy fait bien sa cour et travaille à cette heure à une métamorphose la plus fleurie et la plus éloquente que nous ayons encore vue (Zi).
« M. l'abbé de Bourzeis s'enrhume jusqu'au mourir à
(1) Let<re portant la date du 10 décembre 1G37; I, 758.
(2) Europe, Comédie héroïque de Desmarets, i)ul)liéc en 16Z|3 ; in-/)". Paris, Le Gras.
(3) Débuter.
(û) Lu Métamorphose des yeux de l'hilis en astres, in-8°. Paris, 1639.
i:t nos Dtiux PREMikuES acadi':mii:s li3
parler dans la congrégallon De propaganda (1), depuis que la jalousie de certains l'Escalopiers et autres pareils presclieurs lui ont fait défendre la chaise, jusques ta ce qu'il se soit fait prêtre. Le président Marca est son antagoniste et un fort rude jouteur (2). On verra de ce dernier, dans quelque temps, VHistoire de liéani, très exquise, et des diatribes (3) sur les principales matières controversées de la primitive Église [h).
« Le pauvre Gombeau reste à sa pauvreté; et, dans ce temps où les pensions royales sont si mal payées, ne sait où donner de la tête, qui est une chose déplorable (5). »
(lombien d'autres détails neufs, piquants, infiniment variés, épars çà et là dans cette précieuse correspondance! Comme il serait intéressant de voir ces physionomies diverses crayonnées par un contemporain ! Malgré la lacune considérable qui coupe cette correspondance en deux et laisse un vide profond dans ces lettres, depuis 16/iO jusqu'en 1659, c'est l'Académie entière qui pose devant nous de 1634 à 167/i, époque de la mort de Clliapelain. C'est d'abord la première Académie : Godeau, Colletct, iîols-Uobert, Conrart, Vaugelas, Pellisson, Corneille et tant d'autres que nous ne nommons pas; plus
[\j La Conyi'ogation do la Propagande, ù Ilomc, uii Doiirzcys clait allé i)réscnlei' sa défcnst'.
(2) Le texte ùonnc joueur. 11 nous semljlc que cette curreeliou s'impose.
(.1) Dans le sons de disscrlalions.
(Il) Pierre de Marca, ])résidcnt du Parlement de Pau en 1021 ; l)lus tard, archevè(iue de Paris, le 20 février 1CÛ2. —= Hon Uisloire de Itcarn parut en lO/iO; 1 vol. in-f". Paris.
(5) Lettre à Godeau, du 2i décembre U'38 ; I, 3.'il.
141 CHAPELAIN ET NOS DEUX rUEMII^IlliS ACADÉMIES
tard, défilent devant nous ceux qu'on pourrait appeler les membres de la seconde Académie, seconde génération de hauts et fermes esprits, en qui vont se résumer bientôt toutes les gloires du plus beau règne qui fut jamais, depuis Fléchier, Huet, Segrais, jusqu'à Racine, La Fontaine, Boileau, La Bruyère, et le plus grand de tous, Bossuet. Seul, La Bruyère ne figure pas dans cette nombreuse galerie. Le philosophe, le futur auteur des Caractères^ vit dan5 la retraite, loin du tumulte et du bruit, peu mêlé au monde, jusqu'au moment, en 1680, où il sera chargé de l'éducation du duc de Bourbon, le petitfils du grand Condé. Mais à cette date, à l'époque de la publication des Caractères de ce siècle^ H y a longtemps que Chapelain n'est plus : il était mort depuis le 22 février 1674.
CHAPITUE VI
Atta(iues contre l'Académie. Opposition du Parlement, 1G35. — Mathieu de Morgues, sieur de Saint-Germain. Ses démêlés avec Balzac, 1G32. Ses pamphlets, 1G35. — L'Académie prend pour règle de ne pas répondre aux attaques. — Requdle des Diciionnaires, 1035. — Comédie des Acadcmistcs, 1637. — Petit libelle de Ch. Sorel. — Rôle des présentations faites aux Grands- Jours de l'éloquence française, 1646.
Défiances, railleries, attaques publiques ou privées, l'Académie française fut en butte à toutes sortes de tracasseries, dès les premiers jours de son existence. Le parlement commença par donner l'exemple. Malgré les prières de Richelieu, malgré l'ordre du roi, en date du 30 décembre 1635 : « Nous voulons et vous mandons que vous ayez à procéder à l'enregistrement des susdites Lettres, selon leur forme et teneur (1) », le parlement résiste encore pendant plus de dix- huit mois, jusqu'au 9 juillet 1(537. Et quand il se décide enfin à l'enregistrement si longtemps sollicité, il le fait en murmurant et avec la dernière mauvaise grâce. Pour vexer le Cardinal qu'ils haïssaient, par jalousie ou par crainte que le
(I) lidit. Ch. Livet, I, 39.
io
nouveau corps ne devînt un rival du parlement, « Messieurs de la Cour » eurent bien soin de limiter étroitement et de restreindre les attributions de la Compagnie. « La Cour a ordonné et ordonne que lesdites Lettres seront registrées au Greffe d'icelle, pour êlre exécutées scion leur forme et teneur, à la charge que ceux de ladite Académie ne connoîtront que de l'ornement, embellissement et augmentation de la langue françoise et des livres qui seront par eux faits et par autres personnes qui le désireront et voudront (1). »
De son côlé, le peuple i^artageait, à sa manière, les préventions du parlement, et murmurait contre cette Cadémie de manopoleurs que favorisait le méchant Cardinal. Ainsi, comme à l'ordinaire, Richelieu avait tout le monde contre lui : noblesse, peuple, parlement; c'est l'histoire de sa glorieuse et puissante administration. 11 apprit à la noblesse à servir le roi au lieu de l'opprimer; à reconnaître son autorité au lieu de la braver. Louis XIV apprendra au parlement à, se renfermer dans son rô'e judiciaire, sans avoir la prétention de diriger la politique et de contrôler les actes émanés de l'autorité royale.
Aux politiques, aux mécontents, aux ennemis personnels du Cardinal, se joignirent ces esprits railleurs, turbulents, indisciplinés, de tout temps nombreux en France, et qui ne pouvaient s'empêcher de rire en songeant à une assemblée chargée désormais de régler le langage, investie sur les mots d'une autorité absolue, semblable à
(1) Arrêt du 9 juillet 1ÛJ7, cité par M. Livct; I, 396.
celle que le maître exerçait dans les affaires publiques. 1 Le premier trait lancé contre l'Acadéinie vint d'un ; adversaire politique de Richelieu (1). C'était Mathieu de Morgues, religieux de Saint-Germain, paraît-il, qui s'appelait lui-même et que Pellisson appelle « l'abbé de Saint- Germain ». Le « satirique moine », ainsi le désigne Balzac, avait suivi Marie de Médicis à Bruxelles. Il passa sa vie à écrire contre Richelieu, le P. Joseph, Balzac, Sirmond, l'Académie, contre tous ceux qui, de près ou de loin, touchaient au Cardinal. « Comme il déchiroit sans cesse, par ses écrits et avec une animosité étrange, toutes les actions du cardinal de Richelieu, il ne manqua pas de parler fort injurieusement de l'Académie françoise (2). » Balzac eut l'imprudence de se mêler au débat et de descendre aussi dans l'arène; il s'aperçut bientôt que ses armes élégantes ne pouvaient être de mise contre un si rude adversaire, qui se battait à la façon d'un athlète. « Le caustique abbé de Saint-Germain », comme M. Mesnard appelle Mathieu de Morgues (3), fit payer cher à Balzac ses légères épigrammes : il le mordit jusqu'au sang, le traita de la façon la plus injurieuse, avec une familiarité insultante, et, chose plus sensible, renouvela pour lui toutes les tortures, toutes les critiques, toutes les railleries dont P/iT/llar que l'avait accablé quelques années auparavant. Et encore tous les quolibets du P. Goulu
(1) M. Livet a donné quelciues extraits de ces Pampldcls; I, 222 et /|00.
(2) Ch. Livet; I, 47.
(3) llittoirç de l'Acadcmic française, p. 4,
118 CUAPRLAIN
6taient-ils du miel, comparés aux invectives de ce rustre qui vous disait tout haut et sans détour, « qu'on devoit employer plus de temps et d'étude pour choisir les choses, qu'à tirer des mots pour les explir[uer. »
Ce que Phyllarque avait dit presque poliment dans ses Lettres à Arislc^ Mathieu de Morgues le répétait sur le ton du mépris, avec un redoublement d'outrage. « J'ai pitié de toi, disait le pamphlétaire à Balzac, parce que je sais bien que tu ne fais rien sans grand travail; que ton âme stérile ne produit que par endroits avec un extrtMTie soin ; et que tout ce que tu peux faire est de polir une période dans un jour. »
L'aumônier de la reine mère terminait sa réplique en des termes fort aigres, et qui sont une assez bonne pieuve de la causticité de l'abbé. « Tu dis, continuait notre auteur, que tu as plus de courage que de force et plus de zèle que de science. Ce que tu fais ne vient ni du courage, ni du zèle, encore que ces deux choses sans prudence soient témérité et folie. Mais on peut dire, avec vérité, que tu as plus de vanité que de capacité, plus d'effronterie que de science, et plus de caquet que de raisons : tu es un orfèvre qui as bruni ton ouvrage avec un peu de mercure, et tu es un peintre qui, pour faire éclater tes couleurs, as employé du vernis qui les a toutes meurtries. »
Cette charge, conduite avec tant de fermeté et de précision, se trouve dans un gros et curieux recueil de pamphlets qui mirent en bj'anle tous les écrivains politiques de UicheUeu : Faret, Sirmond, Dupleix, Hay du
Chastelet. C'est un volume in-folio de 800 pages, imprimé en beaux caractères elzéviriens. La beauté de l'édition semble indiquer que la royale cliente de Mathieu de Morgues, ou l'un de ses partisans, fit les frais de cette publication. Voici le titre du recueil : « Diverses pièces pour la défense de la Royne, mère du Roy Très Chrestien, Louis XIH. Faites et revues, par messire Mathieu de Morgues, sieur de Saint-Germain, conseiller, prédicateur ordinaire du Roy Très Chrestien, et conseiller, prédicateur, aumônier de la Royne, mère de Sa Majesté (1). »
La pièce dans laquelle le « sieur de Saint-Germain » raillait si cruellement l'éloquence laborieuse de Balzac, a pour litre : « Réponse à la seconde lettre imprimée avec le Prince de Balsac, et remplie de calomnies contre la Reine, mèie du Roy Très Chrestien. Imprimée l'an 1632 (2). »
M. de Morgues n'avait pas l'habitude de ménager ses adversaires, pas plus Balzac que les autres qui avaient le malheur, comme il le dit quelque part, « d'exercer sa patience, son esprit et sa main (3). » Les gros mots, comme les injures les plus violentes ou les accusations les plus atroces, ne lui faisaient pas peur, et toute arme lui était bonne pour frapper sur Richelieu et ses parli-
(1) l vol in-f» sans lieu ni date. En tôte, une Épili'c au Roi, avec la date du l" décembre 1637. (iJibl. nat., L. 36, b. 3,408.) — La Bibliothèque nationale possède une autre édition en 5 vol. in-80, « jouxte la copie imprimée à Anvers, 1637 ».
(2) Kdit. in-f", pp. 309 et suiv, (i) lôid., p. W7.
150 CHArELAIN
sans. Voici un échantillon de cette polémique acerbe, dont les querelles politiques et littéraires, celles d'autrefois comme celles d'aujourd'hui, semblent avoir gardé le secret. Nous le prenons dans un pamphlet publié en 1G35 : « La vérité défendue. »
L'abbé de Saint-Germain éclate à la fois contre Richelieu et Hay du Chastelet, l'un des écrivains attachés à sa fortune. Le pamphlétaire s'indigne que le ministre, pour ménager son crédit, ait rejeté un accommodement entre la mère et le fils, et préparé contre la reine une guerre plus cruelle, u II a voulu, écrit M. de Morgues irrité, qu'on fît un grand volume de toutes les injures que les écrivains avoient dit à la Reine, mère du Roy, et à Monseigneur, Frère unique de Sa Majesté, et que le sieur du Chastelet y ajoutât une préface plus infâme que ne sont tous ces petits libelles (1). » Puis, le virulent secrétaire de Marie de Médicis s'écriait avec une égale expression de défi et de dédain : « Si les parasites du Cardinal sont des chiens qui lèchent celui qui tient en sa main droite le baston qui les menace, et leur présente avec la gauche le pain pour les ameuter contre ceux qu'il veut faire mordre, qu'il considère que nous ne craignons point ses coups, étant en lieu de sûreté, et que nous n'aboyons pas après ses biens, lui ayant abandonné les nôtres (2). » (le dernier trait est admirable de fierté. Pascal le re-
(1) L'ouvrage a pour titre : Recueil de dicerses pièces pour servir à i' Histoire; 1 vol. in-f" de 922 pages, 1G35, sans lieu d'impression. (Bibl. nat., réserve. L. 36, b. 22.)
(2) Édit in-f°; p. /|37.
prendra dans vingt ans, et ne dédaignera pas de le placer dans l'un des plus beaux passages de ses Provinciales (1).
Ce genre d'invectives, ces grossièretés et ces outrages ne pouvaient convenir à la politesse et à l'élégance de Balzac. 11 se contenta de la réplique du « caustique abbé », et n'essaya pas de se mesurer une seconde fois avec lui. Mais, en particulier, toutes les fois qu'il en eut l'occasion, il ne manqua jamais de rendre au « satirique moine » mépris pour mépris et injures pour injures.
En 1635, il écrit à du Chastelet, et, avec son emphase ordinaire, il le félicite de la belle Préface placée en tête du Meciieil de diverses pièces (2). « N'appréhendez-vous point. Monsieur, lui dit-il, l'événement de cette dispute? La beauté gagne sa cause par tout où les yeux sont juges; et ceux qui trouvent mauvais que vous apportiez trop d'ornement à réfuter les livres de Flandres, vous blâment de ce que vos armes sont trop dorées et de ce qu'en frappant vous éblouissez. »
A ces caresses et à ces douceurs succède bientôt le ton irrité de l'indignation et de la colère. Balzac a sur le cœur toutes les injures que Mathieu de Morgues vient de lui jeter à la face (3) ; il éclate en invectives et en outrages,
(J) Dix-septième lettre, au commencement : « Je n'cspôre rien du monde, je n'en appréliendc rien, je n'en veux rien... »
(2) Cette Préface se trouve imprimée st^'parément sous ce titre : Préface du Recueil de diverses pièces pour servir à l'itistoire. (1 vol. in-f», 163/i, sans lieu d'impression. Bibl. nat., L. 36, h. 21.)
(3) Dans la Réponse à la seconde Lettre imprimée avec le Prince de Ralzac, 1632. — Cette seconde Lettre de Balzac se trouve dans le Recueil de Hay du Chastelet, p. 557 et suiv., et porte la date du 3 mars 1631.
plus sensible, quoi qu'il en dise, à ses griefs personnels qu'aux griefs de Uichelieu, et bien autrement désireux de se venger lui-môtne que de venger le Cardinal. « La pompe de votre style, conlinue-t-il, n'arrête point la vue inutilement. Elle est agréable au lecteur, mais elle ne laisse pas d'être fatale à la calomnie. On y voit tout ce qu'il y a d'éclatant et de superbe dans les tournois, mais on y voit aussi tout ce qu'il y a de fort et de terrible à la guerre.
« Il est seulement dommage que vous n'ayez à combattre un juste ennemi, et que tant de force et tant de valeur ne s'employe que contre une fureur impuissante, qui est la dernière goutte de son venin. Le misérable que vous poursuivez et qui meurt en blasphémant, ne méritoit pas un si noble ressentiment que le vôtre. Il n'est considérable que par cfi que vous dites de lui. Vous le faites valoir, de l'alléguer si souvent. En le perdant même, vous le signalez, et ses objections ne se trouveront un jour que dans vos réponses. Il y a vingt-cinq ans qu'il est fugitif de son ordre et justiciable du général des jésuites (1). Et si ces bons pères ne traitoient trop doucement leurs coupables, et ne changeoient la prison en bannissement, dès ce temps-là, il eût été supprimé avec tous les mauvais livres qu'il a faits depuis. Mais il falloit que, pour couronner son inconstance, de déserteur que nous l'avons vu de plus d'une douzaine de partis, pour son dernier métier il devînt parasite des Espagnols et
(1) Mathieu de Morgues était entré fort jeune chez les Jésuites d'Avijjrnon. — Vov. sur lui un curieux article de Bavle.
secrétaire des mauvais François qui sont à leur cour (1). n En 1635, l'intrépide railleur prend à partie l'Académie, et s'en moque avec la verve, la causticité et la passion d'un véritable satirique. Seulement, comme il airive à ces sortes d'écrits, les traits y sont plus plaisants que justes. Faire rire d'abord, produire de l'effet : la vérité ensuite, si elle veut. C'est ainsi que Mathieu de Morgues, à dessein ou non, confond V Académie gazétique, comme il l'appelle par dérision, avec le Bureau d'adresse de Renaudot (2).
La confusion n'a pas échappé à Pellisson. Il la relève dans son Histoire et nous donne en même temps quelques renseignements de plus sur le pamphlétaire et l'un de ses principaux contradicteurs, Hay du Chastelet. « Le premier qui écrivit contre l'Académie, nous dit Pellisson, fut l'abbé de Saint-Germain, qui étoit alors à Bruxelles, accompagnant la reine-mère, Marie de Médicis, dans son exil. Comme il déchiroit sans cesse par ses écrits, et avec une animosité étrange, toutes les actions du cardinal de Richelieu, il ne manqua pas de parler fort injurieusement de l'Académie françoise, qu'il confondoit avec cette autre académie que le gazetier Renaudot avoit établie au Bureau d'adresse; soit qu'il voulût ainsi se méprendre, soit qu'en effet il ne fût pas bien informé de ce qui se passoit à Paris. »
(1) Lettre de Balzac à M. du Chastelet, du 13 juillet 1G35. — Dans l'édition in-f" des Lettres de Balzac, vol. I, p. 339, cotte lettre porto la date fausse do 1625.
(2) Fondé en 1631. — Sur le Bureau d'Adresse et l'Académie, voy. M. Livet; I, 400,
154 CDAPELAIN
La méprise, volontaire ou non, se trouve dans un pamphlet paru en 1635 et intitulé : « Jugement sur la Préface (1) et diverses pièces que le cardinal de llichelieu prétend faire servir à l'histoire de son crédit (2). » L'Académie y était outrageusement comparée à une volière remplie de Psaphons (3) dressés à chanter les louanges du maître. « A la vérité, disait l'abbé de Saint- Germain, je n'ai jamais vu un homme plus malheureux en ses louanges que Son Eminence, qui n'a point été estimé jusqu'à présent par un homme de bien, ni loué par un habile et savant écrivain. II a reconnu sa disette, et, pour tâcher de s'en relever, il a dressé une école, ou plutôt une volière de Psaphon, l'Académie, qui est la maison du gazetier, c'est-à-dire le père des mensonges. Là, s'assemble un grand nombre de pauvres ardens (^i) qui apprennent à composer des fards pour plâtrer les laides actions, et à faire des onguents pour mettre sur les plaies du public et du Cardinal. Il promet quelque avancement et donne des petites assistances à cette canaille qui combat la vérité pour du pain (5). »
Du Chastelet, si souvent maltraité par Mathieu de Morgues, se chargea de la défense de la Compagnie. Pellisson nous apprend ce détail d'après les registres des 9 et 30 juillet 1035. « L'Académie, dit-il, ne voulut point
(1) La Préface de du Chastelet.
(2) Édit. in-f°, p. 513 et suiv.
(3) Personnage qui avait dressé des oiseaux à répéter : « Psaphon est un grand dieu! »
(4) Lépreux.
(5) Jugement sur la Préface, etc. Édit. in-f", p. 517.
y répondre par un ouvrage exprès; mais M. du Chastelet qui en étoit, et qui répondoit alors pour le Cardinal à la plupart de ces libelles de Bruxelles, fut prié, après la proposition qu'il en fit lui-môme dans l'assemblée, d'ajouter sur ce sujet quelques lignes qui furent ensuite lues et approuvées par la Compagnie. Les pièces de l'abbé de Saint-Germain contre le cardinal de Richelieu ont été imprimées depuis à Paris en deux volumes, après la mort du feu roi Louis XIII (1). Les réponses de M. du Chastelet étoient dans une pièce qu'il n'acheva point, étant prévenu par la mort et qui n'a point été imprimée (2). »
Dès son institution, cependant, l'Académie s'était fait une loi de ne pas répondre aux attaques dont elle serait l'objet. Et celui qui a eu l'idée de cet article, ce pourrait bien être Chapelain, a été singulièrement clairvoyant. Il peut se vanter d'avoir évité une rude besogne aux académiciens présents et futurs. « S'il arrive, est-il dit dans les Statuts de 163/i, que l'on fasse quelques écrits contre l'Académie, aucun académicien n'entreprendra d'y répondre, ou de rien publier pour sa défense, sans en avoir charge expresse de la Compagnie assemblée au nombre de vingt pour le moins (3). »
Bois-Uobert, en cette circonstance, voulut sans doute entraîner l'Académie à repousser l'outrage qui lui était
(t) Ce pourrait l)ien être l'édition en cinq volumes in-S", signalée plus liaut et faite « jouxte la copie imprimée ù Anvers, 1G37. »
(2) Pellisson, I, kS. — Ilay du Chastelet mourut à quarantetrois ans, le 6 avril 1C36.
(3) Art. ^|6 des statuts.
156 CDAPELAIN
fait, et à joindre sa réponse à celle que préparaient les écrivains politiques à la solde du Cardinal. Mais Chapelain, s'inspirant de l'esprit du règlement, estimait qu'il fallait mépriser de pareilles insultes et ne pas se jeter dans des polémiques sans issue.
Le 6 juin 1635, Chapelain s'expliqua à ce sujet avec Bois-Robert. Sa lettre, comme toutes celles qu'il écrit dans des conjonctures délicates, est fort habile : c'est un adroit mélange de concessions, d'une part, et de sages réserves de l'autre. Il est impossible, étant donnée la situation particulière de Chapelain, pensionnaire de Richelieu, d'émettre un avis défavorable avec plus de respect, de fermeté et de décision.
« Après avoir longtemps cherché M. Faret, écrit-il, pour lui proposer ce que vous désirez de lui touchant les nouveaux libelles de ce François dénaturé (1), je l'ai rencontré, et me suis acquitté de la charge que vous m'aviez donné. Sur quoi, il m'a appris qu'il vous avoit satisfait sur une de vos lettres qui lui parloit de la même chose.
« Et certes, comme je loue infiniment la très juste passion que vous avez de voir les actions de Monseigneur justifiées, je ne puis aussi approuver qu'une vertu (2) si éclatante et si reconnue que la sienne, soit remise en compromis toutes les fois qu'il plaira au plus infâme des écrivains d'essayer à lui donner atteinte. La question n'a
(1) La Vérité défendue et le Jugement sur la Préface; pamphlets parus en 1635.
(2) Mérite.
ET KOS DDUK l'RlîMlÈRl'S ACADl'iMIlîS Jâ7
été que trop agitée, et, à force d'avoir examiné toutes les calomnies de son détracteur, on a épuisé toutes les raisons qui le pouvoient combattre et convaincre de faux. Le monde est éclairci de la vérité. INous avons gagné notre cause devant lui, et c'est lui faire tort, et à nous aussi, que d'entrer de nouveau en contestation avec lui sur ce sujet. »
Nous l'avons remarqué ailleurs, Chapelain n'est jamais plus en veine que lorsqu'il est en colère. Ce qu'il dit de Mathieu de Morgues, qui continue de crier pour avoir le dernier mot, en est une nouvelle preuve. « C'est un mastin, dit-il avec mépris, qui a été battu, et qui aboyé encore en fuyant. L'ambition l'avoit autrefois poussé à s'attaquer au mérite extraordinaire de Monseigneur. Il s'étoit promis des mitres et des chapeaux en se promettant des révolutions favorables à ses mauvais désirs. Mais à présent qu'il voit combien ses funestes pronostics ont été vains, et qu'il connoit que par force il lui faut renoncer à ses prétentions insolentes, il console au moins sa douleur par l'imagination qu'on le considérera chez les ennemis de cette couronne en qualité de grand ennemi du grand cardinal de Richelieu. »
Puis, comme le « bon Chapelain » n'est pas toujours commode, voici en quels termes il conseille de se taire : (( Je me puis tromper dans mes sentimens, continue-t-il ; mais si je méritois d'en être cru, on ne reparliroit plus aux injures de cet imposteur, tant pour ne pas s'obliger à redire inutilement les mêmes choses sur les mêmes fausscté^, que pour ne pas nourrir son orgueil en lui montrant
158 CUAPELAIN
qu'on le juge digne d'une colère généreuse. Je ne lui répondrois plus que par le silence, et lui donnerois la punition du mépris, en attendant celle de la corde qui sera assez infâme pour lui, si elle n'est pas assez douloureuse. »
11 continue sur le même ton, et de plus belle dévoue le coupable à tous les dieux infernaux. « Que si l'art des conjectures n'est point faux entièrement, sur les dernières résolutions qui ont été prises pour la Flandre, dit-il en terminant, j'oserois vous assurer que Monseigneur n'est pas éloigné de mon sens, et qu'il souffrira plutôt qu'un bourreau lui fasse raison de cette tête monstrueuse, que de permettre à aucune des plumes qui sont à son service de le venger des crimes que sa langue et sa plume ont commis contre lui; et il aimera beaucoup mieux que ses serviteurs, en décrivant ses rares actions et chantant ses qualités admirables, apprennent tout seuls aux siècles à venir la vérité de son histoire, que de souffrir qu'ils en souillent la beauté, la mettant en parallèle avec les mensonges et les impostures du démon qui l'a voulu corrompre (1). »
Singulières mœurs des gens de lettres de cette époque! Au fond de toutes ces haines, sous le couvert de l'intérêt général, il n'y a qu'une question d'intérêt personnel. M. Tamizey de Larroque nous apprend que l'abbé de Saint-Germain avait été auprès de Richelieu un plat solliciteur, avant de le calomnier avec tant de rage. Le savant
(1) Lcltrc ù liuis-Kobcrt, du 6 juin 1g35; I, 97,
éditeur des Letti^es de Chapelain nous cite une lettre du 7 octobre 1629, écrite à C4liarpentier, secrétaire du Cardinal. Dans cette lettre Mathieu de Morgues le prie de lui obtenir de son maître un prieuré dans le Velay, « pour comble de tous les bienfaits reçus de sa bonté (1) ».
En politique, la guerre des « petits papiers » a été fréquemment en usage. En voici un exemple qui prouve que la tactique n'est pas récente, et qu'en fait de révélations désagréables, nous n'avons rien inventé.
En 1632, Hay du Chastelet publia un pamphlet contre de Morgues ; « Réponse au libelle intitulé : Très humble, très véiitable et tiès importante remontrance au Roy (2). » Là, il reproche au sieur de Saint-Germain les mauvaises mœurs, qui lui ont fait retirer, dit-il, l'évêché de Toulon que le roi lui avait accordé d'abord. « Ses mœurs, ses discours et ses hantises, disait du Chastelet, lui ont donné si mauvaise réputation, que le Roy, à la recommandation de quelques-uns qui ne le connoissoient pas assez, l'ayant nommé à l'évêché de Toulon, il n'a pas trouvé d'assez puissans témoignages de gens de bien pour pouvoir induire Sa Sainteté à lui accorder ses bulles, de sorte qu'il a été contraint de se défaire de son évèché (3). »
Puis, une lettre de Mathieu de Morgues à la main, il
(1) Lettre inédite, insérée dans le Bulletin du Bouquiniste du 1" janvier 1873.
(2) Cette Réponse se trouve vol. III, p. 113 et siiiv., de l'édition in-8" des Pièces diverses, etc., citée plus haut. — La très humble Remontrance se trouve édit. in-f", p. 1, avec la date de 1631.
(3) Pièces diverses, etc., vol. III, p. 117, édit. in-8°.
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1 appelle au fier pamphlétaire ses récentes adulations à liichclieu, ses protestations de fidélité, le temps où il oiïrait ses services à celui qu'il poursuit aujourd'hui de ses insultes. « J'ose espérer, Monseigneur, disait l'importune lettre, que vous aurez cette bonne opinion de moy, que les plus forts liens qui me tiennent attaché à votre service, sont vos mérites et vos bien faits : l'un de ces sujets sera autant que vous serez, et l'autre autant que je serai. Je vous supplie très humblement d'avoir cette croyance de moy, que la dignité éminente que vous possédez en l'Église, et la puissance que vous donne la conduite de l'État, ne me tient point si étroitement à votre service, que les belles qualités que Dieu a mises en vous et les grandes obligations que je vous ai. Et quand Dieu, pour nous châtier, auroit permis aux méchans de vous ôter le pouvoir que vous possédez avec l'approbation de tous les gens de bien, et qu'il auroit voulu qu'on me ravît tout ce que je tiens de sa providence et de votre bonté, cet écrit me convaincra de perfidie, si je ne suis en toute condition ce que je dois être toute ma vie, Monseigneur, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur, M. de Saint-Germain. A Paris, ce 7 juin 1627 (1). »
Plus tard, comme Chapelain en avait formé le vœu, le bourreau fit l'aison au Cardinal de « la tête monstrueuse » du vilain personnage. La Gazette du 28 juillet 1G35 annonçait le traitement infligé au diflamateur.
(l) Pièces diccrscs ; étlit. iii-S", vol. Ill, p. 118.
({ Ces jours passés, y lit-on, par arrêt de la chambre de justice, Mathieu de Morgues, dit Saint-Germain, a été ici roué en eifigie pour crime de lèse-majesté divine et humaine (1). »
Malgré cette exécution par contumace, le coupable rentra en grâce quelques années après. Le 20 septembre l(3/i3, Balzac demande à Chapelain de lui expliquer l'article de la Gazette, « où il est parlé du satyrique moine Saint-Cermain ». Le 12 septembre '16/i3, en eflet, la Gazette avait publié une nouvelle de nature à intriguer Balzac et à provoquer son irritation. « Le septième, est-il dit dans le journal de llenaudot, le sieur de Saint-Germain de Morgues, ci-devant premier aumônier de la reine, mère du Boy défunt, étant retourné de Flandres en cette ville, salua Leurs Majestés et fut fort bien reçu. » M. ïamizey de Larroque qui cite ce passage, ajoute : « Le volume 031 de la collection Du Puy, à la Bibliothèque nationale, renferme les lettres d'abolition accordées, en 16^3, à l'abbé de Morgues. »
Richelieu était mort le Ix décembre 16/i2; Louis XIII venait de mourir au mois de mai 16/i3. Ni la régente, Anne d'Autriche, ni Mazarii), ne paraissent avoir eu grand souci de la mémoire de Richelieu. Dès le mois de septembre, l'ancien aumônier de Marie de Médicis (2) était autorisé à rentrer à Paris, et admis à « saluer Leurs Majestés ».
Mieux que cela : le violent auteur de tant de pamphlets
(1) Voy. Lettres de Balzac, pultliées par M. Tamizey de Larroque, dans \cii Documents inédits; p. /il/j. Imprimerie nationale, 1873.
(2) La reine mère était morte h Cologne, le 3 juillet 1642.
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était reçu avec honneur par Mazarin, par les ministres, oublieux de tous ses méfaits passés. 11 était craint, on le ménageait : vérité éternellement triste, et dont il faut se résigner à avoir bien des fois l'immoral spectacle sous les yeux! Le 19 octobre 16/|3, Balzac, tout scandalisé, écrit à Chapelain. « Il n'y a rien de si vrai, lui dit-il, que le même Cardinal (1) a reçu trop favorablement Saint-Germain, et que le même Saint-Germain a déjà dîné plus de trois fois avec M. de Chavigny (2). Comment s'accorde tout cela, Monsieur, avec la générosité de M. le Chancelier (3), lequel, h votre dire, clelusit iimbram et colit exequias (/i), voire même pourroit révérer les mânes de Tibère et de Slilicon, .si j'étois si impie que de les vouloir violer je ne sais combien de siècles après leur mort (5) ? »
Il n'est pas étonnant que, sous la régence, Sirmond, l'un des écrivains politiques au service de IVichelieu, n'ait pas eu la liberté de répliquer à l'adversaire de son ancien maître. « L'abbé de Saint- Germain, qui étoit l'écrivain du parti contraire, raconte Pellisson, le maltraita fort dans cette pièce qu'il appeloit V Ambassadeur chimérique. 11 fit une réponse qui est dans le recueil de M. du Chastelet. »
(i) Mazarin.
(2) Léon Le Boutliillicr de Chavigny était alors secrétaire cl'État. Mort le 11 octobre 1G52.
(3) Seguier.
(4) 11 se moque du mort, et honore son tombeau.
(5) Lettre de Balzac à Chapelain, du 19 octobre 1643. Imprimerie nationale, Documents inédits, p, 430.
Ce pamphlet avait pour titre : « L'Ambassadeur chimérique, ou le chercheur de dupes du cardinal de Richelieu, augmenté par l'auteur. Imprimé l'an 1637 (1). » M. Livet remarque à ce propos que Pellisson s'est trompé. « h' Ambassadeur chimérique^ dit-il avec raison, est de 1637; le Recueil de Du Châtelet est de 1635 : il y a donc ici une erreur (2). »
Le « gros volume », dont l'abbé de Saint-Germaîn n'avait Iguère le droit de railler l'étendue (3), ne renferme pas, en effet, la réplique de Sirmond. « Je confesse, disait notre pamphlétaire, que je n'ai jamais vu tant de folies in-folio, et crois que les écrivains du Cardinal ont voulu mettre sous les pieds de ses petites actions ce gros registre pour les relever davantage; ils ont pensé aussi qu'en jetant sur notre tête cette lourde masse, ils nous étourdiroient {h). »
Sirmond était cet « ambassadeur chimérique » dont se moquait Mathieu de Morgues. Voici les prétendues instructions données à l'envoyé, avant son départ, et le bel équipage qu'on lui prête pour sa mission : « Messire Jean Sirmond. prendra les litres de duc de Sabin et de marquis de Cléonville (5) ; il attachera une épée à son côté, et aura pour son train cinq ou six ardens de l'Académie
(1) Diverses pièces, etc. Recueil in-8°; vol. IV, i). 321 et suiv,
(2) Edit. de ïllis'loire de l'Académie; I, 223,
(3) C'est un vol. in-f° de 922 pages, sans nom de lieu ni d'imprimeur, 1G35. (Bibl. nat., L. 36, b. 22.)
(/i) Diverses pièces, etc.; Jugement sur la Préface, etc. Édit. in-f", p. 516.
(5) Noms -SOUS lesquels Sirmond avait publié ses pamphlets* contre Mathieu de Morgues.
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gazétique (1), que nous avons rendus hardis à mentir; surtout ils [seront instruits aux louanges de Monseigneur le Cardinal duc, et, pour cet eiïet, apprendront tous les poèmes, épigrammes, élégies, acrostiques, anagrammes, sonnets et autres pièces faites par les poètes latins et françois de ce temps, pour débiter partout celte belle marchandise... Monsieur l'Ambassadeur ne parlera, dans tout son voyage, ni en bien ni en mal du Roi: il ne mettra en avant que les louanges de V Eminentissimc pardessus les mortels; il l'appellera Dieu visible^ Ange tiilélaire de t univers, Esprit qui fait mouvoir les cieiix et les astres, etc. (2). »
Sirmond répondit ; mais sa réplique n'est pas, connue le dit Pellisson, dans le volumineux Recueil de Hay du Chastelet. « L'abbé de Saint-Germain répliqua, ajoute l'historien de l'Académie, et le traita encore plus injurieusement, ce qui l'obligea de faire un nouvel écrit pour sa défense. Mais le cardinal de Richelieu et le roi Louis XIII moururent là-dessus, et il ne put jamais obtenir sous la Régence un privilège pour faire imprimer cet ouvrage. Cela le fâcha beaucoup, et, voyant d'ailleurs que son ennemi étoit de retour à la cour, et que la faveur ne seroit plus de son côté, il se retira en Auvergne, où il mourut âgé d'environ soixante ans (3). »
Parmi les autres écrits faits contre l'Académie, Pellis-
(1) Autre trait contre l'Acadéniie française.
(2) U Ambassadeur chimérir/ue, p. 321, vul. IV, édit. in-8". ^- Cité par M. Livct, I, 223.
(3) Cil. Livct; I, 223
ET NOS DEUX PREMIÈRES ACADÉMIES IGo
son en cite trois particulièrement : la Comédie des Académistes, le liùle des présentations faites aux Grands- Jours de îéloquence française^ et la Requête des Dictionnaires de Ménage (1).
L'ordre chronologique demanderait, peut-être, un arrangement difl"érent : nous placerions d'abord la fameuse RequiHe qui fit fermer à son auteur les portes de l'Académie. La satire parut en 1052, dans les Miscellanea (2); mais elle avait été composée ])ien avant, vers 1635, u quand Ménage, nous dit Tallemant, fut de retour de la province ».
Pellisson parle de ce gros péché de jeunesse de Ménage, et avec une indulgence qui étonne. Le passage est curieux : c'est une défense en règle du coupable, présentée à des juges qui, peut-être, eussent désiré un ton plus sévère. Ménage ne se montrera pas ingrat. Plus tard, en 1659, à propos de l'élection de (r. Boileau, il fera campagne avec Pellisson contre Conrart et Chapelain, et l'aidera de tout son pouvoir à augmenter le grabuge survenu alors à l'Académie. « La dernière de ces trois pièces, écrivait Pellisson en 1652, est cette ingénieuse Requête des Dictionnaires^ qu'un imprimeur a aussi publiée naguère en petit, avec beaucoup de fautes, et qui depuis a été imprimée plus correctement inquarto (3). Tout le monde sait qu'elle a été composée par M. Ménage, homme non seulement fort savant et fort
(2) .Kgidii Menagii Miscellanea; 1 vol. in-Zi". Paris, Courbé, 1052.
(3) Dans los Miscef/anea.
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poli, mais encore plein d'honneur et d'une solide vertu. Il a toujours beaucoup estimé lui-même l'Académie, et en a parlé honorablement en plusieurs de ses ouvrages; il étoit aussi ami particulier et intime, comme il l'est encore aujourd'hui, de plusieurs académiciens dont il est parlé dans cette Requête^ et ne l'entreprit, comme il le proteste lui-même, par aucun mouvement de haine ou d'envie, mais seulement pour se divertir et pour ne point perdre les bons mots qui lui étoient venus dans l'esprit sur ce sujet. Aussi la supprima-t-il après l'avoir faite, et elle est demeurée plus de dix ans cachée parmi ses papiers (1), jusqu'à ce qu'une personne qui les avoit tous en garde, se laissa dérober celui-là par quelqu'un que nous connoissons, qui en donna bientôt après plusieurs copies (2). »
1/ {( ingénieuse pièce m dont l'historien de l'Académie faisait ainsi l'éloge, avait pour titre : « Requête présentée par les Dictionnaires à Messieurs de l'Académie pour la réformation de la langue françoise (3). » C'était Girault, le secrétaire de Ménage, qui s'était laissé dérober, à dessein peut-être, les papiers" qui lui avaient été confiés. Ce sont là des négligences ou des indiscrétions qu'on ne peut guère prendre au sérieux. Ménage, surtout, n'était pas homme à rimer de jolies choses pour les cacher, et, comme disait Chapelain, pour jeter sa poudre aux moineaux.
(i) Jusque vers 1645.
(2) Ch. Livet; I, 50.
(3) Voy. cette pièce, Menagiano, vol. II, p. /|û9, cdit. de 1702; et dans M. Livet, I, kV-
Ménage n'en raconte pas moins, clans son Anti-Daillet^ comment et par qui le larcin fut commis (1). « Cette personne qui avoit mes papiers en garde, c'étoit M, Giraucl, chanoine de l'église du Mans. Et celui qui lui déroba cette Requête^ c'est l'abbé de Montreuil, frère de l'académicien. » En même temps. Ménage proteste contre l'explication donnée par son ami Pellisson ; il assure n'avoir pas fait cette plaisanterie dans le seul but de mettre à profit quelques bons mots. « Il n'est point vrai, au reste, pour le marquer ici par occasion, ajoute-t-il, que j'aie dit que j'eusse fait la Jiequêle des Dictionnaires pour ne pas perdre les bons mots qui m'étoient venus dans l'esprit sur ce sujet. J'aurois eu grand tort d'avoir fait cet ouvrage par ce motif : miserum est verbum non posse perdere. »
La seconde pièce faite contre l'Académie est de la même époque; elle courait les salons en même temps que la Requête des Dictionnaires (2). Nous voulons parler de la Comédie des Académistes (3). Cette pièce fut imprimée seulement en 1650, et le nom de son auteur demeura longtemps inconnu.
On attribua d'abord le méfait à un académicien, à Saint-Amant. Chevreau, dans son Chevrœana paru en 1G97, l'attribuait au comte d'Étlan, abbé de Chartrice et fils du maréchal de Saint-Luc. Pellisson dési-
(1) Anli-Baillet, cliapitro Lxxxii; 2 vol. in-12, 1690.
(2) Urunet, Manuel du Libraire, dit à tort que cette satire fut LOiiiposéc. en 1G.'|3.
(3) Comédie en cinq actes. M. Livet l'a publiée en entier; I, 405 et suiv.
1G8 CnAPELAlN
gnait le véritable auteur. « Quelques autres, écrivait-il en 1652, m'ont assuré qu'elle étoit d'un gentilhomme normand nommé M. de Saint Kvremont (I). »
Aujourd'hui, la Comédie des Académisies, comme en général toute pièce de circonstance, n'a plus grand intérêt pour nous. Mais, en son temps, elle fit grand bruit et amusa le public aux dépens des trois quarts des membres de l'Académie : Codeau, CoUetet, (chapelain, Gombauld, Saint-Amant, Bois-Robert et bien d'autres. « dette pièce, disait Pellisson qui n'avoit pas la liberté d'en dire beaucoup de bien, quoique sans art et sans règles, et plutôt digne du nom de farce que de celui de comédie, n'est pas sans esprit et a des endroits fort plaisans (2) . »
La première édition parut en 1650, sans nom d'auteur et sans lieu ni date d'impression. La pièce n'était pas seule; elle était accompagnée du Rôle des présentations. Voici le titre de la brochure : « La comédie des Académistes pour la réformation de la langue françoise. Pièce comique, avec le Piôle des présentations faites aux grands jours de ladite Académie. — Imprimé l'an de la Réforme (3). » En tète se lit une dédicace moqueuse : « Aux auteurs de l'Académie qui se mêlent de réformer la langue, » et signée : Di:s Cavknets. Plus tard, le véritable auteur se décida à reconnaître la pièce. Des Maizeaux l'a insérée, en 1705, dans son édition des Œuvres mêlées de Saint-Evremond.
(1) Ch. Livet; I, 49.
(3) Bibliothèque nationale, réserve Z, 1,212; collection Payen.
Elle se trouve dans le premier volume sous ce titre : Les Académiciens , comédie. D'après Des Maizeaux, la satire aurait été composée en 16/i3 : ce qui n'est pas exact. « dette pièce, dit-il, avoit d'abord pour titre : « La Comédie des Académistes pour la réformation de la langue françoise. » Elle fut faite au commencement de l'année 1643, c'est-à-dire environ huit ans après l'établissement de l'Académie. Après avoir couru longtemps manuscrite, on l'imprima en 1650, mais si horriblement défigurée, que M. de Saint-Evremond ne s'y reconnoissoit plus. Madame la duchesse de Mazarin l'ayant engagé à la revoir en 1680, il aima mieux la refondre que la corriger (1) . »
On ne sera pas surpris du mot d'Académisle, employé ici à la place d'académicien. Cette dernière expression fut en usage un peu plus tard seulement. Dès 163/i, les statuts désignent bien par le nom d'académicien les membres de la nouvelle Compagnie; mais Chapelain garde encore quelque temps le mot d'académiste. Le 3 août 163Zi, il écrit à Bois-Robert : « Je ferai savoir à ces autres Messieurs que vous vous honorez du titre d'académiste (2). »
La Comédie des Académistes courut longtemps manuscrite. Elle circulait déjà de salon en salon vers 1638 : Saint-Evremond avait alors vingt-deux ans (3). Cette date nous est fournie par les Lettres de Chapelain^
(1) Saint-Evremond, Œuvres miHées. Londres. 2 vol. in-4% 1705; vol. I, p. 1.
(2) Lettre à Bois-Robert; L 72.
(3) Né en 1616, à Saint-Denis du Guast (Manche); mort à Londres, le 29 septomltre 170.{.
si précieuses pour la chronique littéraire du temps. Le 28 aviil 1638, le futur auteur de la Pucelle écrit à Mainard, en Auvergne. « Le peuple, lui dit-il, se réjouit aux dépens de TAcadémie, et s'entretient d'une mauvaise comédie manuscrite où nous sommes la plupart introduits personnages, à ce qu'on dit, peu agréablement. Votre éloignement vous aura sans doute fait oublier par ce mauvais comique, et nous défrayerons la Compagnie sans vous (1). »
Le 20 juin de la môme année, Chapelain envoie à Balzac les nouvelles littéraires du jour. 11 lui parle naturellement de la pièce dont s'amusent et la cour et la ville, le peuple aussi bien que les patriciens. « Qualche scioperato (2), écrit-il à Balzac, s'est avisé de faire rire les crocheteurs aux dépens de notre sénat littéraire, car il ne fait point rire les honnêtes gens. Il a fait une mauvaise farce où nous représentons tous, et jusques à M. le Chancelier même, ce qui a fait supprimer la pièce, parce qu'on menaçoit d'un voyage en Bastille celui qui s'en avoueroit le compositeur. C'est, à vous parler sérieusement, une maigre bouffonnerie et qui ne nous fait point de tort (3). »
Chapelain ajoutait quelques mots à l'adresse de Mathieu de Morgues, le pamphlétaire avec lequel Balzac avait eu un si violent démêlé. « Pour la compilation de
(1) Lettre du 28 avril 1638, a à M. Maynurd, à Saint-CércS on Auvergne »; I, 229. — Mainard, en effet, ne ligure pas dans la Comédie des Académistes.
(2) Désœuvré.
(3) Lettre à Balzac, du 20 juin 1038; I, 257.
Saint-Germain (1), lui disait-il, elle est d'une matière plus sujette à censure, et je ne crois pas qu'elle ait été vue à Paris, et ne puis satisfaire encore votre curiosité sur cet article. Si, néanmoins, il avoit voulu relever ce que vous avez dit de lui parlant de M. du Ghastelet (2), nous en aurions ouï dire quelque chose et il ne se seroit jamais tenu d'en faire un papier volant devant que de le joindre à la masse. »
Un an après, la pièce du « mauvais comique » n'était pas encore oubliée, et continuait de « défrayer la compagnie ». Chapelain écrit à Bouchard, à Rome, le 23 août 1639. Il lui parle de cette satire sans trop de mauvaise humeur, en souriant, en homme qui prend son parti de ces spirituelles tracasseries. « Quant à la comédie satyrique qui fut faite, il y a deux ans (3), contre l'Académie, dit-il à son correspondant, il n'y a point eu d'homme assez hardi pour l'avouer, soit qu'il craignît le ressentiment dés particuliers, qui pourtant n'en ont eu aucun, l'ayant méprisée comme une badinerie fort insipide, soit qu'il appréhendât le châtiment, de l'ordre de son fondateur et protecteur, à qui ce petit attentat pour sa propre considération ne devoit point plaire. Quelquesuns l'ont voulu donner à notre ami Saint-Amant, et la pucelle de Gournay l'a assuré à cent pour cent ; mais ni
(1) La l)clle édition clzévirienne, sans doute, dont nous avons parlé plus haut, p. Ii9, et qui parut en 1638.
(2) Il ne s'agit pas ici de la « Réponse à la seconde lettre imprimée avec le Prince do Balzac ». Ce pamphlet de Mathieu de Morgues est de 1632. (Voy. plus haut, p. 1/|9.)
(3) Voilà la date certaine de la pièce : 1637,
elle, ni eux ne l'ont persuadé à personne, et il s'en défend comme d'un crime ou d'un sacrilège (I). »
M"" de (lournay, la fille d alliance de Montaigne, c'est ainsi qu'elle aimait à s'appeler, devait être avec les indépendants contre l'Académie, comme elle avait été jadis pour la vieille littérature du seizième siècle contre Malherbe et son école (2).
Chapelain, c'est tout naturel, se garde bien d'avoir ce ton méprisant, quand il écrit à la vieille fille de Montaigne. Avec elle, il raille agréablement les prétentions tyranniques de l'Académie; il en parle avec une feinte ironie, en homme qui semble partager les griefs de la demoiselle. La lettre de Chapelain est du d8 septembre 1639. Elle paraît se rapporter au débat soulevé par la Comédie des Académistes, débat qui rencontrait de chauds partisans d'une part, et de nombreux adversaires de l'autre.
M"'' de Gournay était avec tous les railleurs. Chapelain tient ferme avec ceux qui sifflent la pièce. Dans la lettre adressée cà « la fille de Montaigne », nous allons retrouver les deux opinions en présence, les deux camps opposés, u Vous êtes bonne, lui écrit Chapelain, de m'envoyer ainsi la paix. Je la reçois de votre main, mais seulement pour les affaires générales; car, pour nos différens particuliers, vous savez bien qu'ils ne sauroient finir et que vous êtes l'irréconciliable ennemie de Técorcheuse académie. »
(1) Lettre à Boiuhard, du 23 août 1639; I, 486.
(2) La demoiselle de Gournay était plus que septuagénaire on 1639. Elle était née vers 1566; elle mourut en 1645.
Eï NOS Di:UX TREMIÈRliS ACADÉMIES 173
Il lui reprociie d'un Ion enjoué d'avoir reconnu la juridiction de l'Académie, et accepté son arbitrage en fait de langage. « Je suis marri, continue-t-il, que vous ayez fait juger pendant ce soir par ce tribunal que vous ne connoissez pas. Outre que vous y avez été condamnée, vous lui donnez encore droit de vous y citer quand bon lui semblera, ayant fait cet acte de reconnoissance. Voyez si je suis généreux, et si, dans la dilTérence de nos partis, je tiaite bien avec vous et vous fais bonne guerre (1). >>
La pièce qui, selon nous, viendrait ici la troisième, est celle dont parle Pellisson, « et qui, dit-il, a été moins vue que les autres » . Elle était intitulée : « Rôle des présentations faites aux Grands-Jours de l'Eloquence françoise, sur la jéformation de notre langue ('i). » On le remarquera : « la réformation de la langue », voilà la prétention contre laquelle protestent tous les écrits en vers ou en prose; c'est comme un cii unanime de ralliement, pour chercher à repousser cette juridiction nouvelle qui cherche à s'imposer.
Pellisson attribuait avec raison ce Uôle des présentations à Ch. Sorel, l'auteur de Francion et du Berger extravagant (3). C'était « comme un registre de quelques requêtes ridicules pour la conservation ou bien pour la suppression de quelques mots, suivis d'autant de réponses imaginaires de l'Académie [h] ».
(1) Lellre à M"' de Goiirnay, du 18 septcnilirc 1G39; I, /|07,
(2) M. Livet ;i publié cette pièce; llisloite de l'Acad. ; I, tibb et suiv.
(3) ("h. Sorel, 1G02-1C7'|. -- Histoire comique de Francion, 1622; le Herf/er ejctravaijanl, 1027; 3 vul. in-8°.
(4) Ch. Livet; I, 50.
174 CUAPELAIN
M, Cil. Livel a publié cette pauvre requête. Avec Pellisson, il croit que la pièce est de Sorel, « dont le démenti, dit-il, est moins formel que ne le dit l'abbé d'Olivet (1) ». Elle fut imprimée pour la première fois en 1650, à la suite de la Comédie des Académislcs. La première séance, ou « première assise », porte dans cet exemplaire la date « du lundi 13 mars IG/jG ».
Ed. Fournier a publié ce même Rôle des présentations dans ses Variétés historiques et littéraires (2) ; mais, s'appuyant sur un autre écrit de Sorel, il donne à la « première assise » de ces Grands-Jours d'un nouveau genre, la date du 13 mars 163/1 . « Cette date, ajoute M. Fournier, pour une pièce qui a trait sans doute aux séances de l'Académie françoise, est fort intéressante à remarquer, en ce qu'elle devance de près d'une année celle des lettres royales qui constituèrent ce corps illustre. Ces lettres patentes sont du 5 janvier 1635; or, il seroit évident, d'après notre curieux livret, que, dès les premiers mois de l'année précédente, la docte assemblée tenoit ses assises, non plus à huis clos, comme elle avoit fait d'abord dans le petit logis de Conrart, rue Saint-Denis (3), mais ouvertement et à la connoissance de tous. Il ne faudroit donc plus dater de 1635, mais de 1634, l'existence réelle de l'Académie françoise. »
(1) I, i55 et suiv.
(2) 4 vol. in-12, Bibliotlicquc clzéviricnne, 1855. Paris, Jannct; vol. I, p. 127.
(3) Conrart n'habita jamais rue Saint-Dcnii;, mais rue des Vlcillos-Étuvcs, près de la rue Saint-Martin,
Malgré certaines dénégations, M. Livet a raison de regarder Ch. Sorel comme l'auteur du Rôle des présentations. (( Quelqu'un m'a dit, racontait Pellisson dans son Histoire^ que ce Rôle des présentations étoit de l'auteur du Francion et du Berger extravagant. On l'imprima d'abord, et il a été réimprimé depuis en môme volume que la comédie, mais fort tronqué, et changé en diverses sortes (l). »
Ch. Sorel protesta contre cette assertion de Pellisson. La protestation se trouve dans un écrit intitulé : « Discours sur l'Académie françoise, establie pour la correction et l'embellissement du langage, pour savoir si elle est de quelque utilité aux particuliers et au public (2). » Mais la déclaration est assez molle : il s'en faut que le démenti donné à Pellisson soit formel. « Entre les ouvrages qui ont été ûiits contre leur assemblée, répond Sorel, outre la Comédie et la Requête des dictionnaires ^^ qui a un auteur assez connu, l'on ne parle que d'un certain Rôle de présentations aux Grands-Jours de l'Eloquence françoise, lequel, dans l'Histoire de l'Académie imprimée depuis peu (3), l'historien a attribué à l'auteur de deux livres dilTérens (/i), comme si ce n'eût pas été assez d'en nommer un seul, et s'il étoit assuré que tous les
(2) 1 vol. in-12 de 210 p. Paris, Ouillaumo de Luyncs, 165/i. (Bibl. nat., Z, 324.) — M. Gh. Livet a donné quelques extraits de ce Discours; I, /|68 ct suiv. Mais une faute d'impression lui fait donner à ce volume la date de 155/i.
(3) 1 vol. in-8°, Pierre le Petit, 1G53.
(/j) Francion et le Benjer extravagant. Gc dernier parut «ans nom d'auteur.
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deux fussent de même main, et qu'il se trouvât un homme qui les avouât.
(( Je ne sais pas quelle conclusion il en veut tirer; mais si cela s'adresse à moi, je crois que plutôt que de m'attribuer une telle pièce que ce rôle, l'on doit s'imaginer que si j'avois voulu écrire sur ce sujet, j'en aurois fait un ouvrage plus simple et plus considérable... Je m'étonne aussi que ces Messieurs de l'Académie aient pris garde à un petit libelle, et qu'ils aient eu ombrage de ce qui ne les touche guères. Car ils peuvent apprendre que la première composition de cette pièce fut plus de quatre ans auparavant de l'érection de leur assemblée (1); et que si depuis l'on y a ajouté quelques arlicles qui parlent d'eux, ils se doivent réjouir de ce qu'il y en a quelques-uns à leur avantage, entre autres celui qui fait savoir que l'abbé de Saint-Germain s'étoit fort abusé dans ses gros libelles qu'il écrivoit en Flandres (2), lorsqu'il prenoit leur Académie pour une assemblée de pauvres pédans, qui se faisoit dans la maison du Gazetier (3). »
Chapelain considérait avec dédain ces inutiles tentatives pour diffamer l'Académie ou la rendre ridicule. Dès le premier jour, il avait eu foi dans l'œuvre du Cardinal; et, trejîte ans après, il pouvait s'applaudir de la justesse de ses prévisions. En 166G, il écrit à Jérôme Graziani,
(l) Quatre ans avant le mois de janvier 1635, date des Lettres de Louis XIII, c'est-à-dire en 1631 ; ou après l'enregistrement de CCS mêmes Lettres, le 9 juillet 163", c'est-à-dire en 1633.
(•J) Allusion à un passage du Rôle des Présentations; I, p. 466. édit. de M. Livct.
(3) Cil. Surcl; Discours sur rAcadéinie françoise, p. 14.
ET ^0S DEUX PllEMlÈRliS ACADÉMIES 177
à Modène. « N'y a-t-il point chez vous, sous le nom d'Académie, dit-il avec un sentiment de fierté, de ces pépinières d'esprit qui tiennent les exercices des lettres en vigueur, et qui cultivent utilement les arts et les sciences? Je ne puis être mieux informé de cela que par vous, et ce sera quand vous aurez quelques instans de loisir qui vous permettent de satisfaire à une curiosité si louable (1). »
(l) Lettre à Grazianî, à Modène, du 30 septembre 1666; II, /i8/i.