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Perrault, nommé membre de l'Acaclùmie française en ^ 1671, aurait pu enfin devenir membre titulaii-e de « la petite Académie ». Il y aurait été nommé en 1679, à la mort de Cassagne. Mais, ici encore, oserons-nous bien méconnaître l'autorité de De Boze? Nous sommes obligé de l'avouer, son récit nous paraît peu vraisemblable. Que de 1663 à 1671, pendant sept ans, l'auteur des Contes ait eu la patience et la modestie d'être secrétaire d'une Compagnie, dont il ne faisait pas partie, passe encore. Mais qu'à partir de 1671, époque de sa nohiination à l'Académie française, il ait attendu huit ans de plus, nous avouons que la chose nous paraît incroyable. Plus nous songeons à cette difficulté, moins nous pouvons admettre que Perrault ait succédé à Cassagne en 1679. D'autant que divers changements avaient eu lieu dans l'intervalle, et à plusieurs reprises, au sein de l'assemblée. L'abbé Paul Tallemant avait remplacé Bourzeys, mort en 1672; et Quinault avait succédé à Chapelain, mort en 1674. Est-il croyable que le secrétaire d'office, après plus de dix ans de stage, n'ait eu aucune de ces deux places, ni en 1672, ni en 167/i? La chose paraît impossible; pour nous, nous ne trouvons qu'une explication : c'est que Perrault était membre de la Compagnie depuis 1663.
S'il a été nommé en 1679 seulement, il a gardé bien peu de temps son siège. Victime des menées jalouses de quelques envieux, nous dit-on, il aurait perdu la faveur de Colbert, et quitté la Compagnie en 1682. « Cet homme distingué avait ses ennemis et ses jaloux, qui
avaient fini par l'emporter dans l'esprit de Colbert; il n'était plus en faveur, et dès lors il cessa de paraître aux assemblées de la petite Académie (i). » Mais pourquoi forcer ainsi le ton et pousser toujours les choses au noir? De Boze dit simplement : « Au commencement de l'année 1 682^ M. Perrault quitta la commission des bâtimens; et, moins écouté de M. Colbert qu'il ne l'étoit auparavant, il cessa de se trouver aux assemblées de la petite Académie (2). » Ch. Perrault a donné lui-même, dans ses Mémoires^ le motif de sa retraite et la cause de sa défaveur : il n'y est nullement question de ses envieux et de ses jaloux. Colbert avait eu de graves difficultés à l'occasion des travaux exécutés à Versailles. Louis XIV, excité secrètement par Louvois, finit un jour par manifester tout son mécontentement. « D'où vient, avait dit le roi, qu'à Versailles nous faisons des dépenses effroyables, et nous ne voyons presque rien d'achevé? Il y a quelque chose à cela que je ne comprends pas. » Blessé de ces reproches et de tels soupçons, Colbert ordonna qu'à l'avenir tous les ouvrages des bâtiments se feraient au rabais. Et pour que la chose se passât avec éclat, il fit mettre des affiches au coin des rues, « pour recevoir les offres de tous les ouvriers ». — « Ce fut pour moi, raconte Perrault, un grand surcroît de travail que de dresser toutes ces affiches qui furent en très grand nombre, et d'un détail incroyable : car toutes les sortes d'ouvrages de chaque métier y étoient spécifiées. »
(1) A. Maury, p. 13.
(2) Histoire de l'Académie des Inscriptions, I, i.
Comme pour mettre le comble à tous les mécontentements, la mesure eut des résultats déplorables. Voici qui va réjouir les adversaires des grandes entreprises par adjudication. « Les mauvais ouvrieis, dit Perrault, chassèrent par leurs rabais les meilleurs et les plus en état de rendre de bons services. Il y eut des menuisiers qui n'ayant que de méchans bois dans leurs chantiers firent de si mauvais ouvrage pour Versailles, que quand les croisées qu'ils avoient faites étoient femiées, on y voyait presque aussi clair que quand elles étoient ouvertes (1). »
A partir de ce moment, les relations devinrent de plus en plus tendues entre Colbert et le contrôleur des bâtiments. Celui-ci, lassé à la fin de cette lutte, averti d'ailleurs par son âge et désireux de vivre tranquille, résolut de se retirer. « Ce changement, écrit Perrault, me rendit le travail si onéreux, et M. Colbert devint si difficile, qu'il n'y avoit plus de moyen d'y suffire ni d'y résister. Dans ce même temps, il voulut que M. de Blainville, son fils, que l'on appeloit alors M. Dormoy (sic), travaillât sous lui dans les bàtimens et fît piesque tout mon emploi. Je pris le parti de le lui abandonner tout entier.
« Je mis tous les papiers des bàtimens en bon ordre ; je les lui rendis avec un inventaire très exact, et me retirai sans éclat et sans bruit (2j. »
M. d'Ormoy fut surintendant des bâtiments à partir de 1680 (3); il avait alors dix-sept ans. Mais le jeune
(1) Perrault; Mémoires, p. 193.
(2) Mémoires, p. 195.
(3)Voy. P. Cléracni: Histoire de Colbert,!!, 253. Paris, Didier, 187/|.
homme avait eu la survivance de cette charge plusieurs années auparavant.
En 1676, Félibien, un membre futur de la petite Académie, lui dédiait déjà ses Priîicipes de l'architecture^ de la sculpture^ de la peinture^ et des autres arts qui en dépendent (l) : « A Messire Jule-Armand Colbert, seigneur d'Ormoy, receu en survivance à la charge de surintendant des bastimens et jardins de Sa Majesté, arts et manufactures de France. »
Perrault quitta ses fonctions de contrôleur, lorsque Colbert était encore surintendant des bâtiments ; lorsqu'il se vit rendu à peu près inutile, et obligé de céder « presque tout son emploi » au fils du ministre. Cette retraite aurait donc eu lieu entre 1678 et 1680, époque où M. d'Ormoy eut définitivement la charge de son père.
M. Pierre Clément, citant ce passage des Mémoires^ le rapporte comme nous à une époque antérieure à 1682. « Les Mémoires autographes (2), dit le savant auteur, placent cette scène à l'année 167... On voit que le chiffre est incomplet, et tout porte à croire que Perrault, ne se souvenant pas de la date précise au moment où il écrivit ce passage, hésita et n'acheva pas. La suite du récit prouve que ce doit être 1678 ou 1679. L'éditeur des Mémoires s'est donc lourdement trompé en lisant 1667 (3). D'Ormoy, dont il est question à la fin, était
(1) 1 vol. in-4°. Paris, J.-B. Coignard, 1676. — D'Ormoy avait alors treize ans.
(2) Ils se trouvent à la Bibliothèque nationale.
(3) Mémoires, p. 192.
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né en 1663, et n'avait pu être employé aux bâtiments avant l'âge de quinze ans, c'est-à-dire avant 1678 (1). »
Ceci s'accorde fort bien avec le récit de Perrault, avec ce qu'il dit de son âge, au moment où il quitta la cour et vint vivre en bon père de famille, dans sa maison du faubourg Saint- Jacques, sans autre occupation désormais que l'éducation de ses enfants. L'ancien commis de Colbert dit son mot sur une question actuelle, la question des internats, dont il se montre médiocre partisan. « Me voyant libre, dit-il, je songeai qu'ayant travaillé avec une application continuelle pendant près de vingt années et ayant cinquante ans passés, je pouvois me reposer avec bien séance et me retrancher à prendre soin de l'éducation de mes enfans.
« Dans ce dessein, j'allai me loger en ma maison du faubourg Saint-Jacques, qui étant proche des collèges, me donnoit une grande facilité d'y envoyer mes enfans, ayant toujours estimé qu'il valoit mieux que des enfans vinssent coucher à la maison de leur père, quand cela se peut faire commodément, que de les mettre pensionnaires, où les mœurs ne sont pas en si grande sûreté. Je leur donnai un précepteur; et moi-même j'avois soin de veiller sur leurs études (2). »
Lorsque le Contrôleur des bâtiments résigna sa charge et quitta Colbert, il avait « cinquante ans passés » ; il avait travaillé « avec une application continuelle pendant près de vingt années )>. Or, Perrault le dit au commence-
(1) Histoire de Colbeit, II, /|85.
(2) Mémoires, p. 19 3.
ment de ses Mémoires (i), il devint commis m dans la surintendance des bâtimens », à la fin de 1663. Dès 1679, parlant surtout de fatigues excessives, il pouvait bien dire qu'il avait travaillé « pendant près de vingt années ».
Cette date nous est fournie avec plus de précision encore par son âge. A l'époque de sa retraite, il avait « cinquante ans passés ». Comme il était né le 12 janvier 1628, il est manifeste qu'il se retira dans le courant de l'année 1678 ou au plus tard dans les premiers mois de 1679.
Après cela comment de Boze peut-il retarder la retraite du pauvre Perrault jusqu'en 1682? M. Maury fixe la même date (2). La chose est assez difficile; car depuis 1680 Colbert n'était plus surintendant des bâtiments : c'était son fils. « Au commencement de l'année 1682, n'en dit pas moins de Boze, M. Perrault quitta la commission des bâtimens; et moins écouté de M. Colbert qu'il ne l'étoit auparavant, il cessa de se trouver aux assemblées de la petite Académie (3). » De Boze confond ici deux faits entièrement séparés : la retraite de l'intendance des bâtiments et celle de la petite Académie. La première eut lieu vers 1679; la seconde, à une date indéterminée : selon de Boze, en 1682. Perrault, dans ses Mémoires, ne dit rien de cette dernière retraite. Il déclare au contraire qu'il faisait encore partie à cette
(2) P. 13 ; Histoire de l'Académie des Inscriptions et Belles -Lettres.
(3) Histoire de l'Académie des Inscriptions et Belles -Lettres, vol. I, p. A.
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époque de la commission des Beaux-Arts, puisque Louvois dut lui signifier son congé en 1683.
Nous signalons les contradictions de ces divers témoignages. Peut-être devrions-nous chercher à les concilier ; mais l'entreprise n'est pas facile et présente peu de chances de succès. Perrault, dit de Boze, cessa en 1682 d'assister aux réunions de la petite Académie. Il fallut lui chercher un successeur, un homme capable de remplir à sa place les fonctions de secrétaire. On choisit l'abbé Gallois, le maître de latin de Colbert, fondateur, avec Denis de Sallo, du Journal des savants. « M. l'abbé Gallois, dit positivement de Boze, y parut chargé du porte-feuille et des ordres du ministre. Quelquefois même il y mena un de ses amis, nommé M. l'abbé Michaut, homme d'esprit, et qui avoit quelque connoissance des monumens antiques (1). »
Selon le récit qu'on adoptera, la petite Académie comptait donc au commencement de 1682 ou quatre, ou cinq membres : quatre, d'après de Boze; cinq, d'après Perrault. Les quatre seraient : Charpentier, Tallemant, Quinault et Gallois. Perrault dans ses Mémoires^ ne nomme pas Gallois. Celui-ci aurait-il été un secrétaire provisoire? Ce serait fort possible. C'est une difliculté de plus à ajouter à celles qui précèdent. Nous allons le voir plus loin, Perrault rédigea le mémoire remis en 1683 à Louvois; et il le rédigea « comme tenant la plume de cette académie ». A ce moment-là, il en faisait donc
(1) Histoire de V Académie des Inscriptions et If elles- Lettres, I, 4,
encore partie; et il cessa seulement d'y paraître, lorsque le nouveau surintendant, par un reste de haine contre Colbert, l'eut exclu de la Compagnie. Mais avant cette exclusion, vers la fin de 1683, la petite Académie serait plutôt l'assemblée des Cinq. Elle se composerait ainsi en suivant l'ordre d'admission : Perrault, Charpentier, Tallemant, Quinault et Gallois.