CHAPITRE II
Les quarante premiers membres de l'Académie française. — Mode de nomination. — Voix prépondérante de Bois-Robert. — Ordre de nomination.
On peut considérer l'Académie comme fondée dans les premiers jours de l'année l(33/i. A cette date, elle n'a pas encore ses Lettres patentes, mais elle a accepté la protection de Richelieu; elle tient régulièrement ses réunions, procède à l'élection de ses membres, rédige ses statuts, agit enfin au grand jour, comme une société dont l'existence est reconnue. « Alors, écrit Pellisson, on commença à faire des assemblées réglées et à tenir un registre qui justifie en quel temps chacun des autres Académiciens a été reçu. » Ces registres, tenus par Conrart, commençaient au 13 mars 1634 (1).
D'abord, furent choisis, pour composer l'Académie, les quelques habitués de la rue des Vieilles-Étuves. C'étaient, si on s'en souvient, Godeau, Gombauld, Giry, Chapelain, Philippe Habert, Germain Haberl de Cerisy,
(1) Ch. Livet, I, 18.
Conrart, Serizay, Malleville, Faret, Desmarets et Bois- Robert.
De ce petit groupe, un seul, Louis Giry, ne fit pas partie de cette première série. Il ne fut reçu que plus tard, le J4 janvier 1636. Pellisson nous en donne la raison. « Car encore, dit-il, qu'il eût été de ces assemblées d'amis qui se faisoient chez M. Conrart, il s'en étoit retiré, et n'avoit point été appelé quand on commença à faire un corps d'Académie (1). »
A ces onze membres, membres de droit en quelque sorte, on en ajouta quinze autres. Pellisson donne le nom de treize seulement, sans nous dire s'ils furent désignés par les premiers Académiciens ou par Richelieu. Peutêtre la nomination se fit-elle d'un commun accord. En tout cas, l'intervention du cardinal, dans ces premiers choix, n'est pas douteuse. Elle s'exerçait par Bois- Robert, mandataire et favori du ministre. Pellisson, sans avouer nettement cette haute influence, semble cependant la laisser supposer. Presque à chaque page de son récit, on trouve que tel ou tel Académicien fut reçu sur la proposition de Bois-Robert. Cette formule revient sans cesse : à notre avis, elle n'est pas sans quelque signification. Elle révèle un rôle prépondérant qui n'appartient qu'au représentant du Cardinal. Seul, en effet, Bois- Robert semble jouir du droit de présentation. Je ne vois pas que Pellisson se soit servi une seule fois, à l'égard de personnages cependant fort influents de la jeune Aca-
(1) Ch. Livet, I, 154.
demie, à l'égard de Godeau, de Conrart ou de Chapelain, d'une formule semblable. Ces « Messieurs », évidemment, n'avaient pas assez d'autorité pour présenter qui que ce fût.
Tout autre est le langage de Bois-Robert. Dans la séance du 13 mars 163/i, la première de toutes, raconte Pellisson, « il fit voir une lettre qu'il écrivoit de son chef à M. de Balzac », pour l'inviter, au nom du Cardinal, à se faire admettre dans la Compagnie (1). Granier fut reçu le 3 septembre 1635. Il sut plaire à Richelieu « qui trouva bon, dit Pellisson, que M. de Bois-Robert le proposât pour être de l'Académie (2). » Même formule pour la nomination de Giry, en 1636. « Je trouve dans les registres, dit à ce propos Pellisson, qu'il fut proposé alors par M. de Bois-Robert, de la part du Cardinal, qui l'avoit jugé digne d'en être, sur la lecture de sa traduction de TApologétique de Tertullien (3). »
Voici les noms de ceux qui furent désignés tous ensemble au mois de mars 1634, par le Cardinal seul, ou avec le concours des « anciens ». Pellisson en cite treize, sans préciser la date de ces nominations. D'autre part, comme cette liste est placée avant l'élection de Servien, faite le 13 mars 163A, il faut bien croire qu'elle n'est pas postérieure à cette date. Cependant, il y a une difliculté pourMainard; nous l'avons signalée plus haut : contrairement à ce que dit ici Pellisson, nous pensons qu'il fit
(1) Ch. Livet, I, 1/|9.
(2) Ibid., I, 15Û,
(3) Ibid.