I.A PEINTUnE
Le peintre sers Pliœbus, où, radieuse, éclate L'ardeur qu'à sa palette II demandait eu vain.
Se tourne, et, ravivant sa brosse au feu <li\iii.
L'y trempe d'une main hardie et dcdicalc.
LA SCCLPTUnE.
A la hauteur des dieux soulevés dans l'éther,
I.e sculpteur qui médite une immuable forme Pour temple à sa pensée, en un Paros énorme Cisèle ù tour de bras uii front de Jupiter.
LA GLOIRE
puisse (|ue iliiniiiuer sou charme. Point. I/art se chargera (l’ajouter à cette l^eauté, fruste et savoureuse, sa divine auréole ; dans la seconde cariatide, nous allons retrouver le même type de heauté, transfiguré par la Tradition artisticpie ; la voilà, les cheveux tressés, le front ceint d’un diadème, drapée dans un péplum àlargcs plis. « 1. es Muses, qui « sont ses filles et servantes, lui ont fait, de siècle en siècle, « la toilette (pii sied à la divinité. Elles ont démêlé sa cri- « nière sauvage ; à ses oreilles ainsi dégagées, elles ont « suspendu un oruemeut dont le travail précieux fait valoir « la pureté de la joue. Sur sou poignet elles ont passé nu « anneau, eomme pour en mesurer la fine attache... elles « l’ont enfin revêtue d’une l’ohe sonple et libre, qui relie « les saillies du corps par des plis harmonieux. Puis elles « ont redl’essé respectueusement sa première attitude un « peu abandonnée au hasard, d’une grâce irréfléchie qui « u’est pas l’élégance encore, car l’élégance est la cidturc « de la grâce... Dans la nature ainsi transfigurée, on devine « que le vonloir a snpplanté la spontanéité, (pie l’intelli- « gence a subjugué l’instinct ; c’est la beauté (pii se connaît « et se gouverne... l’art, en interprétant la nature, n'a fait « (pie dégager et mettre en valeur tons les éléments de « sa heauté. Il ii’a pas forcé ses mouvements, il les a « seulement composés, il ne lui a rien donné, car elle « est plus riche que lui, mais il a su habilement lui de- « mander ce (pi’elle a de mieux, et lui dispenser un jour « favorable. >»
Si je fais ici cette longue citation, ce n’est pas pour le seul plaisir de reproduire un excellent morceau de style descriptif. L’ingénieuse dissertation inspirée â M. Sully-
CM ATU.
Pi’udlionime par les deux statues de Cliapu eu sont, à notre avis, la meilleure critifjue. La sculpture, art csseutiellemciit syntliéticpie, veut des idées simples fpii se compreuueiU dès le premier coup d’œil ; or l’idée qui a présidé* à l’eulautemeut de la Xature et de la Tradition est trop complexe, tiop « spirituelle » pour être du domaine de la sculpture, c’est, si l’on veut, une amusante leçon d’est liétique, mais ce n’est pas une idée sculpturale; elle a de plus amené l’artiste à faire deux lijjurcs, l’une presque nue, et l’autre complètement drapée, qui ne se font pas équilibre. Ces réserves faites, nous n’aurons que des élo{>es à décerner au sculpteur, qui dans l’exécution de ces statues a montré sa science et sa conscience habituelles. A la Tradition, un peu trop directement inspirée de l’anti(pie, nous préférons la Nature, d’un aspect j)articulièremenl savoureux.
Notre artiste, au milieu de ces occupations diverses, mettait la dernière main à sa fi{jure allégoiicpie du monument de l»e{][nault. Il y travaillait en silence, j)rcsque mvstérieusement, surveillé avec uu soin jaloux par son ami Coqnart, (pii le défendait à f’rand’peinc contre les indiscrétions des amateurs et de la critifpie. IjC bruit, eu eflet, s était répandu, dans le monde des arts, (ju’nn chef-d’œuvre allait naître, et, de tous C()tés, on demandait à voir cette .lennesse, qui s’anuonçait comme une des plus exquises manifestations plasti(pies du siècle. Cbapu, sachant par expérience combien l’optiipie de l’atelier est trompeuse, et afin de se mieux rendre compte de son travail, exposa sa statue au Salon de LS75, où elle obtint un léjjitime suc(x;s et valut
à son auteur la médaille d’iiouueur. Elle u était ce|)eudaut
pas encore assez parfaite à sou gré, et, jusqu’au jour de l’inauguratiou, nous le trouvons eu coiiteiuplatiou devant sou œuvre, caressant d’un dernier coup de l’âpe un modelé un peu IVuste, acceutuaut un relief, supprimant un détail inutile.
[ie II août I87() fut, dans la vie de l’artiste, une de ces dates qui ne s’oul)lieut pas. Dans la cour du Mu l ier, ce paisible sanctuaire de l’Ecole des Heaux- Arts, dont le recueillement a bercé tant de rêves d’artistes, une petite élite était réunie. Plusieurs discours furent prononcés, dans les- (piels on rappela la triste journée du J b janvier 1871, la mort de Pieguault, et aussi celle des élèves de l’école dont les noms, plus ol)SCurs, devaient entourer, sur les colonnes du monument, le nom glorieux