‹ Chapu, sa vie et son œuvreChapitre 23 sur 66 · VI · texte numérisé non relu

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chacun d’eux, C.hapu a su choisir la note juste ; c’est dans l’attitude familière d’iiii pasteur eiiseignaut la Houue l’arole (ju’il représentera M{]ir David, assis, un cahier ouvert sur scs {jeuoux, taudis (pie, pour le mouiuueut de M{p' de lloiiuechose, il ue craindra pas nue certaine ampleur somptueuse de style et s’attachera au hel aspect plaslitpie, eu s’inspirant des {fraudes œuvres décoratives du (piiuzième siècle. Lu peu d’emphase ici ne messied pas, et l’oii ue peut (pi’admirer sans réserve cette maguifupie ima{j;e du prélat, traînant derrière lui le long Hot de sou manteau de cardinal. «Cette statue est un clu'f-d’œuvre, a écrit ,\1. liah'- « uestre : un chef-d’œuvre psychoIo{>i(pie si l’oii examine « la tête, ferme, éuerjpipie et vive, avec ce cli'juemeut « d’yeux et ce plissement des lèvres, d’une expression si « particulièrement hautaine et hue; c’est un chef-d’tcuvre « sculptural si l’on rcmarcpie l’cxtraordiuairi^ aisance, sans « nulle emphase ni redondance, avec latpielle le person- « nage porte, tout iii’êt à se mouvoir, la lourde masse de « ses vêtements et l’adresse avec lacpiclle, sans mescpii- « ncrie, toutes ces draperies sont jetées, superposées, « froissées suivant la nature du tissu, si l’on observe aussi « avec (picl sentiment décoratif sont [losés sous les genoux « de l’archevêgue sou cha[)eau de cardinal et, à sou coté, « sa longue crosse eu argent doré. Il y a là nue habileté a .< manier et à faire sentir les différentes matières ipii « dépasse de beaucoup toutes les habiletés italimmes, « parce (pie c’est une habileté jilus sérimise et [)lus dis- « crête, et toujours rigourcusemeut soumise à la pré- « occupation dominante et supérieure de l uiiité scu Iptu- « raie et de la haute expression morale.

CIIAPÜ.

liC nionmneiit de Mgr David fut achevé en 1890; quant à celui du caidinal de Bonnechose, il ne devait paraître aux yeux du public (pi’au Salon de 1S91, (pielques semaines après la mort de l’artiste. Revenons donc un peu en arrière et continuons de suivre pas à pas, à l’aide de sa correspondance, la vie du grand senlptenr. Klle est, comme par le passé, tout unie et tonte simple, et les amateurs d’anecdotes scabreuses et d’aventures l'omanestpies n’v trouveront rien qui satisfasse leur curiosité. Bien (pie sa personne, comme son talent, lui ait compiis d’universelles sympathies; bien (pie cbatpie matin son courrier lui a])porte de nombreuses invitations, les unes timbrées au sceau de la Bi'ésidence, les antres ornées de royales armoiries, il continue de vivre à l’écart. Cet onviier de génie mène la vie laborieuse et monotone d’iin ouvrier. liCvé de grand matin, il arrive pres(|ue toujours b; premier à l’atelier; un repas IViigal coupe seul, d’une benre de i‘e|)os, son labeur (piotidien (pii se prolonge jusqu’à la chute du jour. Des soirées, à moins d’obligations absolues, il les passe dans l’intimité du foyer conjugal, à lire on à crayonner en attendant mi sommeil (pii ne se fait pas attendre. l'bé comme hiver, il mené cette rude existence, prenant seulement |)endant la belle saison (piebpies semaines de repos, (pi’il va jiasser auprès des siens soit aux plages normandes, soit dans (piebpie station des l’yrénécs. S’il fait qnebjnel'ois de pins lointains vovages, c’est dans l’intérêt de son art; c’est pour aller, par exemple, à Scrave/./.a près de (’.arrare, choisir im bloc de marbre ou surveiller les praticiens ipii |>r(q)arent s(‘s statues; mais ces absences sont presque toujours de eonrtc diiiée et constituent pour lui une fatigue jilntot

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qu’au repos. Il est l’esclave de sa gloire, et, malgré le Ix'soiii (ju’il eu éprouve, il ue peut laisser aucun relâche à sou esprit surmené par une incessante production. Pour la première fois, en I88d, il secouera le joug et ira i’evoir à Home le modeste atelier où s’est écoulée sa jeunesse, li’aspeet nouveau delajjrande cité, transformée eu capitale moderne, le désenchantera quehpie peu, mais il retrouvera son enthousiasme et ses fraîches impressions d’autan devant les fresques de la chapelle Sixtiiie et les sc'ulptures du Vatican, (’.ette rapide excursion faite en compagnie de sa femme semble avoir rajeuni sou imagination. L’album qu’il a lappoi té de sou voyage; est plein de croquis d’une {p'âee originale et neuve où la pureté du goût autiepu; se combine avec je ne sais epielle fantaisie moderne d’um; piquante saveur. Il est permis de croire que, sans la mort prématurée du grand sculpteur, plus d’une jolie statue serait née de ces esquisses.

C’est probablement à la suite de ce voyage qu’il ari’êta la composition de sa première Danseuse, une charmante figure qui, dans le vestibule de l’iiôtel l*ereire, fait face à une œuvi’c analogue du seidpteur Schœnewerk. Enveloppée dans les mille plis d’une draperie transparente qui permet de suivre les molles ondulations de sou jeune corps, la tête couronnée de roses, elle semble mimer quebpie danse sacrée d’Orient, au rythme voluptueux et lent. H y a là un mélange heureux de deux idéals. lie style dans lecpiel est coueue la légère drapeiâe qui épouse les foi ines (h; sou corps vient dii’ectemeiit de l’antique, tandis <pie l’élégante gracilité des formes, la finesse des extrémités et la grâce mutine du visage lui donnent un caractère plus moderne.

CHAPU

Cette délicieuse iinajje inspira à un des plus Hus amateurs de ce temps, M. le baron de llotlischild, le désir d’en posséder une semblable. Cliapu, eu s’inspirant de sa première statue, sans lui lien emprunter toutefois que le sentiment fjciiéral, exécuta mie seconde danseuse ipii fut exposée an Salon de l<SÎ)0. Nous ne saurions en donner une meilleure description ipie cette page dcM. Lalencstre : « Si (picl(|ue « ebose, dit l’éminent critique, pouvait nous rap|)cler les « gracieuses ligures de Tanagra, avec leur âim; divine, « avec la grâce naturelle et saine de leurs beaux corps, « aviM' la bienveillance ])aisible et douce de leurs Irais « visages, avec le balancement noncbalant et souple de « lems attitudes barmonienses, ce serait plutôt la Danseuse de M. Cbajni. Ce n’est pas qu’il soit plus insensible ipie « ses confrcies aux séductions de la nature vivante, ni (pi’il s'enferme dans la contemplation d’un idéal depuis « longtemps réalisé. Il snilit de rejjarder cette danseuse « j)onr constater chez elle, dans l’air lin, sinon coipiet di; « la petite tête, soit dans la façon de poser les pii'ds, soit « dans la manière d’ouvrir à la hauteur de sa tête et » d’agiter l’éventail, comme dans la forme même de cet « éventail, tontes sortes de traits pris sur le vif et d’une « réalité tonte fraîche. Ainsi, sans nul doute, les céramistes i< de l’Hellade saisissaient, chez les belles promeneuses, « certains traits caractéristiipies ipii leur suffisaient pour ■< tlonner de la vie à lems figmines sommaires, moins « copiées que révées. C’est avec cette même aisance (pie i< M. Cliapn semble transposer, par un travail d’imagina- « tion saine et liien cultivée, tons les éléments ipie [icnvent « lui fournir ses modèles, en sorte (pie cette jeune dan-

llôlel l’ereire.

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« seiisc, antique par le costume et par la pureté ferme de « la forme, modci ue par la vérité du geste et la grâce de « l’expression, nous conduit doucement vers le rêve et « l’idéal par la sensation juste et nette de la réalité. »

One dire du groupe eu marbre des Frères Gnli<jniani (1), que Cbapu exposa au Salon de IS88? Faut-il seulement, avec la plupart des critiques, louer l’artiste d’avoir tiré le meilleur parti |)ossible d’un sujet ingrat et peu sculptural ? L’œuvre, à notre avis, mérite mieux (jue ce chétif éloge. Il y avait une redoutable dilHculté à vaincre dans ce groupe, (jui devait représenter, vêtus de leur redingote traditionnelle, deux pbilautbropes d’origine anglaise dont la vie avait été un toucliaiit exemple d’amitié fraternelle et

(1) Antoine et William Gali|'ni:ini, éditeurs français, nés à Londres, le premier en 17U(), le seeond en fondèrent à Caris un journal anglais, le Galigniani's

Messcnijer ; le succès île ce journal leur valut une fortune considéraMe, dont ils Hrent toujours le plus cliaritalde usage. A leur mort, ils en partagèrent la plus grande partie entre différents établissements de bienfaisance.

A propos du monuiiicnt des frères Galigniani, Gbapu écrit à un de scs amis la lettre suivante, ipie nous jugeons intéressante à reproduire :

U ... Tu me demandes si je préfère le marbre au bronze? En principe, oui, je le •> trouve plus monumental, plus digne, mieux assis sur le sol. On a fait abus du » bronze, et il est maintenant de mauvaise i|ualité, rempli d’alliage de zinc; il Il devient d'un ton noir désagréable, comme les vieilles bottes ipii ont longtemps « séjourné sous Tcau. l,e métal des Relier ne se fait plus... De plus, il faut au U bronze un cadre ipii le détache en silhouette, et généralement il se perd sur des « fonds troués ou bariolés.

■> L’ombre blanclie de la statue de marbre, qui se dresse comme uu inenliir sur “ notre horizon gris, me parait plus poétique et plus digne. Cour ce qui est de sa « durée, en regardant dans le passé, c’est encore le marbre qui a le mieux résisté. U Taillé, il n’a plus aucune valeur; on ne peut en faire que de la chaux. 11 est dif- II licile à remuer et déconcerte toujours une malveillance momentanée, tandis Il qu’un coup de pince peut jeter à bas un monument de bronze, et un seul honiinc Il y suffit. La matière a en outre une valeur intrinsèque... c’est pourquoi il ne nous Il reste que île rares morceaux en bronze de l’antiquité ou de la Renaissance. Les U dieux mêmes ont été transformés en robinets...

Il ün pourrait s’étendre longuement sur ce sujet. En tout cas, j’affirme qu’un Il marbre ex])osé ;i l’air peut durer deux ou trois cents ans. Si on peut l’abriter, sa Il durée est illimitée... »

Cil APÜ.

d’inépuisable charité, deux gentlemen pleins de respectabilité, dont la figure débonnaire et les vertus bourgeoises étaient plutôt pour tenter la plume d’un Dickens <pie le ciseau d’un Cliapu. En ti’aitant le sujet d’une main trop familière, on risquait de verser dans le trivial, et, d’autre part, l’empbase eût pu paraître une ironie. Cbapu sut éviter ces deux écueils à force de sincérité intelli{jent(' et de bonhomie. Il avait tout d’abord proposé à la ville de Corbeil, (|ui faisait les frais du monument, un premier projet dans lequel les deux frères étaient assis côte à côte sur un banc de pierre à large dossier, discutant le plan d’un établissement de bienfaisance dont ils devaient doter le pays. Adossé à la façade de ce monument, ou se détachant sur la verdure de (pielque square, ce groupe eût parfaitement convenu aux discrètes vertus de ceux qui l’avaient inspiré; il n’eut cependant pas le don de plaire au comité local, qui v vit toutes sortes d’intentions, bien loin assurément de la pensée de l’artiste : « ^I. Antoine, est-il dit dans le rap- II port qui fut envoyé à Cbapu à cette occasion, semble Il demander impérativement à son frère l’apj)robation du Il plan, et celui-ci, étendant la main droite en l’air, paraît Il effrayé du sacrifice qu’on lui impose... Il serait fâcheux Il (pie cette pose pût être interprétée de cette façon; ce Il serait jeter dans le public une défaveur sur l’un des deux Il frères, lesipiels cependant étaient si réellement et si Il parfaitement unis pour faire le bien. »

Si nous relatons ce détail, ces puériles controverses, c’est pour montrer une fois de plus comliien l’initiative des artistes est maladroitement enchaînée dans l’exécution de tels ouvrages, et combien leur talent doit être doublé de

u:s FiïKiîKS (;au(;mam

IVeiiiier projet pour Ir n.onunuMit dr Corbeil

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patience pour arriver à un résultat favorable. (Juoi qu’il en soit, notre sculpteur déféra une fois de plus aux critif|ues (jui lui étaient faites et fit une seconde es(|uisse qui fut acceptée. Dans ce projet, William et Antoine (jali^iniani sont placés l’iin près de l’autre en des attitudes familières qui indiquent à la fois leurs habitudes de collaboration intellectuelle et leurs rapports de confiante affection. I^’un d’eux, assis sur un fauteuil, près duquel est empilée une collection du Galifjniani’s Messenger, tient un plan déployé sur ses genoux, et relevant la tête vers son frère, debout, à sa gauche, semble l’interroger. Celui-ci, appuyé sur le bras du fauteuil, une main dans la poche de son pantalon, se penche d’un air bienveillant pour approuver. L’artiste a pris bravement le parti de représenter ses personnages tels (pi’ils étaient, sans atténuer en rien les laideurs de leurs vêtements modernes. Nous pourrions profiter de l’occasion pour rééditer les habituelles doléances des criti(pies sur la disgrâce de nos ajustements masculins, disgrâce (pii, depuis David (I), a fait le désespoir de tant de sculpteurs. Mais â cela (pie faire ? Et ne vaut-il pas mieux, en somme, (pi’un homme de ce temps apparaisse â ses arrière-neveux avec ce vêtement ridicule, que drapé dans

(1) David (d’Anoerg) avait l’horreur du cogtume moderne, et gouveiit il déplore rohlijiation où sont quehjuefois les sculpteurs d’avoir à tailler dans le marhre des habits et des bottes. Chaque fois qu’il le pouvait, d’ailleurs, il esquivait la difficulté, soit en ayant recours aux draperies d’un manteau, soit en représentant ses héros nus ; « L avenir n a pas besoin de nos costumes ridicules... Les savants, les poètes, les artistes et les orateurs peuvent être représentés par le statuaire nus et drapés. Un accessoire habilement choisi, en indiquant ce qui particularise le personnage, permet de désigner l’époque à laquelle il a vécu. » Cette théorie, explicable chez un artiste qui avait vu le jour aux premiers temps de ce siècle, alors que tout était « à la romaine » , est partagée par un certain nombre de critiques, notamment par Alfred de ^lusset, qui dit dans son Suloii tic 1836 ; 11 ni est impossible

de comprendre le vêtement moderne en sculpture. »

en APü.

line toge romaine, ou dans la demi-nudité d’un personnage liéroïfjue? Les célébrités contemporaines que l’on a ainsi accoutrées ont toujours fait piètre mine, et, quoi qu’eu ait dit David d’Angers, il vaut mieux aborder franchemeut nue difficulté qui — Chapu l’a prouvé — n’est pas iusurmoutable. Ayons le courage de nous montrer avec nos vêtements modernes, a dit avec beaucoup de bon sens un critiipie, puisipie nous n’avons pas le courage d’eu cliauger... La postérité sera peut-être plus indulgente pour nous que nous ne le sommes nous-mêmes, et nos descendants trouveront certainement un attrait pour leur curiosité historique dans ces ajustements, si singuliers (pi’ils puissent être, comme nous en trouvons nous-mêmes un très vif dans l’exactitude de certains costumes bizarres du moyen âge ou du dix-septième siècle qui n’étaicut pas, après tout, ni mieux adaptés que les nôtres à la forme du corps, iii plus soumis à ses mouvemeuts, ni plus expressifs dans leiii’ froide rigidité ou dans leur hypocrite luxuriance.

L’année suivante (1889), Cliapii fut appelé à la présidence de l’Académie des beaux-arts. Ces délicates fonctions ne laissaient pas d’effrayer sa modestie; il les remplit toutefois à la satisfaction générale, et, dans les uombi’euses occasions où il fut appelé à prendre la parole, il trouva dans son cœur des accents émus et simples, plus près souvent de l’élo(jueuce (jue de la banale phraséologie officielle. Cette loui de charge <{ui lui incombait l’empêcha de prendre à l’Exposition uiiiveiselle une part aussi active (ju’il eût souhaité. Il contribua cependant à la décoration du Palais des machines par un groupe colossal, la V njjeur, que l’on peut ranger parmi ses meilleurs ouvrages. La grande Force

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luoclerne est représentée par une femme rpii , dans un mouvement d’ime grâce adorable, va prendre son envolée vers le ciel, quand nn robuste ouvrier l’étreint de ses bras vigoureux; ingénieuse conception où se retrouve, comme dans d’autres œuvres de l’artiste, un heureux mélange de {fi'âce antique et de pittoresque moderne.

On peut voir encore aujourd’hui la Vapeur, <pii fait pendant à nn groupe de barrias, V Klectricilé ; il est regrettable toutefois que l’Etat, poussé par des raisons d’économie, n’ait pas cru devoir reproduire ces œnvies dans une matièi'e plus durable, car l’enduit de silicate dont on les a revêtues, appliqué prématurément sur le plâtre, se détache peu â peu en croûtes épaisses, et il est â craindre que d’ici peu ces deux belles œuvres ne soient iirémédiablement comju’omises. Dans la section de sculpture, (lliapn avait ('uvoyé la statue du jeune Desmarres, une Peinture, destinée au musée Galliera, et plusieurs bustes, entre autres celui du président Carnot, que de nombreuses épreuves en biscuit de Sèvres ont popularisé, et où il a très henrensement rendu, dans sa correction nn peu gourmée, la fqpire impassible et régulière du chef de l’J'itat. Il était en même temps représenté au Salon des Champs-Elysées par une fi};ure en haut relief, {'Espérance , pour le tombeau tlu comte Tyszkiewicz. C’est une femme au regard mélancolitpie et grave, assise sur un rocher contre lequel se brise la mer; de la main droite elle montre le ciel, tandis que de la gauche elle se l’etient au rocher. On retrouve dans cette figure scs qualités habituelles d’élégance et de pureté classiques, et s’il est permis de regretter que des draperies, un peu lourdes peut-être, voilent trop discrète-

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ment le rytlnne majestueux de ce beau corps de femme, on ne peut qu’admirer l’impression de tristesse résif^née et sereine qui se dégage de l’œuvre.

Heureux le mortel qui, touchant aux noirs confins de la vie, lègue à ses enfants une bonne renommée, le plus précieux de tous les biens! Nous trouvons cette mélancolique pensée notée sur un des albums de Chapu pendant l’année ISOO. Sans doute, il l’a transcrite pendant un de ces longs jours d’biver où la maladie l’a cloné dans son lit. Sa santé, en effet, a subi une assez grave atteint', et pendant plusieurs semaines il a du vivre éloigné de ses cbers ateliers. INIalgré sa vigueur déclinante, il trouvera la force de mener à bien différents travaux depuis longtemps commencés, et cette année ne sera pas moins féconde ({ue les précédentes. C’est pendant ces longs mois d’biver (pi’il achèvera son fronton de la nouvelle Sorbonne, une statue de saint Germain pour le Panthéon, un bas-relief en bronze pour le tombeau d’une grande dame américaine au Père-Iiachaise, et le tombeau de Mlle Labiche, cette charmante création dont nous avons déjà parlé et qu’on regrette de voir perdue dans un modeste cimetière de campagne, l'bi même temps qu’il esquissera cent projets divers pour le monument de Félicien David, pour la statue de Balzac et celle de Millet, il trouvera encore le temps d’achever les bustes de !NIM. Zograpbos, de Cbarton, de Tbiers, de Dervillé et de son vieux camarade Danmet, et aussi la médaille de M. Bapterosses, sa dernière œuvre, croyons-nous, dans ce genre.

A peine convalescent, il ne ciaint pas d’aller braver.

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dès le printemps, le rude climat de Seravezza, où il veut terminer le monument de Flaubert que ses praticiens ont été ébaucher sur place. Il y demeure plusieurs semaines, travaillant avec l’entrain de ses premières années, faisant des « séances de si.\ heures » et ne s’arrêtant qu’à la nuit, si fatigué qu’il s’endort au milieu de son repas. Le bruit de son séjour en Italie est venu jusqu’à Lucques, dans la paisible retraite du comte de Nieinverkerke qui, jadis, a protégé les débuts de l’artiste. Malgré ses quatre-vingts ans, l’ancien surintendant des Beaux-Arts vient visiter Cbapu. Notre sculpteur se montre tout confus de cet honneur et admire la bonne grâce et l’intelligence alerte de ce superbe vieillard, qui lui donne, an sujet de Flaubert (pi’il a personnellement connu, de précieuses indications.

(’.bapu n’a ]>as encore terminé sa besogne que des lettres pressantes le rappellent à Paris; mais sa lassitude est telle qu’il croit devoir prendre une semaine de vacances. Le duc d’Aumale l’a plusieurs fois invité à venir le voir en Sicile; notre scnlpteur profitera de l’occasion, et, au lieu de retourner à Paris, se rendra directement à Naples pour, de là, gagner Païenne. Le voilà en chemin de fer, notant, suivant son habitude, ses moindres inqn'essions : « Le soleil baisse, éclairant les montagnes à l’horizon ; « je reconnais l’Ftrurie et cette campagne romaine que j’ai « si souvent battue autrefois... Gomme c’est loin! » Il ne tait que traverser Borne et arrive à Naples, où les impressions de sa jeunesse lui reviennent en foule avec les souvenirs de ses excursions joyeuses à Capri et au Vésuve, en compagnie de Gaillard, de Bizet, de tant d’antres qui ne sont pins. Bien de changé d’ailleurs. « C’est toujours la

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•I même ville, gaie, bruyante et sale; c’est toujours devant a le quai le même splendide panorama. » Mais le vapeur qui doit le transporter en Sicile est déjà sous pression. Il n’a que le temps de faire au Musée un court pèlerinage. Le lendemain, après une traversée de douze heures. Païenne lui apparaît au milieu des brumes du matin, bien encadrée par des montagnes d’une belle silhouette, dans un décor qui sent l’approche de l’Orient.

I.a réception que lui fait le prince l’enchante : « Nous avons fait le tour du parc, c’est un véritable paradis; d’iinmenses bois de citronniers et d’orangers couverts de fruits, la })lus belle végétation rassemblée dans un nid de verdure... La laiterie est surmontée d’un belvédère d’où l’on a une vue splendide sur toute la campagne; les clôtures sont fait(;s d’épais massifs de rosiers aux Heurs d’un pourpre sombre. » « ...Hier, nous avons visité Agrigente. I.c chemin de fer « nous a conduits à la côte sud de l’île, celle qui est la plus « rapprochée de la côte d’Afrique. L’intérieur de l’ile est

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i< montueux, pas très élevé; les moiita(;nes sont arides; « quelques villajjes perchés sur ces souuuets pierreux et « groupés déjà à la manière de l’Orient... Sur une éiui- « iieiice (|ui domine la mer, une ligue de tcmj)Ies se des- II sine; deux sont encore debout; les autres ont été reii- ■< versés par les tremblements de terre ; eolouues et « chapiteaux gisent disjoints et ruinés sur le so 1. \ ous « avisons le mieux conservé, le temple de la Concorde, et, « après l’avoir visité, nous déjeunons dans l’omlu-e d’un « mur, ayant devant les yeux un panorama superbe : en « lace de nous, la mer, (jui, secouée par le siroco, a des « teintes d’opale, et à droite et à gauche les côtes de Sicile « (pii se perdent dans l’éloignement en silhouettes fines et « lé{jères. La pierre des temples est d’un beau jaune doré « (pii contraste bien avec la pâle verdure des oliviers; on « se croirait en Grèce.

« Nous sommes allés voir, à sept kilométrés de la ville, « l’église de Monreale, une des pins belles choses du « monde, dans le genre de Saint-Marc de Venise, ('-glise « couverte de mosaupies d’une très belle ordonnance. »

Ce voyage semble avoir laissé dans l’esprit de Cbapn une impression ineffaçable... Il voulait y i-etonrner l’année suivante, et de là aller en (irèce. La mort ne le lui permit pas.

Ifien (pic dans ces dernières années Cbapn n’ait donné aucun signe de défaillance, la critique ce[)endant semble lasse de le couvrir de fleurs, et les éloges (ju’on lui décerne n’ont plus la même unanimité. Heaucoiip l’écrasent sous le poids de sa propre gloire, lui opposant sa Pensée, sa Jeu-

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uesse ou son Iinniorlalitë; quelques-uns même, saluant avec une ferveur peut-être exagérée l’aurore de certaines réputations nouvelles, eu profitent pour attaquer irrévérencieusement l’idéal de Cliapu dans ce qu’il a de pureté classique et de grâce un peu convenue.

Ces bruyants sectateurs, d’un certain naturalisme, allaient avoir beau jeu â l’occasion de la figure que Cliapu composait pour le monument de Flaubert. Quoi ! pour le vigoureux prosateur qui avait signé Madame Bovary, avoir choisi ce doux et tendre poète ! Avoir accepté rpic le talent hardi jusqu’au cynisme du maître roucunais fût persouuifié par cette J évité d’uue convention toute classique, â laquelle ne luampie aucun des accessoii-cs traditiouuels ; ni le puits, ui le miroir, et cpii, par-dessus tout, avait la prétention d’être vraie tout en restant belle! Il y avait là un beau thème â développer pour tous ceux ipii reproebaient à notre sculpteur de n’être pas assez « vibrant ». f'xposée au Salon de 18î)0, l’ieuvre y obtint cepeudaut un légitime succès.

('.omme la Pensée et V Immortalité, le mouument de Flaubert se compose d’une figure allégorique se détacbaut eu haut relief siu- nue table de marbre rectangulaire, dressée dans sa liauteur. Dans ce fond, l’artiste a gravé sur un pan de rocher les titres des principales œuvres du romancier, que surmonte son image. Un laurier planté dans le sol sc dresse et vient courber ses branches comme pour encadrer le jmrtrait de l’écrivain. Fn avant, assise sur une colonne, une jeune femnu' nue, ayant un livre ouvert sur les genoux, s’accoude du bras droit à un rochei', une plume à la main, et semble réllécliir profoudémeut. « Si l’on jugeait cette

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