NOTICE ET PIÈCES LITTÉRAIRES
quelques moments de loisir. Aussitôt qu’il était libre, il reprenait sa j)lume et ses crayons. Un heureux hasard le servit. Dans la pièce où il travaillait, se trouvait un huste de Louis XVI. Il vint à l’idée de Lemaire de chercher à reproduire les traits du monarque. Il le fit avec tant de bonheur que M. Léonce de Fieuzal, professeur à l’Académie, sous les veux de qui le dessin tomba, fut frappé des dispositions de l’enfant; il décida ses parents à le renvover de nouveau aux cours de l’Ecole ; Lemaire allait entrer alors dans sa douzième année.
Les progrès de Lemaire furent rapides. C’est qu’en effet si sa vive intelligence le servait à souhait, il ne pouvait, d’un autre côté, que tirer grand profit des conseils expérimentés d’un maître qui l’affectionnait l)eaucoup.
Scs asj)irations, d’accord avec les vues de M. Léonce de Fieuzal, le déterminèrent à étudier l’art de la sculpture.
Pensionné par ses compatriotes, le jeune Valenciennois se rendit à Paris, où il entra d’abord dans l’atelier de Milbomme et devint ensuite l’élève de Cartellier. Il obtint le grand prix de Home en 1821, avec une composition : Alexandre le Grand chez les Oxydraques.
Ses envois furent nombreux et lui valurent les éloges de l’Académie. On remarqua principalement la statue d’une Jeune fille tenant un papillon, o?uvre gracieuse, et le Laboureur de Virgile, encore aujourd’hui dans le jardin des Tuileries.
De retour à Paris, Lemaire allait tenir les promesses qu’il avait fait concevoir comme pensionnaire de la Villa Médicis. Protégé en haut lieu, il vit les commandes affluer à son atelier, où se succédèrent, en quelques années, la statue du duc de Bordeaux, un groupe de la Vierge, de VEnfant Jésus et de saint Jean, le tombeau de Mlle Duchesnois, la statue de V Espérance pour Notre-Dame de Lorette, celle du prince de Condé et, digne pendant de la Psyché au papillon, la statue d’une Jeune fille ef frayée par une vipère.
Un concours, ouvert pour la décoration du fronton de la Madeleine, et dans lequel il l’emporta sur ses rivaux, vint lui
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permettre d accroitre et de justifier sa réputation d’une façon plus éclatante.
Lemaire, heureusement insfùré dans le choix de son sujet, exécuta ce has-relief que tous connaissez tous. Messieurs, et qui est. à juste titre, considéré comme son œuvre capitale. La composition en est claire; le Christ occupe le centre du fronton, la Madeleine est à ses pieds ; d’un côté l’Ange exterminateur terrasse les Vices, de l'autre les Vertus s'avancent comme pour appuver la prière de la Pécheresse repentante. L'ensemble de ce grand travail, d'une belle unité, s'impose au regard. L'aspect en est magistral, le stvle large et simple. Les mérites de l'exécution, brillante dans une partie, sobre dans l'autre, viennent compléter un des plus beaux morceaux de sculpture décorative qu'ait produits notre école moderne.
Lemaire, alors âgé de trente-six ans. était dans la plénitude, dans toute la force du talent.
A dater de cette époque, on vit sortir de son atelier la statue équestre de Henri /T, qui décorait la façade de l'ancien Hôtel de ville, la statue de Thémistocle, qui est aux Tuileries, le l^asrelief de Marceau pour l'arc de triomphe de l'Etoile, la statue de Racine placée dans notre salle des séances, celles du maréchal Chei'crt à Verdun et du général Hoche sur une place de Versailles, le fronton do palais de justice de Lille, et, destinées à la galerie du château de Versailles, les statues de Louis XVI et de Kleber.
Parmi ces œuvres, qui toutes lui font honneur, je crois devoir signaler spécialement à votre attention la statue de Henri IV, bronze parfaitement traité et dont l'effet répondait bien à sa destination, ainsi que le bas-relief de Marceau, dont la l>elle ordonnance n'a pas été sans vous frapper.
Lemaire venait d’achever un bas-rehef pour la colonne de Boulogne lorsque, dans le cours de l'année 1 840, il se rendit en Russie, où il avait été chargé par l'empereur Nicolas d'exécuter deux frontons de dimensions colossales pour l'église de Saint- Isaac, à Saint-Pétersbourg : la Résurrection du Christ et Saint