‹ Chapu, sa vie et son œuvreChapitre 32 sur 66 · CLAUDE-FERDINAND GAILLARD · texte numérisé non relu

CLAUDE-FERDINAND GAILLARD

(23 janvier 1887)

.le vicnp au nom de ceux qui t’aimaient, tes parents, tes amis, tes camarades de l’atelier Cognietetde l’Academie de Home, que le coup si Itrusquc qui les atteint a tous consternes.

,1e ne ferai pas l’élof[e de tes travaux, ils sont connus dans toute l’Kuropc. Les qualités qui distinguaient ton talent méritent une appréciation raisonnée, et, dans le trouMe de l’heure présente, je ne veux songer qu’à l’ami perdu.

Tu avais en toi les qualités natives qui font les vrais artistes : le culte élevé de l’art, la volonté sans défaillances et cette simplicité du croyant qui fait l’amc clairvovantc.

.le t’ai suivi depuis le jour où, quittant les lions Prcrcs Ignorantins du Gros-Caillou, tu passas par l’École de dessin, l’atelier Gogniet pour te rendre à R«me, où t’appelait ton titre de Pensionnaire de l’Académie de France.

Là, chacune de tes années était marquée [lar un voyage d’étude. Tantôt tu revenais de Naples, épris de l’antiquité, tantôt de Venise, plein d’enthousiasme pour les Vénitiens, de Florence, pour les primitifs Toscans. Ceux-là t’ont charmé longtemps; ils t’ont rappelé souvent.

CHAPÜ.

Tu as su puiser dans ces contacts multiples, dans cette succession d’études cette puissance d’assimilation, qui a fait le charme de ton talent, et que l’on se plaisait à louer comme l’une de tes qualités orifjinales.

Tu n’étais pas un homme de transaction. En face d’un maître, en présence de la nature, tu te plaisais à fouiller, à pénétrer la forme ou le procédé, et c’est dans cette recherche patiente, dans cette observation passionnée que tu as conquis la haute expérience qui seule permet à l’homme de laisser après lui des œuvres solides; <|ui seule, dans les arts, constitue la personnalité.

De quelle nouvelle et juvénile ardeur tu fus pris devant ces deux chefs-d’œuvre que la France attendait de ta main savante, la Joconde et la Cène de Léonard !

A t’entendre, ce que tu avais produit jusqu’à ce jour ne valait plus la peine d’étre compté ! Tu allais te surpasser toi-méme ! Tu demandais à vivre, afin de donner ta mesure!...

Pauvre ami! nous pouvons juger ton chef-d’œuvre entrevu, par ceux qui nous restent de toi !

Tu n’as eu qu’une seule ambition, celle de mieux faire, et c’est à cette soif des grandes âmes que tu t’es sacrifié!

Dédaignant le bien-être pour toi-méme, tu n’as cessé de faire un noble usage de ce que tu as acquis par tes ouvrages !

Simple et bon, ainsi t’ai-je connu aux jours lointains de nos débuts, ainsi es-tu resté jusqu’à ta dernière heure!

Ce n’est donc pas sans raison que, par une attention touchante, on t’a revêtu pour ton dernier sommeil de la robe de hure des Franciscains. Il est bien vrai que tu es demeuré durant toute ta vie un vrai disciple de saint François ! Ton àme est allée rejoindre le bienheureux modèle qu’elle s’était choisi.

Adieu, mon cher Gaillard, adieu!

Puisse le témoignage unanime de nos regrets apporter un peu de consolation à ta vieille mère accablée, à ta famille, privée de son soutien !

MKDAILLE DE GIBEIIT.

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