‹ Chapu, sa vie et son œuvreChapitre 33 sur 66 · GUSTAVE BOULANGER · texte numérisé non relu

GUSTAVE BOULANGER

(24 septembre 1888)

Messieurs,

Après les trois deuils successifs qui, en quelques mois, avaient frapj)c notre compagnie, après les pertes que nous venions de faire de MM. Questel, Hertinot et François, il semblait (ju un repos de la mort, coïncidant avec les derniers beaux jours, devait nous être accordé : aussi, la nouvelle du triste événement qui nous réunit aujourd’hui autour de ce tombeau estelle venue nous surprendre, confiants, et lorsque nous étions à peu près tous dispersés.

L’Académie m’a délégué la pénible mission d’adresser le dernier adieu à notre cher confrère Gustave Boulanger,

L’affection que vous aviez pour lui. Messieurs, et qu’il avait su si bien gagner, malgré le peu d’années qu’il lui a été donné de passer parmi vous, rendra, j’espère, ma tache moins lourde, quelque douloureux qu’en puisse être pour mol l’accomplissement.

D’ailleurs, c’est un simple adieu que je viens dire, car il m’est im[)ossible, à cette heure, d’apprécier comme il conviendrait

CH APC.

une œuvre aussi considérable que celle qu’a laissée notre ami.

Elève de M. .lollivet et de Paul Dclarochc, Gustave Houlanger dut à scs maîtres le goût et l’hal)itudc d’un dessin ferme et arreté, (irand prix de Rome en 1849, il s’éprit en Italie de l’anti(juité, et scs connaissances archéologiques lui permirent de donner à des sujets antiques une réalité imj)révuc, une vraisemblance toute nouvelle.

L’.Vlgérie, avec le caractère pittoresque de ses scènes, la beauté àj)re de scs tvpes dessinés et modelés comme des bronzes, et qu’il sut rendre aussi ingénieusement que fidèlement, a été pour une l>onne part dans la réputation qu’il s’est justement ac((uise.

En résumant ces études variées dans des peintures décoratives qui lui furent confiées à la mairie des (îobelins et au fover du nouvel Opéra, il acheva de marquer sa place parmi les artistes éminents de l’école contemporaine, et en 1882 vos suffrages l’appelaient à remplacer Lelimann dans notre comj)agnie.

.le ne puis oublier dans cette troj) rapide esquisse renseignement, auquel il consacra beaucoup de tciups et un infatigable dévouement.

Ses nombreux élèves, dont quelques-uns certainement m’entendent, ont pu apprécier ses (jualités de professeur, son jugement net et précis : c’est à eux, à leurs souvenirs, à leur gratitude que j’en appelle.

Pour nous ses confrères, scs amis, nous n’oublierons jamais son caractère cordial et droit, sa bonne humeur communicative, partant d'un fonds de bienveillance naturelle et d’un calme de la conscience (jui l’a conservé jeune jusqu’à la fin.

Si une consolation peut nous rester, c’est que les souffrances ' des derniers jours lui ont été épargnées. 11 part avec l’affection de tous, et c’est au nom de tous que j’en apporte le témoignage ému sur sa tombe.

.Vdieu, mon cher Roulanger! adieu!

Mi

DISCOURS

PRONONCÉ PAR ClIAPU

COMME PRÉSIDENT DE L’ACADEMIE DES BEAUX-ARTS A LA SÉANCE SOLENNELLE DU 15 OCTOBKE 1881).

Messieurs,

La séance f[ui nous rasscmhle aujourd’hui nous impose une double tache, celle de jeter un regard sur l’année qui vient de s’écouler et de couronner les jeunes lauréats sortis vainqueurs des concours.

La présence des familles, des professeurs et des amis lui donne cet aspect de fête que nous aimons à revoir chaque année; mais comme le voyageur qui entre dans Rome, en passant par la voie Appienne, et qui, avant de franchir l’enceinte, salue les tombes des morts illustres, je veux avant tout remplir un pieux devoir en honorant avec vous la mémoire tle notre legretté confrère Alexandre Cabanel, mort au commencement de cette année.

La nomenclature des œuvres d’un aussi éminent artiste est trop longue et la signification en est trop haute pour qu’il convienne de ne les indiquer ici qu’en passant. Notre secrétaire pcipétuel vous en parlera mieux que moi dans un instant, .le me bornerai donc à vous dire (jue, malgré les cruelles souffrances des derniers jours, Cabanel travailla sans relâche justpi’à

CHAPU

la tin. La mort vint le surprendre, et cette main qui traça et anima tant d’anivres graves et cliarmantes s’immobilisa pour jamais alors qne, pour ainsi dire, elle tenait encore le pinceau. Lue vie si bien remplie est un exemple pour les artistes dont la vie commence. Puissent-ils le comprendre et n’en jamais perdre le souvenir !

.le dois joindre à l’hommage rendu à notre confrère celui d’un donateur qui a confie à notre Académie le soin d’accomplir ses dernières volontés (I).

Après avoir rappelé ces souvenirs qui ne justifient que trop notre deuil ou qui s’imposaient à notre gratitude, j’ai plaisir à féliciter aujourd’hui nos jeunes lauréats jiour qui le Prix de Home ouvre si heureusement la carrière. Plus tard nous leur demanderons de nouveaux et plus grands efforts, mais aujourd’hui nous nous joignons à toute l’assemblée pour les applaudir.

Votre avenir. Messieurs, dépendra de l’emploi de ces quelques années que vous allez passer, sans souci matériel, sans arrière-pensée étrangère à l’art, de ces années qu’il vous sera donné de pouvoir consacrer entièrement à l’étude. C’est le plus beau rêve que puisse faire un artiste, et vos maîtres qui ont joui autrefois du privilège qui vous est accordé aujourd’hui recommenceraient volontiers leur apprentissage dans les heureuses conditions où vous allez faire le vôtre.

Sovez dignes et respectueux vis-à-vis des obligations qui vous sont prescrites — une longue expérience en a établi l’utilité — et soignez toute chose avec la plus grande attention, il n’y en a pas d’indifférente.

On demandait à Pmphaël comment il avait j)u acquérir ce talent supérieur; il répondit : « En cherchant à faire toujours de mieux en mieux. »

Ne rêvez |>as de trop grandes choses : un objet d’importance

(t) Nous üilicttuiis un passage relatif à differents legs faits à rAcadt-inie par le peintre .Vnaslasi et les frères Galigniani.

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