GU A PU
lîins (l), chaiTier de l’eau, nettoyer... je dormirai ce soir sans remords, et il est présumable que je dormirai bien, .le me suis arrêté à un mouvement très simple; tout sera dans l’exéeution... j’ai un modèle superbe, un Uomain des beaux temps... »
(le travail, que Cliapu doit exécuter de grandeur nature, l’occupera tout l’biver. Dix fois, découragé par des difficultés d’exécution auxrpielles il n’est pas encore rompu, il sera sur le point d’abandonner son œuvre, dix fois aussi il j)i’cndra l’iiéroique résolution de détruire certaines parties pour les relaii'e. Malgré son labeur opiniâtre, il déses[)ère d’avoir fini en temps utile, lùi effet, la veilb* du jour fixé j)Our l’exposition à la Villa, dans un moment de mécontentement il l’éduit en poudre la partie supérieure de sa fi{fure, au grand cbagrin de Scbnetz, (pii n’a cette année-là presipie riini à montrer an public romain. Cela, au reste, importe peu à Cbapu; ce (pii l’occupe surtout, (^’est l’Institut; ce (pi’il veut, c’est forcer Paris à lui décerner des éloges. Cn vaisseau, cependant, est dans le port, prêta porter en France les œuvres des pensionnaires, et le Semeur n’est pas terminé. Pour avoir le temps de donner à sa figure le deruicr coup de pouce, notre artiste use de tous les moyens; il obtient même la complicité du mouleur qui réclamera un délai dont il n’a pas besoin; enfin, la tête fatiguée par ce continuel effort, n’y voyant pins, il abandonne à regret ricuvre imparfaite encore à son gré.
Pendant l’biver (pii venait de s’écouler, à l’Académie, les choses avaient suivi à jieu près leur train liabituel. Vers la
(1) Espèce lie bouilins de terre ;i modeler.
ENFANCE ET JEUNESSE
fin de janvier, nne génération de prix de If orne avait quitté la Villa, remplacée (jnehpies semaines pins tard par de nouveaux lauréats (I). Cette arrivée des nouveaux était pour les jeunes artistes nne occasion de fêtes joyeuses et de farces sans méchanceté. D’ordinaire, on peignait aux arrivants sons les conlenrs les pins fâcheuses cette existence de })cnsionnaire ([u’ils se figuraient si l iante et si belle. Aux portes de Home, ils étaient reçus par leurs camarades, qui leur faisaient les pins lamentables récits. I^a moitié des pensionnaires étaient atteints d’ophlalmics dangereuses (plusieurs, pour donner pins de créance à ces récits, portaient des Innettes bleues). Celui-ci, en rentrant de nuit à l’Académie, avait biilli être assassiné; tel antre était mourant de la mal’aria. Arrivés à la Villa, on se mettait à table, mais, pour la circonstance, le menu, d’babitnde assez copieux, avait été réduit ; pins d’argenterie, pins de linge; la salle était {farnie de cinq tables, et les pensionnaires v prenaient place suivant leur ancienneté; celle des nonveanx, piteusement éclairée par nne cbandelle fichée dans une bouteille, était, bien entendu, servie la dernière, et on avait soin de ne leur laisser <pie les os. Cette année-là, comme ils quittaient la table, le ventre creux et harassés d’nn long voyage, on leur persuada tpie M me Schnetz désirait les voir, et voilà les malhenreux, malgré leur fatigue, obligés de défaire leurs malles et d(> revêtir leurs plus beaux habits. lia soi-disant Mme Schnetz n’était antre que la femme de charge de l’Académie, que, du reste, ils trouvèrent « foi t bien » . Fdle était d’origine allemande, et comme un des nouveaux était Alsacien, ils se
(1) Les lauréats ilu ilcrnier concours étaient : llenucr, peintre; Coquart, areliitecte, et David, compositeur.
r. Il A PU.
mirent à parler allemand. Son interlocntenr se montra Hatté de eette préférenee et déelara qn’à la façon dont elle s’exprimait, elle devait avoir reçu une exeellente édnealion!
Dans les lettres (jne Cliapii éerit à ses paients pendant ■l’hiver de I85S, il ne leur parle guère que de son art. Absorbé par ses travaux, c’est à peine s’il rcmarcpic, dans la société romaine, nn certain malaise, précnrseni’ des graves ('■vénements ipii vont s’aeeom[)lir. Ibentôt, en ellel, la petite garnison française de Home commence à se renforcer, et les revues se nudliplient, des cris de : Vive la France! vive l’Italie! se font entendre, mal réjirimés par les sbires du gouvernement pontifical <jui se sent indirectement menacé. Ij’Italie va eoncpiérir son indépendance sur les ebamps de bataille de Sollérino et de Magenta. An reste, la population romaine, indolente et pacifique, s’en tient pour l’instant à ces platoniipies manifestations (!}, et ritalie méridionale est assez tranquille pour que, l’été venu, Fbapn entreprenne avec quelques amis une excursion à Xaples.
Ce voyage lui seia bienfaisant, car il a le corps las et l’csjirit surmené parle travail de l’biver. Il s installe dans la partie la plus animée de la ville, sur le (piai .Sainle-Fncie. De sa fenêtre, il pourra contempler le Vésuve en éruption ou s’intéresser au spectacle de la foule (pii grouille à ses pieds, exubérante et joveuse. A peine arrivé, il envoie à scs parents une longue lettn^ : « Il est neuf heures, leur écrit-il, et le clair de lune est superbe; la mer est calme comme un
1) Chapu, parmi ces maiiifestalioiis pacilicpies, en cite une assez curieuse : les libéraux, pour faire pièce au j'ouvernement pontilical cpii avait le monopole lies cigares et en tirait un important profit, s’engagèrent à ne plus fumer (jue la pipe. .Moitié sérieusement, moitié par plaisanterie, la population adopta cette mode nouvelle. En (jueltjues jours, le prix des pi[>es tripla.
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lac, et l’on n’enlcud j)as une vague. Le Vésuve s’estompe eu silhouette noire sur le ciel : une seuh; petite coulée de lave aujourd’hui, guise trouve horizoutalcuieut sur la moulague et scintille coiuiue une ilhuuiuatiou. Sur la droite, j’aperçois le château de l’OI'^uf, hérissé de canons hraipiés siu‘ le port et sur la ville; au loin, une petite silhouette (pii se devine à jieiue : c’est l’ile de Capri.
» A mes pieds, c’est le (juai Saiute-Iuicie. l'ont le trottoir est garni de petites houtiipies comme sur nos boulevards; ou y vend des huîtres et des co(|uillages,y/'u/t( di marc, comme ilsdiseut, et aussi l’inévitable macaroni ipii cuit dans des louriieaux ambulants, autour diupud sont rangés les amateurs. Des lemmes poursuivent les passants eu leur ollraut des grands verres d’eau sulfureuse; d’autres, accrou- [)ies, souillent sur ipiehpies brins de charhoii [)our v faire griller des grajipes de maïs, l.e joui', c’est cucoie j)lus gai : des nuées de marmots jouent et braillent à moitié nus. Ils meudieut eu faisant mille cabrioles; des batcau.x vont et vieuueut le long du ipiai, transportant les habitants d’un bout de la ville à l’autre; l’on voit aussi [>asser presipie eluujue jour des processions, suivies de nombreux cortèges de moines, d’abbés, de confréries de soldats, d’culauts chautaut des psaumes, tous le cierge eu main, escortés par les trou[)es. l'ont le long du ipiai il y a des petits rejiosoirs ou l’on lait halte pour encenser le Saint Sacrement et donner la bénédiction... »
(lettc vie de doux laruieute retient notre artiste à Naples pendant plusieurs semaines. Il ne travaille guère, se contentant, dans ses excursions à Baies, à Bou/.zoles, au cap Misèuc, au lac Lucriu, de prendre sur sou album de rapides croquis.
CIIAPÜ.
Mais si ses mains restent inaelives, son esprit est lonjonrs en éveil. I.es musées de Naples sont pour lui un sujet d’études et de méditations nouvelles, et il v |>asse la plus {•rande partie de son temps. Avant de rentrera Home, il ira aussi passer queHpies semaines à l’ompéi, où l’art auti(jue se révélera à lui sous sa forme la plus familière et la plus {jracieuse.
A 1 ’iome, de nouveaux déboires l’attendent. 8es parents ont été voir l’exposition des envois de Uome, et les impressions qu’ils ont i-eeueillies sur l’œuvre de leur fils ne sont j)as favorables, l'ùi.x-memes, insensibles à la belle allurt* sculj)turale du Senteur, ils n’eu ont remanpié (pie l’exécution un peu fruste, et ce défaut dont ils s’exajfèrent la portée les |)loiqje dans une cruelle anxiété. I.,a vocation de leur fils chéri est-elle sincère, et, en rêvant pour lui les hautes destinées d’un {p and artiste, n’ont-ils pas fait fausse route? l’our s’affranebir de ce doute, les l)raves {jens se décident à consulter une somnambule, et il ne faut rien moins que ses In illantes prédictions pour les rassurer. Cbapu les raille doucement de leur crédulité et les eu[;ajje à attendre le jugement de l’Institut, cpii ne sera peut-être pas aussi défavoral)le (pi’ils paraissent le craindre. La section de senipture, en effet, se montre pour lui un peu moins rijpnireuse (|ue les années précédentes; toutefois les éloges (ju’elle décerne au J'riplolènie sont assez minces :
« La section ne trouve dans le Triittolèine de M. C.bapu ni la noblesse ni le caractère (pii conviennent au di('u de l’agriculture. Il semblerait (pie ce titre élevé lui a été donné apres coiq). Mais, n’y voyant (pi’uiie figure d’étude, un semeur, par exemple, on peut louer un certain caractère sculp-
SC II m: T Z.
Médaille, I8R!.
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tarai et an bon monveinent, dont M. Cliapn anrait pu tirer nn meillenr parti. »
En même temps, le bon Tbéopbile Oautier, dans une de ees brillantes improvisations dont il avait le seeret, louait en ces termes l’envoi dn jeune pensionnaire :
« M. Cliapu mérite des élojjes pour sa statue de Triptolème enseijjnant aux hommes l’iisaj^e du blé. l’riptolème marebe dans un sillon avee ee pas allonjjé et rytbmifpie particulier au semeur. Sa main droite lance le fjrain (pi’elle j)iiisedans une poeliette suspendue au bras j^auebe. li’action se comprend de suite, ee (pii n’était pas faeile avee une ligure isolée, sans fonds et sans aecessoires. Il y a une eertaine majesté agreste dans l’altitude du jeune favori de Gérés, avee ses cheveux rebroussés et roides (pii lui font comnn? une eonronne d’épis. Le martelage du pouce est peut-être trop sensible dausl’épreuve en plâtre. M. (Uiaj)u, dansl’exéeution déllnitive de sa statue, fera bien d’en tenir compte. »
Nous ne savons si le modèle en plâtre dn Triptolènie existe encore dans (pu'bpie grenier de l’I^cole des Beaux- .\rts. Nous n’avons pu, en tout cas, l’y découvrir; mais on peut voir, au parc Monceau, un Semeur en bronze, (jne Cbapn exposa et (pii est, sinon la copie exacte, du moins une reproduction très peu modifiée de son envoi de IH59. A en juger par eette épreuve, les éloges de Gautier ne nous semblent pas exagérés. Sans doute, dans le eonrant de sa glorieuse carrière, Gbapu, souvent, fera mieux; le Semeur n’en est pas moins une œuvre vigoureuse et saine qui peut compter parmi les meilleurs envois de la Villa Médicis.
Une année encore a passé : il n’en a plus (pi’une désor-
cil A PU.
mais à demeurer à Rome comme pensionnaire. Le vain- (jiieur du prochain concours sera son clou; c’est lui rjiii le chassera de son atelier « .le suis passé au grade de vieux pensionnaire, écrit-il, j’ai mes rjuatre chevrons, et, en cette qualité, c’est à moi que revient la charge déporter les toasts les jours de cérémonie. .le suis entré en charge au premier de l’an, et cela durera jusqu’à l’année prochaine. Après, j’aurai droit au titre pompeux de pvof'esseuv (I). » Cette idée qu’il n’a plus (ju’un an à passer à l’Académie l’ohsède à tous moments et voile de mélancolie sou hahituelle honne humeur. « .Te pense tous les jours que je n’ai plus que dix mois de pension. Il nu? semble (pie notre Villa devient plus belle que jamais, et Rome a des charmes ipie je n’avais pas devinés jusipi’à présent... il me va falloir gagner ma vie.
• Plus d’horizons, plus de montagnes, plus (h* Vatican, plus de promenades dans cette campagne unirpie au monde... » Pour comble d’ennui, une petite statue (pi’il avait commencée au mois de septembre pour sou dernier envoi ue répond ]>as à ce ipi il espère, et il est sur le point de la détruire. « lai sculpture n’est pas toujours facile, et l’on se donne souvent bien du mal pour un maigre résultat. Il y a deux mois que je travaille à une petite figure, et me voilà décidé à la recommencer... le travail (|ue j’ai fait ne sera pas perdu, mais ce n’est pas gai d’être resté si longtemps sans m’apercevoir d’une grave erreur (pie j’ai faite. » Iléroupiemcnt, il se décide à ce sacrifice et entreprend une nouv(*lle statue. Le sujet sera : Mercure inventant le caducée. Il espère l’avoir modelée avant la fin de l’hiver. Aussitôt le modèle terminé,
(1) Ce titre n'av.iit rien d’ofticiel. C’étaient les pensionnaires <|ui le décernaient à ceux de leurs camarades qui avaient aclicvé leurs cim| années de pension
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il l’exécutera eu marbre. Comme uu maître ouvrier qui veut faire son chef-d’œuvre, il le caressera avec tout le soin dont il est capable et l’emportera avec lui «piand il quittera Rome.
Rendant tout l’biver, il travaille sans l’clâcbe, déclinant toutes les invitations, indifférent aux plaisirs habituels du carnaval, s’apercevant à peine de la crise «pii ajfite Home comme tout le reste de l’Italie. Au piintemps, son modèle achevé, il veut, pour se distraire, aller à Naples et de là s’embarquer pour Athènes, où l’année précédente des élèves de l’Kcole, de passage à Rome, l’ont convié; mais les conseils de son ilirectcur, inquiet de la tournure <pie preimeiit les événements politi(pies, la crainte de perdre un temps (pii désormais lui est strictement mesuré, le fout renoncer à ce projet.
fat révolution, en effet, après avoii’ fermenté sourdement tout l’hiver, reprend avec violence son œuvre. Le Pape a appelé à lui Jjamoricière pour organiser sou armée et défendre ses Etats menacés par le roi de Sardaigne. Celui-ci s’avance vers Rome avec 00,000 hommes ; déjà il a pris Pesaro, puis Pérouse ; il n’est plus ipi’à deux journées de marche de la Ville éternelle. François II, de son côté, a quitté Naples, et sa capitale est au pouvoir des insurgés. Chapu a appris par quelques-uns de ses camarades, témoins oculaires, la facile victoire des garibaldiens. « On n’a pas tiré un seid coup de fusil, lui écrivent-ils; la population n’a osé faire aucune démonstration avant (pie le dernier soldat du Roi fût sorti ; c’est alors seulement, (piand ils ont été bien rassurés, qu’ils ont acclamé Carihaldi, comme ils acclameraient, du reste, le Roi dans huit jours s’il revenait... C’est la lâcheté à son comble. » A Rome, tout est tranquille comme en uu vaste cloître au seuil ducpiel vieil lient s’éteindre tous les vains bruits du monde.
ciiApr.
et c’est paisiblement assis sous les chênes verts de l’Académie, que Cliapn annonce à ses parents les graves événements qui vont l)Ouleverser la Péninsule. Le soleil vient do se lever; nul bruit, si ce n’est, à l’horizon, la voix grêb’ d’une cloche et le chant monotone du jardinier de la Villa. Ce recueillement cl cette paix conviennent à son âme inquiète; il en profite j)our visiter encore une fois les nombreux musées de la ville, afin de {;raver dans sa mémoire les chefs-d’ieiivrc qu’il ne reverra peut-être jamais; puis, ce sont de longues courses à pied dans cette campagne romaine dont la morue et grandiose solitude plaît à sou esprit méditatif. Il a, pour CCS excursions, un eompagnou toujours prêt : c’est un jeune Masque, marcheur infatigable et peintre de son état, qui, u’ayaut pu coiupiérir le prix de Moine, est venu en Italie à ses frais. Il se nomme Monnat. ('.hapu, toujours un peu circonspect dans scs lettres, parle rarement de ce camarade, (|ui, parla suite, deviendra un de ses plus intimes et meilleurs amis. Il a déjà cependant j)Our le jeune peintre une svmj)atliie particulière : « Il est rare que l’on nous voie l’imsans l’autre, écrit-il; nous sommes comme le corps et l’ombre. »
1’elles furent ses occupations pendant les mois hrnlauts de la canicule. Son Mercure lui laissait des loisirs. Ln praticien dégrossissait le bloc, d’où peu à peu émergeait la forme encore l udimentaire de sa statue ; il u’avait, pour b* moment, ipi’à suivciller ce travail. Il profita de ce repos forcé pour modeler (juelques médailles (I ) et aussi un buste. Au mois de septemljre, il reprenait le ciseau et la lime.
Massons rapidement sur cet hiver LSMO-ISIîl qui n’offre.
(!) Un distingué criti<|uc d’art, qui est eu inêiue temps un excellent esprit.
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dans la vie de Chapu, aucun incident qui mérite d’être noté, lie I" janvier, il cesse d’être pensionnaire et perd les avantafjes attachés à ce titre. Ileureuseinent l’Academie est assez riche pour se permettre le luxe d’un invité; on lui installe' dans une chambre inoccupée un atelier oii il terminei’a sou Mercure, et il continuera d’avoir son couvert mis à la table des pensionnaires. Il pourra ainsi reculer son départ jusqu’au printemps. Maljqré ce sursis, c’est à peine s’il aura terminé sa statue le jour de l’exposition.
li’art Iraneais était alors brillamment représenté à Home par une vinjjtaine de pensionnaires, talents encore en Heur, mais qui, pour la plupart, devaient portei’ de {jloiieux fniits. C’étaient Carpeaux, déjà professeur, et qui ne tlevait (|u’à une fav('ur spéciale d’habiter encore la Villa, et Maniqliei’, et Falfjuière, tout nouveau venu, dont un has-r('lief d’une
conception hardie et tout à fait en dehors des données habituelles de l’Kcolc, apprenait, pour la première fois, le nom à la criti(|ue, et Delaunay, « un vieux » pour cette lielle jeunesse, car il avait passé la trentaine, et Ibdadilhe, le compositeur, qui était presque un enfant.
Dn côté des [)eintres, il y avait licfebvre, (pii n’avait pas encore exposé, et llenner, (pii, pour deuxième envoi, avait fait un (.'lirlsl « d’une ma{piifi(pie couleur », et de Coninek,
nous a olijccté (|u’on ne modelait pas une médaille, le propre dune nictlaillc étant d’être gravée directement sur le coin. 11 est cepemlant dusage, en parlant des œuvres des médaillcurs de la Renaissance, <pii étaient obtenues au moyen d estampages faits sur un modèle en terre ou en cire, de dire les médailles et non les médaillons tle Pisano, de Leone Leoni, etc. Nous nous servirons donc a l’avenir du mot tiiédaille pour désigner, par quelque procédé (ju’clles aient été obtenues, les pièces en métal de petites ou de médiocres dimensions, réservant le nom de mé<laillons aux ouvrages en pierre ou en marbre, ou à ceux en bronze de très grande taille.
CHAPU
un joyeux Flamand, qui devait rester un des meilleurs amis de notre scidpteur, et enfin le paysagiste Didier. 11 faut encore citer, parmi ceux qu’attendaient de brillantes destinées, rarchitecte Co(|uart, qui devait partager avec r.fiapu riionneur du monument de Kegnault; Gaillard,
’i O N V non E H r - f l k u n y .
Mcilaitlc, 1868.
l’admirable graveur du poi’trait de Fie IX et de celui de dom Gucranger ; enfin Ileuzey, qui commençait ces curieus('s études sur le costume antique qu il devait plus tard professer si brillamment à l’I'^cole des Ileaux-Arts.
Malgré la redoutable concurrence du Pécheur de Garpeaux, que le jeune sculpteur avait, cette année, exécuté en marbre, le Mercure inventant le caducée obtint, auprès
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du public romain, uu beau succès (|ui, suivant l’expressiou de Cliapu, « lui mit du baume dans le cœur ». L’œuvre, Dépendant, n’est pas de premier ordre, et si, au point de vue de l’exécution, elle était la plus complété de celles qu’il eût exposées jusfjue-là, comme orijjiualité et comme conception, elle nous semble inférieure à sou Senieur. C’est, à notre avis, un très habile pastiche de l’antique, où l’artiste a montré seulement une louable virtuosité. Disons tout de suite ([lie le Mercure fut aussi bien accueilli à l*aris qu’à Kome, et (jue l’Institut, tout en y regrettant « un [leu de froideur », déclara l’œuvre exécutée avec uu louable souci de la vérité et du goût.
« l‘k maintenant adieu jeunesse, études, voyages, liberté, sauté [leut-être, s’écria Cluqm dans un moment de lyrisme, adieu Home, sans doute, [lour jamais! » 8011 Mercure vient de partir [)onr la France avec ses autres études et les modestes objets d’art (jii’il a collectionnés pendant son séjour. S’il reste à Iiouie, c’est (ju’il a encore (juelques obligations à renqilir, ([uel([ues médailles à faire, entri; autres celle de sou directeur. Les séances se prolongent jusqu’à la fin de mai. Mais c’est à Chapu de [loser à son tour, car l’usage veut que l’image du pensionuaire qui s’eu va reste à l’Académie. Ilenncr et Delaunay se sont chargés de ce soin. Voilà le mois de juin passé. I^st-ce fini? Non pas encore. Cluqm, malgré les lettres de plus eu plus pressantes de ses [larents, trouve cliaque jour (jueh[ue nouveau prétexte. Il lui faut revoir tranquillement les petits coins qu’il affectionne, faire une dernière visite aux musées et aux galeries, [irendre congé de ses amis de Home. En même temps uu projet audacieux germe dans sou cerveau.
CH APÜ.
Oii dispute beaucoup, depuis quelcjue temps, dans le monde des arcliéolo{jues, sur la colonne Antoniue et les inscriptions (pii la décorent, l’onr trancher le débat, il faudrait faire l’asceusion tlu monument, ascension tpii n’est pas sans danjjer. (diapu, encoura^jé par son directeur, tente cette entreprise périlleuse, et, à l’aide d’un système compliipié de cordes et d’échafauda{jes, on le hisse dans une sorte de nacelle au sommet du moiiumeut. . . Enfin, le terme suprême est arrivé : par une belle fin de jour d’août, Chapu a vu encore une fois le Tibre serpenter dans les plaines solitaires de la campafjne romaine; le lendemain, son camarade Delaunay l’aecompa- {juera jus([u’à Civita-Veccbia, d’où il fera voile vers la France.
Si l’on e.vamiiie l’ensemble des œuvres exécutées par Cliapu pendant son séjour à Uomc, on doit convenir tout d’abord (pi’il ne fit, pendant cette période, aucun de ces ouvrajjes d’un mérite éclatant, (pii si^jnaleut leur auteur à l’admiration des foules. Le Christ aux Jtujes, le Semeur, le Mercure iuveulant le cadueee sont des (jeuvres estimables (pii montrent un artiste habile et savant; la persouualité du sculpteur iie se dé^jaj^e pas toutefois d’une fa('on décisive, l'ividemment, il eberebe encore sa voie. Il connaît admirablement son méliei', et aucune des difficultés matérielles de sou art ne lui est étrangère; il a maintenant à son service un instiument docile, (pii ne trahira pas son inspiration; mais, après avoir étudié tour à tour les maîtres fi'an(;ais, les sculpteurs grecs et ceux de la Uenaissance, il hésite, ne sachant encore sous (piel patronage il se placera.
Il semble déjà, cependant, (pie le jeune sculpteur ait un obscur pressentiment de la voie (pi’il suivra définitivement.
ENFANCE ET .lEÜNESSE.
.Si Pufjet, Michel-Ange et Verocchio l’ont toiw à tour éliloui, e est toujours à 1 antique, cependant, qu’il revient, coniineà la seule souree pure et bienfaisante. Nous Ironvons sur un de ses albums de ISlîO cette courte note ; « L’anticpie et la nature! Avee cela je travaille sans peine. » Voilà, je crois, définitivement arrêtée, la formule de son talent. C’est vers 1 art antitjue (pi il se retournera sans cesse, demandant à iMiidias, a l’raxitèle, à Myron, le goût, la mesure, la simplicité et la concision du style, en même temps (pi’il cbercbera, pai' 1 interprétation sineère de la nature et la recbercbedn caractère individuel, à moderniser l’idéal antique et à l’accommoder aux exigenees plasti(jues de notre temps.
.Si, pendant ces années d école, Cbapu ne s Cst eneore révélé par aucune de ces œuvres qui rendent un nom populaire, il est déjà, dans un genre au moins, passé maître. Il a, pendant ces cinq années, modelé de noinbn.Mix médaillons, dont (piebpies-nns sont des cbefs-d’œnvre. Celui du paysagiste Gibert (I) est une délicieuse image d’une exécution souple et large, d’un style simple et sans pédanterie <pie nos artistes, depuis longtemps, semblaient avoir oublié. Parmi les portraits qu’il exéeuta dans ce genre, à la Villa Médicis, il faut enc(jre citer celui de .Sebnetz, une b(june, puissante et sereine figure, oùse lit la tranquille satisfaetion d’une beureuse destinéç d artiste; nu médaillon du sculpteur l>onnardel ('2),
(1) Gihcrl i'Jean-H.iplisle-l>ierrc-Aàol|>lie), peintre, né à la l’ointe-à-l'itre (Guatlelonj)c) en 18ü3, élève de Gnillon-Lelliière. 11 ohlint, au coneonrs de 1S21, le deuxième [»rix de payaaye liistoritpie et passa la plus jjrande p.irtie de sa vie a Itoine et en Italie, où il a pris la jilupart de ses sujets.
(2) l'icrre-Antoine-llippolyte lionnardcl, grand prix de sculpture en 1851, luouiut a Home, en 1856. G était, parait-il, un artiste d avenir ipii a laissé un Christ U la colonne, (cuvre rcmaia|uaLle au dire de Glia|)u. V. Musée de portraits d artistes, par Henry Jouix. Paris, 1888, Henri Laureus, éditeur.
CliAPU.
exécuté en collalioralion avec Ch. Giimery, qui se trouve à Home dans réjjlise Saint-T.ouis des Français; la médaille de Mme Houillon, et celles du peintre Bonnat et de l’architecte (Guillaume.