‹ Chapu, sa vie et son œuvreChapitre 8 sur 66 · II^ANNI■; D'ARC · texte numérisé non relu

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LES ANNEES DIFFICILES

blemcnt fV'condes, C'-liapu trouve encore le temps d’exécuter, pour la cour de Marbre du palais de Versailles, l’important ensemble décoratif (jui couronne le pavillon central. Il représente Mars et Hercule entourés d’attributs divers (pii servent d’encadrement à une liorlofjc. L’œuvre, (pii, du reste, n’est (pie la reproduction à peu près textuelle d’une composition de Girardon et de Marsy, est pleine de verve et d’allure pimpante; elle se marie beiirciisement à la délicate construction (pi’elle est chargée de compléter.

Il semble (prune pareille somme de travail devait suffire à alimenter toute l’activité du jeune sculpteur. Mais ses ambitions étaient plus nobles. Non content d’être un des premiers portraitistes de son temps et de compter parmi les plus habiles ouvriers de la pierre et du marbre, il méditait — vaguement encore — une œuvre d’une portée pbilosoplnipie haute, où il pût mettre son habileté d’exécutant et de son style au service d’une grande pensée. Depuis longtemps déjà la passionnante et complexe figure de Jeanne d’Jrc hantait son imagination, et, avec la [latientc obstination (pii était une de ses forces, il étudiait la vie de la glorieuse vierge et les monuments littéraires ou artistiijues (pi’elle a inspirés, depuis les naïves ebroui(|ucs du moyen âge jusipi’aiix pages vibrantes de Michelet, depuis la touchante image (pie lui a consacrée la main d’une princesse de Franciî jusipi’à remphati(jue et lourde statue de Foyatier. Le premier résultat de ces méditations fut un médaillon colossal dont il donna le modèle à son département et (pii décore aujourd’hui l’église Saint-Aspais, à Melun ; mais ce n’était pas là l’œuvre (pi’il rêvait de faire. Un peu déconcerté par les aspects multiples sous les(piels son héroïne se manifes-

CHAPU

tait à son imagination, voyant tour à tour en elle la personnification du courage militaire, de la Foi et du Patriotisme, il mnltipliait dessins et escpiisses, ne sachant à (|iiel parti s’arrêter. Enfin, après une longue période de gestation, l’image se dégagea bien nette de son cerveau. « .Teanne était belle, forte, simple, d’nne piété exaltée et d’une vertu sans tache ”, avait-il lu qnehpie part. Il ne cherchera pas plus loin. Pour ce fils de paysans, la Pncelle est avant tout nue paysanne, la glorieuse incarnation de la vertu chez les humbles; elle est par excellence la patronne de ces mille héros anonvmes (pii versent leur sang sur le champ de bataille, de ces obscurs martvrs cpii ont fait et feront encore la gloire de la patrie. Elle est belle, cela va sans dire; on ne saurait le concevoir autrement, mais d’nne beauté particulière, ni trop gracieuse, ce qui en affaiblirait le caractère, ni trop masculine, ce qui nuirait à l’idée que l’on doit avoir d’nne force surnaturelle. Au moment où Chapn rêvait sa statue, le matérialisme scientifi<pie n’avait pas encore flétri de ses tristes hypothèses la pure figure de la vierge de Vanconleurs. Chapn évitera donc facilement un écueil où sont tombés d’antres artistes; il saura faire vibrer dans tons les traits de sa .Teanne 1 ardeur mvsti(pie qui l’anime sans qu’on puisse découvrir sur son visage les avilissants stigmates de la névrose. La voilà assise, les jambes repliées sous son corps; ses mains sont jointes dans un geste d’ardente prière. Elle n’est encore que riiumble pastonre d’nn petit village de Lorraine, mais dans l’admirable expression de son regard noyé, on lit l’extase rpii la ravit loin du monde réel, la radieuse vision qui lui montre ses destinées futures, les combats, la gloire, le martyre !

LES ANNÉES DIFFICILES

I^a Jeanne d'Arc écoutant ses voix parut pour la première fois au Salon de 1870. Y obtint-elle tout le succès (|u’elle méritait? .Te ne saurais le dire, car la plupart des « Salons » sont muets à son égard. Le public de cette épo(jue n’était pas aussi exigeant pour la criti([ue qu’il l’est aujourd’bui et ne lui demandait pas ces brillantes improvisations <|ue les journaux contemporains pul)lient dès l’ouverture de l’exposition annuelle. Théophile Gautier, Paul de Saint-Victor et les autres maîtres du genre ne commençaient leurs feuilletons (ju’au mois de juin, et souvent la fin de juillet arrivait, (ju ils n’avaient pas encore parlé de la sculpture. Or, ou sait quelles étaient, eu juillet 1870, les anxiétés de la France. Toutes les voix qui parlaient d’art se turent, et chacun attendit, dans une solennelle angoisse, l’issue du grand drame (|ui allait s’accomplir.

Elle était pourtant bien venue à .son heure, l’image de la vierge guerrière, de l’héroïque patronne de la France, et plus d’un, sur les champs de bataille, dut en emporter la consolante vision. Plus d’un dut chercher à lire dans rénigmati((ue lumière de son regard les destinées de la patrie; plus d’uu dut rinvo(|uer aux jours sombres, dans ces moments de désespoir où les âmes les plus rebelles se souvienueut qu’il y a un Dieu !

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