POUR LA JEANNE D*ARC
C II A P U
Hélas! l’heure des miracles était passée. Une fois déplus notre sol allait être violé, et c’est eu valu (pie la France allait prodiguer le sang de ses enfants... Cliapu avait depuis longtemps passé l’âge dn service actif; le prix de Home (pi’il avait obtenu l’exemptait en outre du métier des armes. Il ne voulut pas cependant rester inactif, ni se soustraire aux dangers du siège qui menaçait Paris. Il s’enrôla dans la garde nationale et y fit consciencieusement son devoir (1).
Dans Paris assiégé, sans lumière et jiresipie sans pain, la première heure de l’année 1871 a sonné comme un glas. Un généreux enthousiasme a confondu, dans une même pensée, tous les rangs de la société; les plus nobles esprits comme les plus humides se sont soumis aux rigueurs de la discipline. On a supporté sans se plaindre, prcsipie gaiement, les rigueurs du siège, les combats meurtriers, les longues nuits passées sous la neige. Mais les illusions dn début commencent à se dissiper, et si on lutte encoi'e, ce n’est plus ipuî
(1) Presque tous les artistes en renom tirent, du reste, noldement leur devoir, t^^ne compagnie de cent quinze liommes s’était formée sous le nom de tirailleurs de la Seine. Vibert, Eugène l.eroux, Tissot, licrne-lîellccour, l.ouis Leloir, Jaccjuemart en faisaient partie, ainsi que les sculpteurs Jacquet et Cuvelier. Au combat de la Malmaison ^21 octobre 1870 , Cuvelier fut tué. Eugène Leroux fut gravement blessé, et Vibert légèrement, beaucoup aussi, vers la fin du siège, s’enrôlèrent dans les bataillons de marche. De ce nombre fut Henri llegnault, dont chacun sait la mort héroïque. 11 faut encore compter parmi les victimes du siège le jeune Victor Giraud, qui n’eut pas le bonheur de mourir sur le champ de bataille.
Ceux (pic leur âge ou leur peu d’aptitudes physi(|ucs disposaient mal au métier militaire firent néanmoins de leur mieux pour se rendre utiles, et supportèrent sans se plaindre les longues factions sous la neige et les privations de toute sorte. Nous avons sous les yeux une curieuse lettre d’Elic Dclaunay, le moins militaire des hommes, qui avait cependant tenu à honneur de revêtir la capote grise des gardes nationaux. Il y fait un humoristique récit de sa première sortie et raconte comment il a miraculeusement échappé aux balles... de scs compagnons d’armes.
LES ANNEES DIFFICILES
pour l’honneur. Est-il liesoiii de dire que pendant ces tristes mois Chapn a déserté son atelier? Pins encore (pie la famine, l’impossibilité de travailler a pesé sur cet infati{{able ouvrier. Un seul moment il a retrouvé un peu de son babitnelle bonne bnmenr; c’est le jour on, aux remparts, il a aidé Falfpncrc à modeler, dans un bloc de neige, cette colossale figure de la Résistance dont la fière silbonette a ranimé pendant une semaine le courage des Parisiens... An lendemain de la paix, le sculpteur reprit ses ébaneboirs, et demanda an travail l’oubli des tristesses (pii déebiraient son cœur de patriote. Ilélas! la France n’avait pas encore épuisé la colère divine, et d’antres douleurs, pins cruelles, lui étaient réservées. Cbapn ne comprit pas tout d’aliord la gravité du mouvement insurrectionnel qui se préparait; mais (piand, aux premiers jours de mai, il vit la rage impuissante dn gouvernement de la Commune menacer les pins beaux monuments de Paris, il manifesta vivement son indigmation (I), et ebereba dans son quartier à organiser une sorte de résistance. Son ride, pendant ces jours funestes, fut assez actif pour (pi’nn mandat d’arrestation fût décerné
(1) «... Nous allons Lien, ma mère et moi, quoique fort inquiétés par les insurgés; moi, tout particulièrement, j’ai été très ennuyé et sur le point tl’ètre poursuivi comme réfractaire (car je ne veux pas marcher avec ces messieurs); mais j’ai trouvé une dispense... soyez tranquille; (juoi qu’il en arrive, je ne marcherai pas. »
{^Lettre de Chapu à Mine Lantier. Mai 1871.)
U Nous sommes sortis sains et saufs de l’horrihle tempête; soyez donc tranquille sur notre sort. Nous avons eu bien de mauvais jours, mais, somme toute, rien de trop fâcheux ne nous est survenu. Notre quartier a été un coin du champ de bataille. Nous avons eu fusillade et canonnade pendant deux jours sans interruption... J’ai pu échapper à la réquisition, caché dans les combles de la mai-' son... s
[Lettre de Chapu à la même 5 juin 1871.)
CHAPU
contre lui, et il ne dut qu’à un ami dévoué d’échapper à la vengeance des fédérés. Caché dans une chambre de l’hôtel de Vogüé, il y demeura jusqu’à l’entrée des troupes versaillaises.