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CHAPITRE II

HARDI N, si l’on en croit Haillet de Couronne, bien que de petite stature, est « fort et musclé »; Laurent Cars, dans sa gravure d’après Cochin le fils; La Tour, dans le pastel qu’il fit de lui plus tard, lui donnent un aspect de solidité, de vigueur tel qu’en devait offrir cette bonne race d’artisans de Paris dont Chardin était fils. Sa figure aux joues pleines, au beau front, au nez gros et sensuel, au menton replet et un peu gras, est bien du peuple; mais les lèvres fines et assez minces; mais les yeux doux et observateurs; mais le regard clair et bien direct, sans passion ni haine, ont une bonhomie, une bonté, une franchise où il semble que l’expression échappe à la rusticité, atteigne au plus pur et au plus vif de l’âme. Une attention soutenue, une fixité singulière dans le regard attestent assez combien

LES MAITRES DE L’ART

celle-ci est présente à toutes les minutes dans ce franc et beau visage ouvert aux impressions les plus douces de la vie et de l'intimité. A mesure qu’il vieillira, sans doute, Chardin perdra de sa plénitude un peu épanouie, de sa santé un peu forte; il gagnera en délicatesse, en cordialité simple et intelligente; un air de gravité se mêlera à l’ironie; mais, toujours, ce seront les mêmes lèvres à la La Fontaine, au pli du coin un peu moqueur; les mêmes yeux sans feinte, et, sous de grosses besicles, un regard aussi compréhensif et aussi clair. A voir cette tête ronde, cette physionomie ouverte et délicate, et ce tour de malice qu’un sourire discret et comme effacé étend partout au visage, on perçoit combien Jean-Baptiste-Siméon aima la vie de son temps dans ses manifestations simples et savoureuses; à voir son regard, son nez charnu, ses lèvres, on comprend combien le peintre eut, chez l’homme, de goût pour les fruits, les femmes, les fleurs; mais ce goût, chez lui, n’allait pas sans mesure. Il n’y a, dans le cœur de Chardin, pas plus que dans sa peinture, ni faux excès ni fracas; même dans les tables les mieux servies de ses natures mortes, dans ses œuvres les plus abondamment pourvues de gibier et de poissons, de fruits et de légumes, voyez comme il est sobre! Qu'il a de tact et de discrétion! Une sorte de silence un peu sourd, de recueillement étouffé, mais surtout cette lumière (non pas fixée en un point comme

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