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LES ALIMENTS DE LA CONVALESCENCE

(Calorie Lichtenstein.)

Fortune ou la Paresse qui font tomber le pinceau de ses mains. La fortune? à ce peintre qui végète dans sa petite rue noire du faubourg Saint Germain, quand les de Troy, les Oudry, les Cochin mènent grande et somptueuse vie! La paresse? à ce laborieux « à qui le travail coûte infiniment », qui ne peut entreprendre deux tableaux à la fois, et auquel il faut ses douze mois de labeur opiniâtre pour les achever!

Ces déconvenues du Salon eurent leur compensation dans un double témoignage de considération que lui donnèrent ses confrères. En 1755, ils le choisirent comme trésorier de l'Académie et, presque en même temps, comme successeur de Jacques-André Portail dans les délicates fonctions de l'arrangement des tableaux du Salon.

Les finances de l'Académie, en 1755, étaient dans un lamentable état. L'huissier et concierge de l'Académie, le sieur J.-B. Reydellet, de Lyon, chargé de la réception des cotisations, était depuis longtemps l'objet de nombreuses plaintes pour sa négligence à remplir ses devoirs. Il ne s'acquittait même pas de ses fonctions de surveillant des élèves. Ceux-ci, en 1751, s'étaient laissés aller à une de ces petites émeutes que l'on ne traitait pas en badinages, à cette époque d'universelle discipline. Un beau jour, ils avaient mutilé huit figures de plâtre qui servaient de modèles et leur avaient arraché la tête. On ne trouva pas les coupables, naturellement; mais Reydellet, convaincu de négligence, fut chassé. Il obtint

cependant son pardon après avoir manifesté son repentir et avoir promis d'être, à l'avenir, plus attentif. Cet acte de clémence était mal placé; on le vit bien quand il mourut en mars 1755. Les scellés furent apposés sur son logement et l'inventaire de sa succession accusa les plus grands désordres. Non seulement les fonds de l'Académie avaient disparu, mais les dettes s'élevaient à 9988 livres. La vente des effets de Reydellet produisit seulement 2 533 livres, mais cette somme fut entièrement absorbée par les frais.

C'était un véritable désastre pour l'Académie, qui était alors fort pauvre. Pour le réparer, elle choisit le plus intègre, le plus considéré de ses membres: Chardin. Elle le nomma son trésorier avec pleins pouvoirs et « laissa à sa prudence les arrangements nécessaires pour y satisfaire, ayant égard à l'honneur et aux intérêts de la Compagnie ».

Aucun hommage plus llatteur ne pouvait être rendu à son exacte probité. Sa nomination de commissaire pour le Salon s'adressait, cette fois, à sa bonté, à sa délicatesse et à son goût.

J.- And ré Portail, garde des tableaux du roi, reçu à l'Académie comme peintre de fleurs, était chargé du placement des tableaux du Salon, ou, comme l'on disait alors, de la tapisserie du Salon. C'était un artiste de talent exquis, le seul peut-être du xvme siècle, dont les <l<'-sins à la sanguine puissent aller de pair, pour la grâce et l'esprit, avec ceux de Watteau. Son tact et son

Cliché »urdein.

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