‹ ChardinChapitre 13 sur 15 · LE SINGE PEINTRE · texte numérisé non relu

LE SINGE PEINTRE

(Musée du Louvre.)

aménité lui avaient permis de remplir avec succès des fonctions qui le mettaient aux prises avec tant de vanités. Mais ses infirmités l'ayant obligé, sur la fin de sa vie, à s'adjoindre un de ses confrères, son choix s'était porté sur Chardin. Aussi, quand il mourut, d'accident, le marquis de Marigny n'eut-il qu'à ratifier la proposition de Gochin que lui demandait, au nom de l'Académie, la succession de Portail pour Chardin.

Celui-ci s'acquitta de cette charge délicate à l'applaudissement général. La tâche était pourtant malaisée de ménager l'amour-propre des artistes, tout en donnant au Salon l'aspect le plus agréable. Pour lui, il s'attribuait toujours les places les moins avantageuses, et cette modestie le rehaussait dans l'estime de ses confrères. Quoi qu'il fit cependant, il ne put toujours contenter tout le monde, le fils d'Oudry par exemple ; mais il sortit toutefois à son honneur de ces petites aventures, grâce à la considération universelle qui l'entourait.

En 1761, Cochin faisait lecture à l'Académie d'une lettre d'Oudry le fils, adressée à Chardin et où il se plaignait du jugement des commissaires de l'Académie en termes insultants. La réponse ne se fit pas attendre. Séance tenante, l'Académie ordonna à Cochin d'écrire de sa part à Oudry qu'elle lui interdisait l'entrée des assemblées « jusqu'à ce que, par de justes réparations, il ait satisfait tant à l'Académie qu'à M. Chardin; préalablement elle ordonnait que les deux tableaux de lui qui étaient au Salon fussent ôtés ». La leçon porta. Oudry,

Si CHARDIN.

le fils, lit amende honorable, écrivit les excuses exigées,

l'Académie pardonna, et il fut réintégré dans ses

fonctions.

Dix-huit mois après sa nomination de trésorier et de délégué à l'arrangement du Salon, une nouvelle faveur arrivait à Chardin, la plus ambitionnée de toutes, la plus précieuse qu'il pût souhaiter, puisqu'elle assurait à sa vieillesse un abri certain.

Là mort de Marteau, graveur et orfèvre du roi, venait de rendre vacant le logement n° 12 qu'il occupait, depuis 17io, dans la grande Galerie du Louvre. Un logement au Louvre était alors la suprême ambition des artistes : ctlail, en même temps qu'un avantage matériel, la consécration officielle du talent. Chardin, avec sa simplicité ordinaire, ne sollicita peut-être pas personnellement celle grâce : il n'en avait jamais quémandé aucune. Mais l'ami Cochin, tout-puissant auprès de M. de Marigny, intervint, et le 13 mais 1757, le Directeur des Bâtiments écrivait au peintre : « Je vous apprends avec plaisir, Monsieur, que le Roy vous a accordé le logement vacant aux galeries du Louvre par le décès du sieur Marteau. Vos talents vous avaient mis à portée d'espérer cette grâce du Boy. Je suis bien aise d'avoir pu contribuer à la faire verser sur vous. »

M. et Mme Chardin quittèrent donc leur maison de la rue Princesse, maison que Joseph Vernet occupa après lui et pour laquelle François Vernet écrivit ce reçu: « Le 3 mars 1768, j'ai payé à M. Chardin 025 livres pour

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