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LA FONTAINE

(Collection Jalian-Marcille.)

remplacement actuel du Tribunal de commerce, une église célèbre depuis le xvie siècle, plus par la piété fougueuse de ses curés que par ses richesses artistiques : l'église de Saint-Barthélémy. Pendant les guerres de religion, Saintr Barthélémy avait été le foyer le plus brûlant de la Ligue : c'était la citadelle de la Foi. Au pied de Notre-Dame, la petite église, presque une chapelle, avait conservé, jusqu'au xviii6 siècle, la tradition * des manifestations religieuses les plus ardentes qui l'avaient rendue populaire entre toutes.

Chaque année, le jour de la Fête-Dieu, la procession de Saint-Barthélémy faisait, par les quais, le tour de la pointe de la Cité et s'arrêtait place Dauphine, devant un reposoir réputé le plus beau de Paris.

Ce reposoir, dressé au milieu delà place, étaitunesorte de monument décoré avec goût et magnificence. Tout autour, les habitants, — comme on drape encore aujourd'hui sur le passage de la procession, — suspendaient aux murs ou laissaient tomber des fenêtres leurs plus belles tapisseries.

C'est devant ces tentures qu'étaient placés, selon un usage ancien, les tableaux de toute sorte qui constituaient Y Exposition de la Jeunesse.

Lorsque le temps était beau, l'Exposition avait lieu le jour de la Fête-Dieu; lorsqu'il était défavorable, elle était remise à l'octave suivante, jour de la petite Fête-Dieu. Si ce jour-là le ciel était inclément, on la renvoyait simplement à l'année suivante.

Elle ne durait que quelques heures, de six heures du matin à midi. Mais l'empressement de la foule était si grand, que ce peu de temps suffisait à faire connaître les ouvrages à tous ceux qui s'intéressaient aux beaux-arts : grands seigneurs, magistrats, financiers, amateurs, s'y coudoyaient dans la même curiosité, dans le même amour de la beauté.

L'origine parisienne de Y Exposition de la Jeunesse nous est inconnue; elle paraît seulement assez ancienne. Le rédacteur du Mercure de 1725* en fait une importation italienne.

« C'est une ancienne coutume, à Rome, dit-il, d'exposer des tableaux à certaines fêtes, soit pour attirer un plus grand concours de peuple, soit pour satisfaire le goût des curieux, ou pour exciter les jeunes élèves de l'Académie de Saint-Luc au travail, et leur donner de l'émulation, en leur mettant sous les yeux les ouvrages des grands peintres. Ceux qui sont chargés du soin de ces fêtes, empruntent un grand nombre de tableaux aux meilleurs maîtres; en sorte que, si l'on doit la satisfaction que l'on y trouve à quelque particulier, on peut dire que le public y contribue par la facilité que les curieux ont de communiquer ce qu'ils ont de plus rare dans leurs cabinets. »

Cette explication est vraisemblable; mais il en est une autre, plus locale, qui n'est pas moins plausible.

Le Pont-Xeuf, dans l'ancien Paris, était la grande voie de communication entre les deux parties de la ville : c'était le passage large, un des seuls accessibles aux

Cliché Lévy.

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