‹ ChardinChapitre 7 sur 15 · LA POURVOYEUSE · texte numérisé non relu

LA POURVOYEUSE

(Musée du Louvre.)

jeune confrère une somme qu'il juge digne de l'œuvre.

Ce morceau, qui eut une grande réputation au xvme siècle, se trouve aujourd'hui dans la célèbre collection Jahan-Marcille. On peut le reconnaître à l'exacte description du catalogue Grozat. C'est d'ailleurs le seul des sept bas-reliefs de Chardin qui soit à huit personnages. Le temps a altéré l'éclat de la couleur; les reflets lumineux du bronze ont jauni, mais la coloration verte et métallique de ce morceau indi lue formellement ce métal. Le modèle que Chardin eut sous les yeux, était un moulage en plâtre dont il copia les contours avec la plus scrupuleuse exactitude et un relief saisissant. Ce moulage avait été patiné, peut-être par le peintre luimême. « Feint de bronze », dit la notice; le mot est d'une rigoureuse précision. Chardin lui-même, par toute la suite de ses chefs-d'œuvre, nous a rendu difficiles sur l'exécution des natures mortes. Quand ce tableau fut exposé pour la première fois, il excita assez d'étonnement et d'admiration pour que Vanloo le prêtât de nouveau à l'artiste, en 1737, pour l'inauguration des Salons du Louvre.

L'Exposition de la place Dauphine de 1734 marque une transformation du talent de Chardin. 11 était dit que cette exhibition populaire devait être pour le poète des petites gens l'occasion et l'affirmation de son génie et de sa renommée. Dès cette année, il mêle aux natures mortes où il est consacré maître, des sujets « dans le goût de Teniers, où l'on trouve une grande vérité », dit le Mercure

de 1734. Ces sujets à la Terriers sont les premières scènes de la vie bourgeoise, la Blanchisseuse, la Fontaine, le Château de cartes, qui reparurent au salon du Louvre <le 1737 et donnèrent à croire, depuis, que Chardin avait attendu le premier Salon officiel pour révéler la transformation définitive de son talent.

A première vue, ce rapprochement entre Teniers et Chardin semble bien étrange. Cependant tous ses contemporains l'ont fait, depuis les peintres comme Largillière et ses patrons à l'Académie jusqu'aux écrivains comme Diderot et Bachaumont, jusqu'aux amateurs comme Mariette et de La Live de Jully. Quand M. de La Live commande à Chardin une réplique du Benedicite, réplique en largeur, à quatre personnages, de la collection Mar- •cille, il est convenu que le tableau devra faire pendant à un Teniers. Sur la comparaison possible entre le maître flamand et le maître français, l'avis est unanime, avec cette réserve toutefois que Teniers est toujours supérieur à Chardin.

Le xvme siècle fut un siècle trop parfaitement intelligent pour avoir commis une grossière erreur de jugement. En feuilletant l'œuvre de Teniers gravé par Le Bas, on ne peut s'empêcher d'excuser cette appréciation. En effet, il y a du Chardin dans la Boudinière de Teniers, et pour la femme qui fait des boudins et pour le groupe d'enfants qui se donnent un petit concert. Les Singeries de Chardin, Y Antiquaire et le Peintre, pourraient être nées de la môme idée que les Hommes en miniature de Teniers, gravés par

Cliché Hanfstaengl.

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