LES HABITANTS
1° Histoire et biographie.
HISTOIRE
Période antéceltique. Malgré la destruction qu’en firent les chrétiens dans les premiers siècles de leur ferveur religieuse, malgré les paysans qui les brisent d’année en année, l’Angoumois possède encore un certain nombre de monuments an técel tiques : un menhir et plus de vingt dolmens y sont encore debout. Ces monuments, les plus anciens du pays, étaient appelés récemment encore monuments celtiques ou druidiques , mais d’après une opinion généralement admise aujourd’hui , iis auraient été élevés par des tribus antérieures aux Celtes. Quel peuple dressa et consolida, à force de bras, ces gigantesques pierres informes à l’ombre des forêts qui couvraient alors presque tout le sol actuel de la France? Nul ne le sait encore et peut-être ne le saura-t-on jamais.
Période celtique. A ce peuple ou à d’autres, aux Ibères peutêtre, succédèrent les Celtes, parents des Pélages, des tribus italiques et des Germains, frères des Kymris , au moins par la langue, car le type physique était différent : le Celte aux yeuxnoirs, était petit, trapu, brun; le Kymri, grand et blond, avait les yeux bleus. On ignore le nom de la peuplade celtique qui se fixa sur le sol du département de la Charente. 11 est possible aussi qu’aucune tribu spéciale n'habitât le pays : à l’Orient, les Petrocorii , les Périgourdins d’aujourd’hui, avaient sans doute poussé leurs colonies sur la basse Nizonne, la Dronne, laTude, le Bandiat et la Tardoire; au nord-est, les
Jjemovices, ancêtres des Limousins, régnaient, comme de nos jours leurs fils, sur les collines granitiques du Gonfolentais ; au Nord, les Pictavi ou Pictones , (les Poitevins), occupaient ja haute Charente, tandis que les Santones , (les Saintongeais), couvraient tout le reste, c’est-à-dire la moitié du pays.
Période romaine. Les Celtes de cette contrée prirent part à la lutte de l’indépendance contre les envahisseurs romains; les Santones fournirent 12,000 combattants à Vercingétorix, les Lemovices 10,000, les Pictavi 8,000, les Petrocorii 5,000. La Gaule vaincue à Alésia fut incorporée à l’Empire romain. Pn ne sait dans quelle proportion le sang des vainqueurs se mêla au sang Celte. Sans doute la Gaule devint avec l’Espagne et la Provence (Tunisie et province de Constantine), le pays préféré des Romains, mais les vainqueurs y vinrent moins comme colons que comme administrateurs, soldats, négociants, voyageurs et hommes de loisir, et même ces derniers se fixèrent-ils surtout entre les Cévennes , les Alpes et la Méditerranée dans de fertiles et chaudes vallées qui étaient encore pour eux la patrie. Hors de cette dernière région, les Romains n’exercèrent probablement que des influences politiques, littéraires, morales; la race aborigène, qui adopta les lois, les usages, la langue de la race conquérante, conserva .sans doute son originalité physique.
Le christianisme fut prêché aux Santones d’Angoumois, au ne siècle suivant les uns, au me suivant les autres, par saint Martial; le disciple de Martial, saint Ausonne, fut le premier évêque et le premier martyr. A l’époque des invasions barbares, le pays était déjà chrétien. C’est à cette époque que le nom d’Angoulême apparaît pour la première fois dans la bouchedu poète Ausonne (309-394), qui l’appelle Iculisma.
Période barbare: Les premiers barbares qui foulèrent le sol de l’Angoumois (406-407) furent les Vandales , qu’on rattache à la race Slave, les Suèves, de race germanique, et les Alains, de souche Mongole; ils pillèrent en passant le pays, puis allèrent se perdre en Espagne ou en Afrique. Ils furent suivis de près par les Visigoths, peuple germain qui fut, avec .les Burgundes, la plus douce et la plus facile à civiliser des
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nations barbares. Les Visigoths dominèrent pendant cent ans dans la Gaule méridionale; ils aimaient la civilisation romaine et ne demandaient qu’à se fondre avec les habitants du pays; malheureusement, ils étaient ariens et, comme tels, odieux aux Gallo-Romains qui étaient orthodoxes.
L’empire des Visigoths en Gaule, tombe, en 507, devant les Francs de Clovis, à la bataille de Voulon, et, quand le roi vainqueur parait devant Angoulême, les murs de cette nouvelle Jéricho s’effondrent d’eux-mêmes, dit la tradition ecclésiastique, à la vue du nouveau Josué, vengeur de l’église orthodoxe contre les Ariens, plus détestés que les idolâtres.
Plus tard, des guerres confuses de partage et de succession qui éclatent entre les princes de la sanguinaire famille des Mérovingiens révèlent déjà la lutte du nord et du midi, le grand fait de l’histoire du sud-ouest jusqu’à l’expulsion des Anglais qui marque le triomphe définitif du nord.
En 732, la terrible invasion des Arabes, qui faillit détruire l’Europe chrétienne, rapproche un moment les deux moitiés de la France. Composée de Berbères autant que d’Arabes, l’armée musulmane qui venait de vaincre Eudes, duc d’Aquitaine, ravagea l’Angoumois dans sa marche sur la Loire. Battue et presque détruite par Charles Martel, près du confluent de la Vienne et du Gain, elle s’enfuit vers les Pyrénées, mais ses débris furent souvent arrêtés et taillés en pièces par les chrétiens; peut-être même un des principaux corps de retraite fut-il anéanti par Charles Martel à Ambernac où l’examen du sol fait présumer qu’il se livra jadis une grande bataille. Parmi eeux qui échappèrent aux derniers massacres, quelques-uns, parait-il, s’établirent dans le pays et finirent par se fondre dans la population, particulièrement au Temple et dans les environs de Sigogne et de Dirac. Les Sarrazin et les Maurin ont toujours été assez nombreux en Angoumois et quelques hameaux y portent encore des noms tels que chez le Maure et -les Sarrazènes.
Le danger passé, la grande lutte entre le nord et le midi recommence. Au début, c’est une vraie guerre inexpiable. Hunald, duc d’Aquitaine (735-745) et son fils Waïffre (745-768),
Achille de taille gigantesque qui eût mérité un Homère, tiennent tète aux deux vigoureux guerriers qui fondèrent l’empire carlovingien, Pépin et Charlemagne. Waïffre et ses Méridionaux vont jusque sur la Saône, Pépin et ses Austrasiens font le désert autour d’eux. La rudesse des Germains triomphe une fois de plus de la civilisation gallo-romaine. Angoulême est prise d’assautet Waïffre, définitivement vaincu après neuf ans de carnage, est assassiné dans les bois de la Double. Hun al d sort, pour le venger, du monastère où il expiait, depuis 23 ans, les remords d’un crime; battu par Charlemagne, il va soulever contre lui Didier, roi des Lombards et meurt, assommé, dans Pavie assiégée par le futur empereur d’Occident.
Sous les rois d’Aquitaine de la famille de Charlemagne, arrivent en barque, par la Charente, les Normands, autres barbares du nord, plus terribles que les Francs d’Austrasie, mais ils ne s’allient pas ici, comme en Normandie, avec la population gallo-romaine pour en prendre la langue et s’y mêler au point de disparaître ; ils ne font que passer, le fer et la torche à la main, pendant près de 150 ans.
Période féodale. Fuyant le bord des rivières sillonnées par les barques des Normands, le peuple s’amasse autour des châteaux : tout paysan devient client d’un seigneur; tout seigneur, dont la forteresse n’est pas imprenable, devient, à son tour, client d’un seigneur plus puissant; les gouverneurs ou comtes d’ Angoulême , établis au centre du pays derrière les plus formidables murailles commandant le cours de la Charente, deviennent peu à peu, de représentants du pouvoir monarchique, rois ou roitelets pour leur compte. Turpin ou Turpion (839-863) fait une vaillante guerre aux Normands. A son frère Emenon (863-866) succède un de ses parents, Vulgrin Ier (866-886) l’un des héros de la guerre soutenue contre les Normands, fondateur de la première dynastie des comtes héréditaires d’Angoumois. Un des fils de Vulgrin devient comte du Périgord, l’autre, Aldoin 1er (886-916) reste comte d’Angoulême et, dit la tradition, souffre sept ans d’une maladie de langueur pour avoir voulu garder définitivement la relique
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que lui avaient confiée les moines de Charroux fuyant devant les Normands.
Guillaume Ier (946-962) prend et laisse à sa famille le nom de Taillefer , pour avoir fendu un Normand, chair, os et cotte de maille, de la tête à la ceinture, d’un seul coup de hache d’armes. — A Arnaud, dit Matiser (962-988), succède Guillaume II (988-1028) qui guerroya pour le compte de Guillaume duc d’Aquitaine, en reçut en récompense les seigneuries de Rufîec, de Chabanais et de Confolens et fit un pèlerinage à Rome et un autre en Terre-Sainte. — Le successeur d 'Aldoin II (1028-1030), Geoffroi (1030-1048) alla aussi faire ses dévotions en Palestine. — Foulques (1048-1089) règne 41 ans. — Son fils Guillaume III (1089-1120), célèbre, en ce siècle de brutalité, par sa force extraordinaire* se bat toute sa vie, contre ses voisins, contre son suzerain, se fait moine pendant quelque temps et meurt en allant chercher de nouveaux dangers à Jérusalem. — Vulgrin II (1120-1140) bataille autant que son père, tantôt contre le duc d’Aquitaine, tantôt contre l’évêque d’ Angoulême. — Guillaume IV (1140-1177) prend part à la seconde croisade : sous son règne l’Aquitaine, et avec elle l’Angoumois, passe sous la suzeraineté du roi d’Angleterre, par le mariage d’Aliénor, femme divorcée de Louis VU, avec Henri Plantagenet. — Après Vulgrin III (1177-1180) et Guillaume V (1180-1185), Adhemar ou Aymar (1185-1218) se révolte contre son suzerain, le terrible Richard-Cœur-de-Lion, qui prend Angoulême d’assaut.
Adhemar est le dernier comte de la maison des Taillefer. A cette maison succède celle des Lusignan, par le mariage d’Isabelle Taillefer avec Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, qui prend, comme comte d’Angoumois, le nom de Hugues ier (1218-1245), s’allie à Henri III d’Angleterre et se fait battre à Taillebourg et à Saintes (1242) par Saint-Louis, qu’il suit, six ans plus tard, à la septième croisade. — Huguesle-lrun (1245-1260) a de longs démêlés avec Robert de Montbron, archevêque d’ Angoulême. La lutte se termine par 1 humiliation publique du comte qui est condamné à menei 1 é\ êque et son clergé, de Saint-Ausonne à la cathédrale, nu-pieds, nu-
tête, en chemise. — Hugues III règne de 1260 à 1282; — Hugues IV de 1282 à 1303. — En 1307, Guy V cède à Philippele-Bel l’Angoumois et la Marche qui sont réunis au domaine de la couronne.
Nous arrivons aux jours les plus sombres de notre histoire, à la guerre de Cent ans, tragédie confuse où les provinces de l’ouest et du midi se laissent guider par le seul intérêt local, le patriotisme national n’étant pas encore né dans les contrées éloignées du centre. L’Angoumois semble avoir eu moins de sympathies que le reste de l’Aquitaine pour les Anglais qui, dans une certaine mesure, représentaient la liberté, les franchises municipales et la décentralisation. Ce fut une^province vivement disputée par les deux couronnes.
Prise, en 1345, par les Anglais, reprise, en 1346, par les Français, Angoulême, cédée àEdouard III par le traité de Brétigny, reçut à contre cœur les étrangers (1360). Le prince Noir fit de cette ville son séjour favori, mais, vers 1370, l’excès des impôts souleva le midi contre les Anglais ; le prince Noir, malade, vieilli, renonça à enchaîner la victoire et Angoulême ouvrit ses portes à Charles V (1373); Cognac, Merpins, Châteauneuf, qui résista quatre ans, furent prises d’assaut; ville à ville, château à château, tout l’Angoumois fut ressaisi par les Français et, dans les premières années du règne de Charles VI, après la reddition de Yerteuil, de Jarnac, de la Rochechandry, de Bouteville et d’autres forteresses, qui furent toutes démantelées tant on craignait que l’ennemi ne les réoccupât, il ne resta plus dans le pays un seul Anglais en armes contre la France (1392)'.
De 1392 à 1407 , l’Angoumois fut l’apanage du frère de Charles VI, Louis d’Orléans, qu’assassina Jean-sans-Peur. Pendant la minorité de son fils Jean, les Anglais ravagèrent de nouveau la province , surtout autour de Montbron alors leur principale place d’armes. Revenu d’Angleterre, où il était resté trente-deux ans en otage, le comte Jean (1445- 1467), aidé de Charles YII et de Dunois chassa de l’Angoumois ces persévérants ennemis que la bataille de Castillon (1451) expulsa définitivement de l’ouest et du midi. Jean
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mérita le nom de bon; ce fut un des meilleurs princes delà fin du moyen âge. Son fils, Charles d’Orléans (1467-1496)
• fut père du prince né à Cognac qu’adopta Louis XII et qui prit, en montant sur le trône de France, le nom de François Ier (1515).
Période moderne. François Ier érigea l’Angoumois en duchépairie en faveur de sa mère, Louise de Savoie, qui, dans sa résidence de Cognac, s’occupa moins de ses sujets que de ses intérêts et de ses plaisirs. C’est dans cette même ville que le roi-chevalier se fit défendre par une assemblée de notables de tenir sa parole envers Charles-Quint.
Sous Henri II, son successeur (1547-1548), eut lieu la guerre de la Gabelle. François Ier avait établi, en 1542, l’impôt sur le sel en Guyenne, en Saintonge, en Angoumois, puis en avait accordé la suppression à l’opinion publique qui se montrait menaçante. Henri II rétablit cet impôt, celui qui, de tout temps, fut le plus odieux au peuple. La haine contre les gens du Nord, contre les grands, contre le gouvernement central, ses soldats et ses juges, accumulée depuis des siècles dans le cœur des paysans du sudouest, se réveilla plus violente que jamais. Une levée en masse eut lieu dans les campagnes; un seigneur du nom de Puymoreau, Bois-Ménier, de Blanzac, surnommé Galafré, Jean Mereaud, curé de Cressac, commandaient les bandes angoumoises; Tallemagne, espèce d’Hercule, jadis maréchalferrant à Guîtres, était grand coronal ou chef d’une des bandes de la Guyenne ; ses soldats s’appelèrent les Guîtres^ nom qui passa à toutes les troupes de l’insurrection, appelées aussi les Pétauds. A la revue générale de Baignes, un seul corps de révoltés, la grande bande de Blanzac , comptait 40 à 50,000 hommes et elle ne comprenait que les rebelles d'une portion de la province, Blanzac en première ligne, puis Brossac, Barbezieux, et, en général, les communes les plus voisines de Guîtres et de la Guyenne.
La révolte domptée, la répression fut digne du siècle de Montgomery, de Montluc et du baron des Adrets; on en chargea le connétable de Montmorency, l'un des hommes du
temps qui alliaient le mieux une étroite dévotion à une cruauté méthodique. Ce soldat féroce aurait voulu « exterminer ces peuples-là, qui étaient capricieux, rebelles et mutins ; » il remplit la Guyenne de sang et de supplices. Son lieutenant, Jean Baron, en fit autant dans l’ Angoumois. Puymoreau fut décapité, Jean Méreaud brûlé vif, Bois-Ménier et Tallemagne rompus et brûlés à Angoulême, la tête couronnée d’un cercle de fer rouge.
La Réforme avait été portée en Angoumois par le réformateur lui-même, Calvin, qui, fuyant Paris, s’était réfugié à Angoulême; il y avait donné des leçons de grec sous le nom de Charles de Hapeville et composé une partie de sa fameuse Institution chrétienne. Louis du Tillet, archidiacre de la cathédrale et curé de Claix, l’aida dans son œuvre de prosélytisme; le mouvement grandit de proche en proche et il y eut bientôt des églises réformées dans les bourgs principaux de la province.
L’inutile conjuration d’Amboise (1560), organisée par La Renaudie, gentilhomme d’ Angoumois, et si cruellement réprimée, avait excité les passions des deux partis. La guerre éclate après le massacre de Yassy (1562) et gagne f Angoumois. Les protestants s’emparent d’Angoulême , soit par combat, soit par surprise, on ne le sait pas, y dévastent les églises et y violent les sépultures. Battus par le capitaine catholique, la Rochefoucauld-Marthon, devant Châteauneuf, ils reperdent Cognac et Angoulême dont lagarnison calviniste est pendue au mépris de la capitulation. La mort de François de Guise, chef du parti catholique en France, tué, devant Orléans, par un seigneur d’Angoumois, Poltrot de Méré, a pour résultat la paix d’Amboise (1563).
La seconde guerre de religion (1567-1568), marquée surtout par la défaite des protestants à Dreux, se termine à la paix de Longjumeau, ou paix boiteuse et mal assise , si mal assise, en effet, que la troisième guerre commence presque aussitôt.
La Rochelle était déjà le centre général et la principale place d’armes des protestants , aussi les événements les plus
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importants de cette nouvelle lutte ont-ils pour théâtre le sudouest, et principalement la vallée de la Charente. Le prince de Condé, Coligny et Montgomery, principaux chefs des calvinistes, s'emparent de Cognac, de Châteauneuf, d’Angoulême; dans cette dernière ville, comme en 1562 les catholiques, les protestants violent, malgré Coligny, la capitulation jurée; en même temps, les catholiques prennent et reprennent Confolens et remportent une victoire en Périgord.
Après le rude hiver de 1568-1569 qui arrache les armes aux mains des combattants, la victoire penche pour les catholiques. Le maréchal de Tavannes et le duc d? Anjou, depuis Henri III, prennent Jarnac, que reprend Coligny, Ruffec, où ils passent par les armes cinquante protestants, Châteauneuf, et remportent la grande victoire de Bassac, dite de Jarnac; Condé est tué dans la bataille, mais Coligny ne désespère pas de sa cause; il défend avec succès Cognac, Jarnac, Saint- Jean-d’Angély, prend Chabanais et ne perd qu’Aubeterre. Pourtant cette année devait être décisive pour les destinées religieuses de la France ; le 30 octobre, le duc d’Anjou taille en pièces l’armée de Coligny dans les marais de Moncontour, en Poitou. La France, qui allait peut-être devenir protestante, reste catholique. La paix de Saint-Germain (1570) ne laisse aux protestants que .quatre places de sûreté, dont une en Angoumois, Cognac, et l’autre, la Rochelle, dans la province voisine.
La quatrième guerre de religion (1572-1573) intéresse peu l’Angoumois. Provoquée par le massacre de la Saint-Barthélemy, elle se concentre autour de la Rochelle et de Sancerre.
La cinquième (1574-1576), plus politique que religieuse, se termine par la paix de Beaulieu qui garantit aux protestants six places fortes, dont Angoulème, mais cette ville refuse de se livrer à eux et un arrêté royal sanctionne cette résistance.
La sixième guerre, la septième ou guerre des Amoureux , la huitième ou guerre des Trois-Henri, ont peu de retentissement dans la province. Pendant cette dernière, le duc d’É-
pernon, gouverneur d’Angoumois, assiégé par les Ligueurs et par le peuple daus le château d’Angoulême, est délivré par les troupes du roi de Navarre. Avec Henri IV, que devait mettre à mort Ravaillac, obscur maître d'école né sur les bords de la Touvre, la tolérance religieuse monte sur le trône : ' rÉditde Nantes (1598) met un terme aux malheurs de l’Angoumois. Pendant les deux sièges de' la Rochelle (1622 et 1627-1628), les protestants de la province sont inquiets mais n’osent se soulever. En 1651,1e prince de Coudé se fait battre devant Cognac, mais, en somme, les escarmouches de la Fronde ne troublent guère la contrée qui reste prospère jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes (1635). Cette mesure fatale dépeuple le pays, surtout les centres industriels; Jarnac, Cognac, Segonzac perdent leurs habitants les plus laborieux qui s’enfuient en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et surtout en Hollande.
Cette émigration n’est pas la seule que mentionnent les annales de cette région, dont les habitants sont, d’ailleurs, peu aventureux et rarement disposés à s’éloigner de leurs jolies vallées natales. A peu près deux cents ans auparavant, peut-être à la suite du siège de Châteauneuf sous Charles V, un essaim d’Angoumoisins était allé se fixer dans les Alpes dauphinoises, aux environs du Bourg d’Oysans, où l’on remarque encore, dit-on, des hameaux dont les noms se retrouvent en Charente. A une autre époque inconnue, une émigration de paysans du pays de Blanzac s’établit à la Mothe-Landeron, à Sainte-Bazeille et ailleurs, sur le Dropt et la Garonne, dans les cantons actuels de la Réole, Monségur, Pellegrue et Duras (Gironde). Les descendants de ces colons, appelés Gavaches par les Gascons au milieu desquels ils vivent, parlent encore un idiome d’oil qui se distingue essentiellement de la langue d’oc du reste du pays (1). En fait d’immigration, on n’en peut citer qu’une : sous François Ier, des catholiques de Genève, fuyant l’hérésie, demandèrent asile à ce roi qui les installa sur ses domaines, à
(1) D’après d’autres documents ou d’autres traditions, les Gavaches de la Gironde auraient une origine angevine ou saintongeaisc.
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