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POPULATION, LANGUES

la nationalité limousine qui l’emporte; à l’ouest, la nationalité angoumoise qui, vers le nord, devient un peu poitevine et, vers le sud-ouest, passe au type saintongeais.

Gueux , glorieux , gourmand , disait l’ancien proverbe, et les malins prétendaient que sur l’une des portes d’Angoulème se voyaient trois G rappelant quelque peu les trois kappa des Grecs (1). Ce dicton, qui ne fut peut-être qu’une mauvaise plaisanterie, ne s’applique pas plus aux Charentais de nos jours que le reproche d’indolence et de paresse qui leur a été fait par tous les vieux auteurs. Bien douée physiquement, « la race angoumoise est belle, dit M. J. -H. Michon ; les hommes sont grands et robustes. Il est faux que la culture de la vigne, qui demande que l’homme se courbe sur le sillon, rapetisse, comme on l’a avancé; les vignerons de la Champagne, entre Cognac et Segonzac, ont une haute stature. » Au moral (et nous empruntons encore les traits principaux de ce portrait à M. Michon), l’habitant de l’Angoumois, moins vif que le Périgourdin et le Gascon, moins lent et moins lourd que ses autres voisins, est fort sociable et très-intelligent; il a l’esprit subtil, spirituel en même temps que léger; comme dit un ancien écrivain, il devient sans peine des plus habiles. Il est enfin entreprenant et fort actif.

De souche limousine, mêlée sans doute, vers Montbron, d’éléments périgourdins, les habitants du Confolentais, comparés à ceux des terres chaudes, forment un peuple montagnard, et, comme tels, ils sont moins ouverts, moins intelligents, plus lourds, plus simples, plus âpres en tout, même au gain, mais aussi plus droits, plus tenaces, plus tiers, plus amis de la liberté.

Il y a deux langues comme deux peuples dans la Charente : ^le français, proprement dit, ou langue d’oil, se parle dans les régions qui furent jadis le pays des Santones et des Pictavi ; la langue d’oc, ou langue romane règne dans les districts qu’occupèrent les Lemovices et les Petrocorii. C’est dans le dialecte confolentais de cette dernière que sont écrites les

(1) K/3vjT«s, K<xnn<xâoxeç, K t’Atxeç, t/sîc/. xannà xùxustk.

fables de Foucaud, chef-d’œuvre auquel répondent, dans l’autre zone linguistique du département, les fables de M. Biirgaud Desmarets, merveilleux monument de finesse et de naïveté saintongeaises.

Des chartes du xme siècle sembleraient prouver que la langue d’oc, ou tout au moins un dialecte de transition, était parlé à cette époque à Angoulême et, en général, dans le pays où règne aujourd’hui le français ; mais le roman étant alors, au sud de la Loire, la langue officielle et du bon ton, celle que parlaient les chevaliers et les hauts barons, les nobles dames et les troubadours, il est possible que ces chartes aient été écrites dans la langue des seigneurs sans que cette langue fût celle du peuple.

Aujourd’hui la langue romane, dont les jours sont comptés, car elle se modifie journellement au contact du français, se parle (concurremment avec le français dans les villes) dans les deux cantons de Confolens, dans ceux de Chabanais, de Saint- Glaud , de Champagne-Mouton, de Montembœuf, de la Rochefoucauld , de Montbron et dans une partie de ceux d’Angoulême, de la Valette, de Montmoreau et d’Aubeterre, soit environ dans 105 communes. Les dernières communes romanes du côté de l’ouest sont, du nord au sud, Benest, Champagne-Mouton, Chassiecq, Turgon, Beaulieu, Cellefrouin, La Tache, Saint-Mary, les Pins, la Rochette, Agris, Rivières, Saint-Projet-Saint- Constant , Bunzac, Pranzac, Bouex, Sers, Dignac, Villars, Magnac-la-Valette, Ronsenac, Garat, Vaux-la-Valette, Salles-la-Valette, Bors, Pillac et Saint-Sévérin. Sur les 378,000 Habitants du département, 95,000 au plus se servent de la langue romane; c’est le quart de la population.

Les cultes sont beaucoup plus inégalement partagés : le dé- • partement compte 372,819 Catholiqueset seulement 3,910 Protestants ; ces derniers habitent surtout les villes commerçantes, Angoulême, Jarnac, Cognac, Segonzac, Mansle ; ils sont généralement plus riches et plus instruits que leurs compatriotes catholiques. Le nombre des Juifs est de 27.

En 1700, d’après le dénombrement des intendants, on

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