‹ CharlemagneChapitre 10 sur 236 · CL · texte numérisé non relu

CL

ce o

eu

ce u

sèment par les moyens qui avaient étendu celle des grands. Les concessions bénéficiaires avaient appauvri le fisc sans procurer au trône aucun appui durable. Tandis que les leudes se liguaient par la communauté d'intérêts pour défendre en bas leur quasi -souveraineté et en haut leurs usurpations, la royauté s'était de plus en plus isolée dans sa résistance. Elle avait, au début, prodigué aux chefs de bandes auxihaires, dont le concours faisait son éclat et sa force, les dignités et les charges publiques, et, après les opulentes dotations accordées à perpétuité aux églises, le reste des domaines mérovingiens s'était rapidement écoulé en usufruits, prix des services militaires. Dans les éternelles querelles dynastiques, chacun des compétiteurs s'appliquait à détacher, par quelque surenchère , les partisans de son rival. Les guerriers recevaient volontiers de toutes mains , mais ils prétendaient ne rendre jamais. Terres, honneurs, offices, ils immobilisaient tout comme autant de nouvelles parts de butin , dont les dépouilles de l'empire faisaient les frais et sur lesquelles il leur semblait que chacun pouvait invoquer le droit de conquête.

Cependant les rois ne négligeaient aucune occasion de ressaisir les bénéfices révocables, et comme la violence était la loi de l'époque, les confiscations, justes en principe, atteignaient souvent, au hasard des besoins du moment, aussi bien les fidèles que les traîtres. Les signataires du traité d'Andelot (587) avaient eu beau jurer de renoncer aux confiscations arbitraires de bénéfices, les circonstances étaient plus fortes que de tels serments, eussent-ils été sincères. Les bénéficiers avaient pris l'habitude de ne rien céder qu'à la contrainte, et la monarchie aux abois devait être d'autant moins scrupuleuse sur le choix de ses moyens d'action , que la ressource traditionnelle des impôts menaçait elle-même de lui faire bientôt défaut.

En effet, les rangs des propriétaires romans, c'est-à-dire de condition romane , seuls contribuables , s'éclaircissaient

Page 1