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rapidement. Les Gaulois qui composaient principalement cette classe, premières victimes de l'anarchie des temps, entraient en grand nombre dans le clergé, et leurs biens s'en allaient à des acquéreurs ou à des spoliateurs franks, qui, en dépit de l'origine, alTectaient de les confondre avec leurs allodes patrimoniaux, afin de les soustraire comme tels aux charges publiques.
Un siècle de développement continu avait assuré le triomphe de l'aristocratie militaire. Mais jusque-là elle n'avait recherché que les avantages matériels du pouvoir, sans manifester ni ambition ni aptitude pour la politique proprement dite. L'instinct de la résistance à raffermissement de l'autorité souveraine, surtout à l'exercice de la fiscalité, formait encore le seul lien, le pacte tacite de cette coalition de tyrans subalternes. Aussi , pour donner à leurs privilèges une base plus large et plus solide , les chefs franks , malgré leur orgueil et les antipathies de races, ne dédaignaient pas de faire cause commune sur ce terrain avec les riches familles romanes , en soutenant les prétentions fréquentes de ces dernières à l'immunité d'impôt. Un calcul semblable avait valu à l'épiscopat l'appui de l'aristocratie laïque. On l'avait vue d'ordinaire empressée à défendre contre les vexations des Mérovingiens, sauf à les usurper pour son propre compte, les domaines et les droits de l'Église. L'union des intérêts préparait celle des idées.
Rien ne peint mieux la sauvagerie de mœurs qui régnait au sein de cette coalition, son audace et son attitude arrogante vis-à-vis des descendants de Clovis à l'époque qui nous occupe , que ces paroles d'une ambassade austrasienne au roi Gonthramn de Bourgogne, en 584: « Nous prenons congé, ô roi, puisque tu nous refuses satisfaction. Mais la hache qui a fendu la tète de tes frères est encore bonne , c'est dans ton crâne à toi qu'elle s'enfoncera bientôt ^ »
t Aimoini monaclii Floriacens. De Geslis Francor., lib. III, ap. D. Bouquet, t. 111, p. 9G.
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On peut mesurer par lu ce que la dynastie mérovingienne avait gagné en respect et en autorité réelle depuis l'époque où son fondateur, encore simple chef d'une tribu errante, subissait sans mot dire, à propos du vase de Soissons, les grossières provocations d'un soldat de sa suite. Ce n'était pas cependant que, dans cet intervalle, les rois n'eussent travaillé à élever leur pouvoir au-dessus de telles atteintes. Le vainqueur de Soissons, tout le premier, avait senti le besoin de substituer à son commandement militaire la juridiction plus large et les garanties de durée de la souveraineté monarchique. Chef d'un peuple établi d'abord en Gaule comme l'hôte et l'allié de l'empire, c'est à l'empire qu'il avait demandé le type et la consécration de la puissance nouvelle qu'il rêvait. Du jour où, ayant obtenu d'Anastase des lettres de patriciat, il revêtit, dans la basihque de Saint -Martin de Tours, les insignes de cette dignité, la tradition du principat germanique fut définitivement rompue dans la race royale des Franks.
Le fils de Childéric, de même que bien d'autres barbares l'avaient fait avant lui, obtint, pour ainsi parler, sa naturalisation dans le monde romain, où il prit un rang précis dans la hiérarchie des pouvoirs constitués. Il commanda dès lors à toutes les provinces de la Gaule, non par droit de conquête, mais au même titre légal que son père (;t lui avaient jusque-là occupé leurs cantonnements du nord. Officier impérial, il ne fit que monter en grade, sans que son rôle changeât vis-à-vis de ses administrés romans ni do ses sujets franks. L'investiture impériale ne fit que centraliser en ses mains les multiples délégations que les chefs de diverses races qu'il avait vaincus avaient tenues jusque-là isolément de la cour de Constantinople, dans ses possessions d'en deçà des Alpes. Clovis prit ainsi exactement la place de l'ancien vicaire des Gaules. Si le lien de cette subordination se relâcha vite et ne tarda pas à se rompre entre ses successeurs et ceux d'Anastase, cette rui)ture résulta moins d'un
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parti pris d'émancipalion chez les rois Irani^s que de l'alTaiblissement croissant du pouvoir des empereurs, qui ne leur permit bientôt plus de conserver en Occident les apparences mêmes de la souveraineté.
Par malheur, ce ne lurent pas seulement des titres hiérarchiques, des costumes d'apparat, des formules de chancellerie et l'ordonnance des services du palais que les Mérovingiens empruntèrent à la cour d'Orient, ce l'ut l'esprit même du régime impérial, le césarisme, en un mot. Ils s'identifièrent tout d'abord, et exercèrent ensuite pour leur propre compte, cette politique funeste, non moins opposée aux principes chrétiens qu'aux mœurs nationales, qui ne devait produire, en guise de civilisation, qu'un monstrueux mélange des passions sauvages de la barbarie avec les vices des sociétés en décadence. Son représentant le plus lidèle avait été ce Chilpéric , exacteur implacable , tyran féroce et maniaque, qu'on a si justement appelé le Néron du VI® siècle.
Cependant, au moment où la royauté mérovingienne touchait , en Neustrie , avec Chilpéi-ic , au dernier degré de l'abaissement, elle avait paru, au contraire, en Austrasie, trouver la loi de son développement régulier et réaliser l'équilibre des principes d'expérience romaine et d'énergie barbare qu'elle avait à concilier sous peine de périr. C'était le temps où Brunehilde, entourée des respects et appuyée sur le concours de l'épiscopat, méritait encore, par ses talents et ses vertus, les éloges publics de saint Grégoire le Grand; où elle inspirait à son fils Childebert ces mesures d'ordre social ' qui semblent appartenir déjà aux grandes réformes de Charlemagne. L'homme de génie qui, à la tète de l'Eglise universelle , jugeait si bien les vicissitudes du présent et les besoins de l'avenir, s'était alors empressé de resserrer l'alhance du saint -siège avec le plus civilisé et le
1 Capitulaire de Childebeii II, de Ton 594, a\>. D. Bouquet, t. IV, p. IH.