‹ CharlemagneChapitre 102 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sur les marches austrasiennes se repliait de halliers en halliers, guettant Foccasion d'une surprise, mais évitant toute rencontre sérieuse et fuyant ainsi, insaisissable, de la Westphalie dans TAngrie, puis dans l'Ostphalie, puis chez les Danois. Elle ne se trouvait en présence des Franks que pour lutter et mourir. C'est après l'extermination ou la dispersion des vrais guerriers que les négociateurs arrivaient.

Les vaincus d'Heresburg, les fuyards qui n'avaient pu empêcher la profanation du sanctuaire de l'Irmensul, ne tardèrent pas à revenir des profondeurs des forêts ostphaliennes qui les avaient abrités, quand ils virent Charlemagne appelé et retenu au delà des Alpes. Malgré l'éloignement des armées ennemies, ils n'osèrent cette fois s'aventurer sur les terres frankes qu'en masses considérables. Remontant la vallée du Weser, ils se jetèrent sur la Hesse et attaquèrent le lieu fortifié de Buriaburg, siège d'un évêché fondé par saint Boniface. La petite colonie chrétienne, sans défense, abandonna ses maisons au jiillage et chercha un refuge dans l'église de Fritzlar. L'apùtre de la Germanie, en consacrant cette basihque, avant -poste de la prédication évangélique dans la région du Nord, avait prédit qu'ehe ne pourrait être détruite par les flammes. Les païens essayèrent avec d'autant plus d'acharnement d'y mettre le feu : brûler le temple et les fidèles, et en même temps donner un démenti au prophète de la rehgion rivale, c'était pour eux double triomphe. Mais soudain on les voit s'arrêter, reculer comme frappés d'épouvante et s'enfuir enfin pêle-mêle jusque dans leur pays, sans que personne les poursuivît. L'inviolabilité du sanctuaire s'était manifestée à leurs yeux par un signe merveilleux. Plus frappés qu'ils n'avaient voulu se l'avouer et le paraître de la prédiction de saint Boniface, au moment de la mettre à l'épreuve, ils crurent voir deux jeunes gens vêtus de blanc, deux de ces anges d'un paradis inconnu, à qui la Walhalla n'avait pas de puissances à opposer, voltigeant autour de la basihque de Fritzlar et la protégeant contre l'incendie. Les victimes,

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ainsi miraculeusement sauvées d'un affreux supplice, trouvèrent, en sortant de leur asile, un des Saxons agenouillé sur le seuil, tenant à la main une torche avec des matières inflammables, et le cou tendu dans l'attitude d'un homme qui cherche, du souffle, à allumer des brandons. Ses membres étaient roidis par la mort. Un coup mystérieux, peut-être le simple effet de la peur, avait terrassé là ce profanateur comme un exemple de la justice divine '.

Tel est l'événement qui avait déterminé Charlemagne à quitter en toute hâte l'Italie. Vers la fin d'août, il était sur le Rhin, à Ingelheim. L'insuccès des païens ne devait pas les sauver du châtiment. Quatre scares^, détachées des troupes royales, furent lancées à la fois à la poursuite des bandes dévastatrices, et, dans une rapide expédition d'automne, fouinèrent au loin leurs repaires et revinrent chargées de butin.

L'hiver interrompit les hostilités, mais pour donner à Charles le temps et les moyens de mieux combiner ses opérations. Le Saxon converti qui, au ix^ siècle, célébra en vers latins les exploits du grand exterminateur de sa race, dit « qu'ayant fait l'expérience de la mauvaise foi de ce peuple , il avait dès lors résolu de ne plus lui laisser aucun repos, jusqu'à ce qu'il fût tout entier chrétien ou anéanti. — Que bénie soit, ajoute-t-il, la miséricordieuse bonté de Dieu, qui veut sauver tout le genre humain. Voyant qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'adoucir ces natures sauvages et de courber leur tête dure sous le joug aimable du Clirist, il dut leur choisir le docteur et l'initiateur religieux qu'il leur fallait : ce fut ce glorieux Charles, capable d'écraser par les armes ceux que le raisonnement ne pouvait dompter, et de les contraindre , bon gré , mal gré , à faire leur salut ^. »

Rentré à Quierzy pour les fêtes de Noël , il en partit aussi-

1 Annales Franc, ann. 774, ap. D. Bouquet, t. V, p. 38.

2 Scara, troupe, d'où escadron.

3 Poet. Saxon., de Geslis Caroli Magni , ap. D. Bouquet, t. V, p. 139.

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